Expérimentation animale : les 3R, une approche éthique encore méconnue

L’utilisation des animaux dans le cadre d’expériences scientifiques est encadrée par un principe : les 3R. Ce texte propose une approche éthique et morale tournée vers le bien-être animal.

Publication 9 déc. 2021, 16:51 CET
Souris de laboratoire

Souris de laboratoire

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Raffiner, réduire, remplacer. Ces trois mots permettent de guider l’expérimentation animale en Europe et en Amérique du Nord depuis 1986. Le principe des 3R est mentionné pour la première fois en 1959 par deux chercheurs anglais, W.M.S. Russell et R.L. Burch. Ils graduent les souffrances que subissent les animaux « de laboratoire » et développent ensuite un programme de conduite et de principes à recommander dans l’utilisation d’animaux à des fins scientifiques. Leurs principes se fondent sur le fait de raffiner les méthodes utilisées, de réduire le nombre d’animaux en cause dans les expériences et enfin, de remplacer ces animaux par des alternatives, quand cela est possible. L’objectif de ces principes est de valoriser le bien-être animal pour développer une science éthique et plus humaine.

Proposé en 1959, ce n’est qu’en 1986 que la première directive européenne opte pour ces principes. Finalement, « elle a été proposée en droit français en 1987. Avant, il n’y avait aucune réglementation » révèle Ivan Balansard, vétérinaire à l’Institut des Sciences Biologiques du CNRS. Avant cette date, aucune règle n’était imposée ou respectée. Les animaux n’étaient pas traités par des personnes formées, ou par des établissements agréés.

« C’est un changement de pratique énorme pour la France, qui a imposé, entre autres, l’agrément des établissements, les inspections, des normes d’hébergement des animaux, la prise en charge du stress, de la douleur des animaux, la formation du personnel. C’est considérable ! En 2010, une nouvelle directive européenne a été mise en place, pour encore mieux protéger les animaux. L’objectif final est de ne plus utiliser d’animaux, dès que ce sera possible » souligne le vétérinaire.

En l’espace de quelques années, le scientifique relève que la place de l’animal et la considération qui lui est portée a énormément évolué. L’aspect éthique et moral représente l’article 1er de la charte nationale de l’expérimentation animale. « Happy animals make good science, c’est le fait qu’il faille avoir de la considération éthique, morale et compassionnelle, mais également scientifique. Aujourd’hui, on se rend compte qu’on ne peut pas faire de bonnes recherches sans tous ces principes ». La Docteure et chercheuse Athanassia Sotiropoulos confirme que « la douleur va changer la physiologie ! On regarde l’effet global, si l’animal souffre, cela peut fausser ou en tout cas apporter de la variabilité [aux résultats] ».  

Un Groupe d’Intérêt scientifique (GIS) a récemment été créé pour valoriser le principe des 3R au niveau national et apporter de l’aide, du soutien et du financement aux chercheurs. Le France Centre 3R (FC3R) a pour objectif de devenir la référence en termes de 3R en guidant et promouvant des méthodes innovantes de recherches envers les instituts publics et privés. « Il est important de préciser que l’on ne peut pas utiliser des animaux si les connaissances acquises ne sont pas fiables. L’utilisation des animaux est basée sur deux principes : la qualité scientifique des résultats […] donc le bénéfice pour la société, et le bien-être animal » ajoute la docteure et experte 3R.

 

RAFFINER ET RÉDUIRE

Raffiner, c’est « optimiser l’expérimentation ». Ce raffinement doit être pris en compte dans toute la durée de l’expérience et permettre de réduire le stress et l’anxiété de l’animal tout en obtenant le « plus d’informations pertinentes » pour la science. « C’est le R qui est le prérequis pour toute utilisation des animaux à des fins scientifiques » insiste l’experte. « Raffiner, c’est prendre en charge à toutes les étapes de la vie de l’animal, son bien-être. Aussi bien au niveau de son hébergement, de la procédure expérimentale s’il y a des actes de chirurgie, de la contorsion, de son milieu de vie, de son transport. Minimiser la souffrance, la douleur et la détresse et augmenter le bien-être de ces animaux ».

Pour ce faire, l’espèce doit être bien choisie, en prenant en compte ce qui a déjà été testé auparavant. Il faut préparer les animaux à coopérer et surtout, tout planifier à l’avance pour faire face aux éventuelles « perturbations ».

Le raffinement est étroitement lié au deuxième « R » qui est celui de la réduction. « Utiliser le moins d’animaux possible pour atteindre le même objectif scientifique et optimiser la quantité d’informations que l’on va obtenir par animal. S’il n’y a pas d’objectif scientifique, l’utilisation d’animaux n’est pas éthique » estime Athanassia Sotiropoulos.

Réduire le nombre d’animaux tout en continuant d’expérimenter passe par différentes techniques. Il est question de limiter l’utilisation des animaux aux seules expériences indispensables, selon les mots des scientifiques. « Éviter les répétitions inutiles, planifier et faire du design expérimental, et utiliser des statistiques pour calculer au mieux le nombre d’animaux par rapport à ce que l’on veut mesurer. Utiliser trop peu d’animaux ce n’est pas non plus une bonne idée car on ne pourrait pas conclure, donc on aurait utilisé les animaux pour rien. En utiliser trop, c’est inutile, puisqu’avec moins on aurait eu la puissance statistique suffisante. L’idée étant de trouver la balance avec le bon nombre ». Et cette balance, une fois qu’elle semble cohérente aux yeux des scientifiques, est soumise à un Comité d’éthique. « Il doit alors donner un avis positif. Le dossier passe ensuite au Ministère qui l’examine et donne à son tour une autorisation ».

 

OBJECTIF : NE PLUS UTILISER D’ANIMAUX

Le principe des 3R répond à une volonté de valoriser le bien-être de ces animaux, mais surtout, in fine, à ne plus devoir utiliser d’animaux pour tester des expériences scientifiques. Ainsi, le dernier R représente la notion de remplacement.

« Ce sont toutes les méthodes expérimentales qui n’impliquent pas l’utilisation d’animaux vivants », on parle notamment de l’utilisation de cellules en culture, en modèle in vitro ou bien grâce à de la modélisation mathématique, in silico. « On dispose d’un certain nombre de données qui ont été publiées, soit chez l’animal, soit en culture. Avec des mathématiciens, on peut modéliser le fonctionnement d’un système et interroger ce modèle […] puis identifier les composés les plus intéressants. Finalement, ce sont peut-être ces quelques composés qui seront utilisés pour remplacer […] ou limiter l’utilisation des animaux ».

Pour remplacer, les scientifiques peuvent également opter pour le « remplacement relatif » comme en parle la scientifique. « Utiliser des animaux invertébrés qui ne rentre pas dans la réglementation ». Comme le montre cette étude parue en 2019, les animaux utilisés dans le cadre d’expériences scientifiques sont tous répertoriés chaque année par le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Cette étude démontre que la souris (Mus musculus) est l’animal le plus fréquemment utilisé par les scientifiques, avec 61 % des utilisations.

Les invertébrés déclarés sont très rares et n’incluent que des seiches (Sepia officinalis) et une pieuvre (Octopus vulgaris). « Si vous faites des expériences sur la drosophile (Drosophila melanogaster) par exemple, donc la mouche, […], il n’y a pas de réglementation. On n’est pas obligés de passer par le comité d’éthique. Pour tous les autres animaux, on est obligés […] d’expliquer dans quelle mesure on respecte le principe des 3R. Il faut l’écrire noir sur blanc » insiste Athanassia Sotiropoulos.

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