Huit espèces d'oiseaux auraient disparu ces dix dernières années

La disparition des oiseaux s'accélère à mesure que leurs habitats naturels s'effondrent.

Lorsqu'une espèce ne se réduit plus qu'à quelques individus, le monde entier a les yeux rivés sur son dernier membre tandis qu'il s'apprête à rendre son dernier souffle. C'est exactement ce qu'il s'est passé avec Sudan, le dernier rhinocéros blanc du Nord qui s'est éteint au début de l'été.

Toutefois, selon une nouvelle étude publiée hier dans la revue Biological Conservationhuit espèces d'oiseaux rares ont peut-être d'ores et déjà disparu, dans l'indifférence générale.

Financée par l'organisation à but non lucratif BirdLife International, cette étude, étalée sur huit ans, a observé 51 espèces d'oiseaux au bord de l'extinction. Ses résultats sont sans appel : huit espèces pourraient être classées comme éteintes ou en passe de l'être. Elle révèle que trois d'entre elles sont éteintes, l'une l'est à l'état sauvage et quatre sont sur le point de disparaître, si ce n'est déjà le cas.

Une espèce, l'ara de Spix, a été à l'honneur dans le film d'animation « Rio », lequel retrace l'histoire d'un ara de Spix en captivité qui s'accouple avec le dernier membre à l'état sauvage de son espèce. Si l'on en croit les conclusions de l'étude, ce film avait une décennie de retard, puisque le dernier ara de Spix à l'état sauvage aurait péri en 2000, tandis qu'il en reste environ 70 en captivité.

L'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) tient une base de données mondiale sur l'état des populations animales, alimentée et mise à jour régulièrement grâce aux estimations de Birdlife International. Or, l'ONG considère que trois espèces d'oiseaux devraient être officiellement classées comme éteintes : l'anabate cryptique du Brésil, dont la dernière apparition remonte à 2007 ; l'anabate d'Alagoas du Brésil, aperçu pour la dernière fois en 2011 ; et le po-o-uli masqué d'Hawaï, vu pour sa part en 2004.

Depuis le début des inventaires, 187 espèces au total auraient disparu, selon les auteurs de l'étude. D'un point de vue historique, les espèces insulaires auraient été les plus touchées. Un peu moins de la moitié des extinctions classées par les auteurs sont le fait d'espèces invasives, qui s'installent avec plus d'agressivité sur les îles. Selon eux, près de 30 % des extinctions sont dues au commerce d'animaux exotiques, à travers la chasse et l'installation de pièges.

Mais les écologistes craignent que la déforestation liée à l'exploitation forestière non durable et l'agriculture ne constituent les prochaines causes d'extinction.

« Ces résultats révèlent une vague croissante d'extinctions qui s'abat sur tous les continents, provoquée essentiellement par la disparition des habitats et les dégâts causés par l'agriculture et l'exploitation forestière non durables », a déclaré Stuart Butchart, auteur principal de l'étude et directeur scientifique chez Birdlife International, dans un communiqué de presse.

Dans la forêt amazonienne, où un grand nombre de ces espèces évoluait autrefois, la déforestation est de plus en plus préoccupante. Selon l'organisation WWF, plus de 17 millions d'hectares de forêts ont été abattus entre 2001 et 2012. Un éditorial publié en mars dernier dans la revue Science Advances indiquait que l'Amazonie était à un point critique en matière d'écologie : si 40 % de la région vient à être déboisée, l'écosystème sera altéré de façon irréversible, estiment les scientifiques.

Luisa Arnedo, biologiste en charge de programmes de conservation pour la National Geographic Society, affirme que les oiseaux sont particulièrement menacés d'extinction lorsque leurs habitats disparaissent car ils vivent au sein de niches écologiques, ne se nourrissent que d'une seule proie ou ne bâtissent leur nid que dans certains arbres.

« Dès que leur habitat est anéanti, ils disparaissent eux aussi », explique-t-elle.

Le déclin du nombre d'espèces d'oiseaux risque d'exacerber les problèmes liés à la déforestation, ajoute-t-elle. En effet, de nombreux oiseaux favorisent la dissémination des graines ainsi que la pollinisation, contribuant ainsi à redonner vie aux régions déforestées.

D'après BirdLife International, d'autres recherches doivent être conduites en vue de confirmer avec certitude que les quatre espèces estimées disparues le sont réellement, bien qu'aucune n'ait été aperçue à l'état sauvage depuis 2001. S'il s'agit d'un cas de figure rare, certains animaux autrefois considérés comme éteints auraient visiblement ressuscité.

L'année dernière, un saki moine de Vanzolini a été aperçu 80 ans après que les scientifiques l'ont déclaré éteint, ainsi érigé comme le symbole d'une rare victoire en matière de sauvegarde au sein de l'immense forêt amazonienne.

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