Iran : le gouvernement s'engage pour la protection des guépards

Aussi admiré que traqué, le guépard fait depuis longtemps l’objet d’une chasse qui accélère sa disparition. L’Iran a fait de sa protection une priorité.

De Juliette Heuzebroc
Les femelles guépards donnent généralement naissance à des portées de trois petits, qu’elles garderont près d’elles pendant un an et demi à deux ans avant qu’ils ne soient capables de se débrouiller seuls. Lorsqu’elle interagit avec sa progéniture, une mère guépard ronronne comme un chat domestique.

Au début du 20e siècle, on recensait plus de 100 000 guépards (Acinonyx jubatus) de l’Inde jusqu’à la pointe sud du continent africain en passant par le Sénégal. Aujourd’hui l’espèce a presque entièrement disparu en Asie et en Afrique du Nord ; on ne compterait plus de 10 000 spécimens dans le monde aujourd'hui. Le guépard est l’un des animaux les plus menacés au monde ; la sous-espèce des guépards d’Asie est d’ailleurs placée sur la liste rouge des espèces en danger critique d’extinction par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). Durant des décennies, il a été traqué et victime de braconnage pour sa fourrure, considérée comme signe de réussite sociale.

Le développement de l’urbanisation en Asie est également l’une des causes d’extinction de l’espèce. Cette expansion urbaine a mené à la fragmentation de son territoire, ce qui a fortement fragilisé l'espèce. De plus, cette réduction du nombre d’individus et cette vie en petits groupes ont conduit à un appauvrissement génétique de l’espèce avec une hausse de la consanguinité et donc des malformations et une baisse de la résistance aux maladies.

Un guépard dort au soleil.

L’IRAN S’ENGAGE

L’investissement de l’Iran n’est pas récent. Le programme de protection des guépards iranien a été lancé en 2001. Dernier pays du continent asiatique à accueillir l’espèce, sa protection est devenue un projet prioritaire soutenu par les Nations Unies (ONU). Aujourd’hui, on estime qu’il y aurait environ 50 spécimens sur le territoire. Ainsi, environ six millions d’hectares ont été reclassés zones protégées et placés sous la surveillance de 92 gardes, tous formés à la protection du guépard. Dans ces zones, le programme a fortement réintroduit des proies potentielles à la chasse du guépard comme les gazelles et les lapins.

L’Iran en a fait un combat national, il faut dire que l’évolution du pays n’est pas étrangère à la disparition de l’espèce en Asie. La guerre d’Irak de 1980 à 1988 et la prolifération des armes qui en a suivie ont été très dommageables pour l’habitat et la survie des guépards, retranchés dans les régions désertiques du pays non-adaptées à l’espèce. De plus, les éleveurs et bergers restent très méfiants vis-à-vis de l’animal et n’hésitent pas à l’abattre pour protéger leurs troupeaux. La circulation routière est également l’un des principaux facteurs de mortalité des guépards dans le pays. Depuis 2000, plus d’une vingtaine de spécimens sont morts dans des accidents de la route.

L’Iran a également souhaité impliqué ses populations avec, dans un premier temps, une sensibilisation nationale. Cette action s’est majoritairement traduite par l’édification du guépard en symbole national lors de grandes rencontres sportives comme lors de la dernière coupe du monde de football et les Jeux d’Asie 2014. S’en est suivi une forte mobilisation populaire dans le pays qui a permis de compenser la baisse de financement annuel de 100 000 $ de l’ONU. La protection du félin le plus rapide du monde n’est pas chose aisée mais l’enthousiasme iranien s’est montré plus que constructif. Un exemple à suivre.

 

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