Pourra-t-on un jour communiquer avec les animaux ?
Dans le film d’animation Jumpers, des scientifiques transfèrent leur conscience dans des robots ressemblant à des animaux pour communiquer avec d'autres espèces. Un tel scénario pourrait‑il un jour devenir réalité ?

Certains scientifiques pensent que la communication entre humains et animaux pourrait un jour être possible, mais pas nécessairement pas sous la forme du langage.
Ses petits grognements ressemblent à des charnières qui grincent. Les yeux grand ouverts fixés sur moi, mon chien Moway, âgé de treize ans, ne laisse aucun doute sur ce qu'il essaie de me dire : « Dix-sept heures. C'est l'heure de manger ». Je lui fais un signe de la main qui signifie « pas de friandises » et son soupir boudeur m'indique qu'il comprend qu'il doit attendre encore un peu.
Il est clair que nous avons trouvé un moyen de communiquer, mais pourrait-on un jour avoir une vraie conversation ?
Dans Jumpers, le nouveau film d'animation des studios Pixar, actuellement au cinéma, ce rêve devient réalité pour Mabel, la jeune héroïne. Lorsque des scientifiques découvrent comment transférer la conscience humaine dans des robots ressemblant à des animaux afin de pouvoir communiquer avec eux, Mabel rejoint le monde animal sous la forme d'un castor. Ses conversations avec des créatures sauvages révèlent des mystères qu'elle n'aurait jamais pu imaginer.
UNE COMMUNICATION À DOUBLE SENS
Certains experts pensent que la communication avec les animaux pourrait un jour être possible.
« Même si le fait d'entrer dans la conscience animale grâce à des robots ressemblant à des animaux reste de la science-fiction, certains aspects de Jumpers deviennent aujourd'hui possibles » affirme l'explorateur National Geographic David Gruber. Son organisation, le projet CETI, tente de décoder les vocalisations des cachalots. On estime que la communication des cachalots est beaucoup plus proche du langage humain qu'on ne le pensait auparavant.
De nombreux scientifiques à travers le monde étudient la communication animale. Des chercheurs ont appris la langue des signes à des chimpanzés en captivité, ont documenté des seiches envoyant des signaux grâce à des gestes de leurs bras et ont identifié des sifflements semblables à un langage utilisés par les grands dauphins.
Sur la base de ces découvertes, d'aucuns estiment que certains animaux, tels que les dauphins et les chimpanzés, pourraient être capables d'apprendre le langage humain. « Si tel est le cas, nous pourrions avoir des conversations avec des animaux entraînés » affirme Arik Kershenbaum, chargé de recherche au Girton College à l'université de Cambridge. Toutefois, « nous sommes presque sûrs qu'aucun animal n'utilise le langage dans la nature. »
Étudier la façon dont différentes espèces communiquent, par la vue, l'ouïe et l'odorat, est un véritable défi. De nombreuses espèces vivent dans des habitats reculés voire sous l'eau, où il est difficile de les observer. Certains utilisent également plusieurs signaux à la fois, rendant l'interprétation de chacun des signaux difficile.
COMPRENDRE DIFFÉRENTES ESPÈCES
Nous pouvons toutefois décrypter les signaux de communication des chiens, tels que leur posture, leurs expressions faciales et leurs vocalisations, car nous passons beaucoup de temps avec eux et des années de domestication leur ont appris à comprendre nos ordres. « D'une certaine façon, les chiens ont été élevés pour avoir cette communication interespèce » indique Arik Kershenbaum.
Cependant, le fait qu'ils aient la capacité de reconnaître des mots ne signifie pas que les chiens sont capables de comprendre des phrases ou d'exprimer des concepts complexes. Cela semble, pour l'instant, être propre au langage humain. « Je ne pense pas qu'il existe quelque chose de similaire dans le monde animal » affirme Yossi Yovel, zoologiste à l'université de Tel Aviv (TAU) et président du Coller Dolittle Challenge for Interspecies Two-Way Communication, un défi lancé par l'université de Tel Aviv avec la Fondation Jeremy Coller qui récompense ceux qui parviennent à établir une communication à double sens entre deux espèces. « Si vous espérez avoir une conversation avec un animal comme celle que nous avons en ce moment, eh bien... peut-être pas. »
Les sons émis par les animaux, ainsi que leur posture et même leurs odeurs, peuvent communiquer des informations importantes à leurs congénères. Il peut s'agir de sentiments, tels que la faim ou la peur, mais aussi d'attirer des partenaires ou d'avertir d'un danger.
Les animaux intelligents et très sociables, comme les chiens, les loups, les cétacés et les primates, sont plus susceptibles d'avoir des systèmes de communication complexes. « Quand vous vivez dans un groupe social, il est très important de comprendre l'état émotionnel des autres individus » explique Arik Kershenbaum.
Pourtant, de nombreux experts pensent que même les animaux dotés de moyens de communication complexes ne possèdent pas la capacité d’utiliser une grammaire et la capacité d'exprimer des pensées complexes ou des idées abstraites.
La façon dont les animaux perçoivent le monde nous reste étrangère, ce qui a une influence sur la compréhension mutuelle. « Les autres espèces ont des moyens d'exprimer des significations qui ne correspondent pas exactement aux nôtres » indique David Gruber. « Même si un lion utilisait un mot du langage humain, sa perception du monde et ses priorités très différentes des nôtres rendraient son message peu clair pour nous. »
Comme l'a un jour suggéré le philosophe Ludwig Wittgenstein, le langage seul ne peut créer de sens car nos expériences et le contexte de nos vies sont trop différents.
PROGRÈS TECHNOLOGIQUES
Malgré tout cela, des progrès ont été réalisés dans le décodage des vocalisations animales. De nombreux scientifiques sont enthousiasmés par la capacité de l'IA à repérer des schémas subtils dans la communication animale, que les humains ont du mal à percevoir, en particulier grâce à des modèles d'apprentissage profond. « Nous sommes sur le point de pouvoir entendre et traduire à un niveau inédit les millions d'autres espèces avec qui nous cohabitons » affirme David Gruber.
Remarquer des différences infimes entre les sons n'est que la première étape pour comprendre ce que ces variations signifient. « Seul le dauphin pourra vous dire si ces différences ont une signification particulière » explique Arik Kershenbaum.
Des scanners cérébraux pourraient aider mais ils posent des problèmes logistiques. « Dresser un animal pour qu'il reste tranquille dans un appareil d'IRM n'est guère un environnement naturel » indique-t-il.
Les experts reconnaissent tous les avantages de la communication entre humains et animaux, notamment pour comprendre les besoins des animaux de compagnie, du bétail et des animaux sauvages, ou améliorer la conservation en apprenant de nouveaux moyens de protéger les animaux et leurs habitats naturels. « Imaginez pouvoir comprendre quand une baleine est stressée ou signale un danger » souligne David Gruber.
Il pense que, bien qu'il nous reste du chemin à parcourir, « nous serons un jour capables de comprendre précisément les animaux dans leur propre langage, et potentiellement de communiquer avec eux. »
Yossi Yovel et Arik Kershenbaum n'en sont pas si sûrs. « Ils ne parlent pas » affirme Yossi Yovel. « Nous ne pourrons pas communiquer avec eux de la façon dont nous entendons habituellement le terme "parler". »
Même si nous ne pouvons pas avoir de conversation avec eux, étudier la communication animale peut beaucoup nous apprendre sur la vie de certaines espèces. « Même si nous aimerions beaucoup pouvoir parler avec tous les animaux du monde, la réalité est que la grande majorité d'entre eux n'ont pas besoin de langage et ne s'en soucient donc pas » explique Arik Kershenbaum. « Ceux qui utilisent vraiment une communication complexe, » comme les loups et les baleines, « sont ceux que nous devrions étudier. »
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.