La mort d’un dresseur d’éléphants attire l’attention sur la maltraitance animale

L’éléphant était en musth, un état hormonal caractérisé par une agressivité élevée. Cet incident n’est que le dernier d’une longue série.

De Austa Somvichian-Clausen
Le nombre d'éléphants vivant en captivité pour satisfaire les touristes visitant la Thaïlande a augmenté de 30 % ces 5 dernières années.

Un éléphant d’Asie, nommé Ekasit, a tué son propriétaire, Somsak Riengngen, dans la ville de Chiang Mai au nord de la Thaïlande.

L’éléphant a été libéré de ses chaînes par Riengngen, et était suivi d’un mahut - un dresseur. Il s’est soudainement retourné et a utilisé sa trompe pour saisir et écraser son maître.

Ekasit est un éléphant mâle, alors en état de musth, un état qui revient périodiquement chez les éléphants mâles caractérisé par une d’agressivité élevée provoquée par une forte production d'hormones. Un éléphant mâle en musth a un taux de testostérone six fois plus élevé qu'à l'accoutumée.

« Travailler avec des éléphants en musth est très dangereux », explique Joshua Plotnik, qui étudie les éléphants d’Asie et dispense des cours dans le cadre du programme sur le comportement et la préservation de l’animal au Hunter College à New York. « Les mâles, qui sont généralement dociles, deviennent imprévisibles. »

D’après les responsables du zoo, Ekasit a joué dans des films thaïlandais et des productions étrangères, ainsi que dans de nombreuses publicités pour la télévision. Il est notamment connu pour ses apparitions dans le film d’art martiaux thaïlandais Ong Bak

 

LA MALTRAITANCE ANIMALE EN QUESTION

Cet incident attire l’attention sur le traitement infligé aux « éléphants à touristes », activité à la fois florissante et controversée. Les pachydermes sont notamment mis en scène dans des cirques ou en train de peindre quand ils ne servent pas de montures aux tourismes désirant explorer la région.

Les violents incidents entre les dresseurs et les éléphants sont fréquents en Thaïlande. Selon le magazine Atlantic, au moins quatre morts ont été recensées pour le seul mois de mars 2017. Il est difficile de dire combien il y a de morts chaque année étant donné que la plupart d'entre elles ne sont par reportées.

Si l'on considère les 3 000 à 4 000 éléphants captifs vivant en Thaïlande, les chiffres doivent être plus élevés. Selon le dernier rapport de la Société mondiale de protection des animaux, le nombre d'éléphants utilisés à des fins touristique en Thaïlande est deux fois plus élevé que dans tous les autres pays d'Asie cumulés, et beaucoup d’entre eux sont détenus dans des conditions de vie extrêmement cruelles.

« Tous les éléphants sont sensés vivre à l'état sauvage, ils ne devraient pas être captifs » continue Plotnik. « Toutefois, cela reste idéaliste et malheureusement impossible parce que l'homme a trop largement empiété sur l'habitat naturel de ces grands animaux, parce que le nombre d’éléphants vivant en captivité est trop élevé et parce qu'ils sont essentiels à l'économie touristique et culturelle thaïlandaise. »

 

LES SOLUTIONS

Pour Potnik, la solution est la collaboration entre les cultures pour améliorer le bien-être des animaux domestiques et pour faire respecter les protocoles de conservation des animaux sauvages. Grâce aux associations de protection des animaux et aux instances gouvernementales, les conditions de vie des animaux en captivité pourraient être améliorées.

D’après la Société mondiale de protection des animaux, le tourisme en Thaïlande a doublé entre 2010 et 2016, passant de 15.9 à 32.6 millions de visiteurs par an. Cette croissance a été accompagnée d'une augmentation de 30 % du nombre d'éléphants élevés en captivité afin de satisfaire la demande du secteur touristique. Néanmoins, entre 2014 et 2017, le nombre de touristes considérant qu'une ballade à dos d'éléphant n'infligeait pas de souffrance aux animaux a chuté de 9 %, marquant une prise de conscience de plus en plus large.

La Société de protection des animaux estime que la plupart des touristes sont tentés par des expériences avec des éléphants car ils sont attirés par ces animaux sauvages. Mais peu d'entre eux sont de fait conscients de la brutalité qu'induisent ce type de ballades ou de séances photo pour ces éléphants ou pour leurs dresseurs. Ces derniers sont souvent mal payés, surmenés et exposés à des situations très dangereuses.

« Les éléphants sont des animaux intelligents, empathiques, mais ils restent des animaux sauvages », estime Plotnik. 

« Le respect des traditions thaïlandaises et leur culture signifie que pour assurer le bien-être des animaux et les protéger, nous devons travailler main dans la main pour appliquer les recommandations des chercheurs et des médecins vétérinaires » conclut- t-il.

Lire la suite