La présence des léopards dans les villes améliore la santé des Hommes

Une nouvelle étude révèle que les léopards pourraient prévenir une centaine de cas de rage par an à Bombay.

De Sarah Gibbens
Un léopard pris en photo par une caméra à distance dans le parc national Sanjay Gandhi à Bombay.

Bombay est l’une des villes les plus peuplées au monde, mais autour du parc national Sanjay Gandhi, un écosystème particulier s’est formé.

Les cas de rages, une maladie qui tue environ 20 000 personnes chaque année en Inde, ont baissé avec la présence d’une quarantaine de léopards dans le parc.

La raison est simple : les félins tuent et se nourrissent des chiens errants porteurs de la maladie.

Publiée dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment, une nouvelle étude s’est intéressée à la façon dont les léopards affectent par inadvertance les animaux et la population de la région.

En 2015, alors qu’il filmait un documentaire pour la chaîne National Geographic, Alex Braczkowski a été frappé par le contraste à la frontière qui sépare le parc, espace vert préservé de la ville.

Il se souvient que « tous les chiens de Bombay se sont mis à aboyer » lorsqu’un léopard s’y est aventuré.

Des études précédentes ont révélé que le régime alimentaire des léopards était principalement constitué de chiens mais qu’ils se nourrissaient aussi d’animaux sauvages vivant dans le parc, comme les sangliers et les cervidés.

En fonction de la quantité de nourriture nécessaire pour sustenter un léopard et la taille des chiens, les chercheurs considèrent que les félins tuent environ 1 500 canidés chaque année.

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LES CHIENS ERRANTS EN INDE

Environ 30 millions de chiens errants vivraient en Inde. D’après une étude de 2014 publiée par le gouvernement indien, près de 100 000 d’entre eux se trouvent à Bombay.

En Inde, il est illégal de tuer un chien. Par conséquent, le gouvernement mène une campagne massive de stérilisation pour réduire l’énorme population de canidés. Si les léopards tuent réellement 1 500 chiens par an comme cela est avancé par l’étude, ils permettent au gouvernement de réaliser environ 14 500 € d’économies chaque année.

Les scientifiques ont aussi découvert que près du parc, il y avait dix fois moins de chiens que dans le reste de la ville.

Grâce aux moyennes statistiques de morsures de chiens et de cas de rage dans la région, les chercheurs ont pu estimer que les léopards présents dans le parc empêchent 1 000 morsures et 90 cas de rage potentiels.

« Il s’agit d’un service que nous rend l’écosystème et auquel nous ne pensons pas », a déclaré Alex Braczkowski.

Avec une superficie d’environ 80 km², le parc est l’un des espaces verts les plus importants de Bombay, mais des projets d’infrastructures menacent l’habitat de ces grands félins.

 

LE ROLE ESSENTIEL DES PRÉDATEURS

Il est important de souligner que ces carnivores sont aussi dangereux pour l’Homme. Bien que cela arrive très rarement, des léopards ont déjà attaqué ou tué des humains et ils se nourrissent du bétail de ces derniers, qui constituent leur gagne-pain.

Mais au lieu de tuer les léopards, les défenseurs de l’environnement sont plutôt en faveur d’une protection de leur espace pour les éloigner des humains et donc éviter les conflits. De plus, les félins jouent un rôle important dans la stabilisation du nombre de proies et le maintien de l’équilibre de l’écosystème.

D’après la nouvelle étude, une baisse du nombre de vautours a entraîné une hausse de charogne et d’animaux en décomposition, ce qui a attiré plus de chiens errants. Au cours des 20 dernières années, la population de vautours en Inde a connu une diminution catastrophique. En cause un médicament utilisé pour soigner le bétail qui a été introduit dans l’environnement et est fatal pour les oiseaux.

Aucune partie du monde n’est épargnée par l’impact des humains : aux États-Unis, la population de cougars a fortement décliné et les répercussions sont dangereuses.

Une étude datant de 2016 démontrait que la baisse du nombre de cougars dans l’est du pays s’était traduite par une augmentation en flèche des populations de cerfs de Virginie : le nombre d’accidents de la route a alors augmenté et la hausse du nombre de cas de la maladie de Lyme peut être expliquée en partie par les tiques présentes sur les cerfs.

C’est l’inverse qui s’est produit dans le parc national de Yellowstone. Au milieu des années 1990, le loup gris, l’un des carnivores les plus célèbres du parc, a été réintroduit. Grâce à la présence des prédateurs, la population de castors a augmenté et la croissance forestière est repartie à la hausse. Avant la réintroduction des loups, les élans n’avaient plus à errer autant pour éviter les prédateurs ; par conséquent, ils passaient plus de temps à manger les saules en hiver, arbres sur lesquels la survie des castors dépend.

Ce phénomène est connu sous le nom de cascade trophique : la disparition d’espèces clés ou la baisse de leur population a des répercussions sur tout l’écosystème.

Revenons maintenant à nos léopards : leur population a baissé de plus de 80 %, mais ils sont toujours protégés dans le parc national Sanjay Gandhi. Pour l’instant…

« Nous ne connaissons pas les réalités de vivre avec ces animaux », a indiqué Alex Brazckowski en faisant référence à la peur de vivre près de ces félins mortels. Il espère néanmoins que son étude montrera qu’ils peuvent potentiellement sauver des vies de façon indirecte.

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