Le crabe boxeur, pom-pom girl des fonds marins

Le crabe boxeur tient une anémone de mer dans chacune de ses pinces pour repousser ses prédateurs. Et si par malheur il vient à en perdre une, il peut inciter les anémones de mer à se reproduire de manière asexuée.

De Mary Bates
Publication 17 août 2022, 16:13 CEST
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Un crabe Lybia leptochelis tient des anémones de mer de l'espèce Alicia. Cette relation protège les crabes des prédateurs tout en permettant aux anémones d'accéder plus facilement à la nourriture.

PHOTOGRAPHIE DE Yisrael Schnytzer

Dans les bas-fonds du bassin Indo-Pacifique vivent de minuscules pom-pom girls : des crabes qui au bout de leurs pinces sont dotés d'anémones de mer, ce qui leur vaut le surnom de crabes boxeurs.

Ces accessoires colorés et urticants, fixés à leurs pinces par de délicats crochets, aident probablement ces crustacés de la taille d'une pièce de monnaie à repousser les prédateurs. Les anémones, quant à elles, bénéficient des restes de nourriture du crabe.

Contrairement à la plupart des crabes, dont les pinces robustes servent à attraper, manger et se défendre, les crabes Lybia ont des pinces semblables à de petites pinces à épiler - la taille et la forme parfaites pour tenir les anémones.

Le crabe boxeur, véritable pom-pom girl
Le crabe boxeur tient une anémone de mer dans chacune de ses pinces pour repousser ses prédateurs. Mais que se passe-t-il quand il en perd une ?

Il y a quelques années, une étude a révélé que lorsqu'un crabe boxeur venait à perdre une anémone, il en volait une à un autre crabe. À l'issue du combat, perdant et vainqueur divisent leur unique anémone en deux, créant ainsi des clones identiques, un pour chaque pince.

 

UNE HISTOIRE DE CLONES

Pendant plusieurs années, une équipe scientifique a observé et collecté plus d'une centaine de crabes Lybia leptochelis - chacun tenant une paire d'anémones - dans la mer Rouge.

Au laboratoire marin de l'IUI à Eilat, les chercheurs ont retiré une anémone à un crabe, le laissant avec un seul pompon.

« Ils n'abandonnent jamais leurs anémones volontairement », explique l'auteur de l'étude, Yisrael Schnytzer, de l'Université Bar Ilan d'Israël.

« Nous les avons placés dans une boîte de Pétri sous un microscope et avons utilisé une paire de petites pinces pour retirer lentement et soigneusement les anémones. »

Le crabe auquel il manquait une anémone déchira ensuite l'anémone qui lui restait en deux fragments égaux. En quelques jours, chaque fragment s'est régénéré en deux nouveaux clones de l'anémone d'origine, toujours selon l'étude de 2017.

Il s'agit du premier cas connu où un animal stimule un autre animal pour qu'il se reproduise de manière asexuée.

 

ATTAQUE EN CRABE

Dans une seconde expérience, Schnytzer et ses collègues ont observé ce que fait un crabe qui se retrouve complètement dépourvu d'anémones. Ils ont placé un crabe sans anémone dans un aquarium contenant un crabe avec deux anémones.

Les crabes se battaient alors, ce qui conduisait presque toujours le crabe sans anémone à voler une anémone à son adversaire. 

Enfin, les chercheurs ont analysé l'ADN des paires d'anémones prélevées sur des crabes capturés dans la nature.

Ils ont constaté que chaque crabe détenait des clones identiques, ce qui suggère que les comportements de division et de vol observés en laboratoire sont également utilisés pour obtenir des anémones à l'état sauvage.

 

« L'EXTRAORDINAIRE AVENTURE DE LA VIE »

On ne sait toujours pas comment, où et quand les crabes obtiennent leurs anémones. Les crabes collectés dans la mer Rouge portaient une espèce particulière d'anémone du genre Alicia. Malgré des années de recherche, l'équipe n'a pu trouver aucune de ces anémones vivant librement et non pas sous l'emprise d'un crabe. 

« Vraisemblablement, bien que le fractionnement et le vol se produisent dans la nature, ils ne représentent pas l'image complète de la façon dont ces crabes acquièrent leurs anémones », souligne Schnytzer.

L'étude soulève également des questions sur la façon dont la relation anémone-crabe a évolué, relève Danièle Guinot, spécialiste des crabes au Muséum d'histoire naturelle de Paris.

Dans cette relation, tenir les anémones semble être nécessaire pour les crabes, explique Danièle Guinot, qui n'a pas pris part à l'étude.

« Les expériences ont été bien imaginées et soigneusement menées », ajoute-t-elle. « C'est un bon exemple de l'extraordinaire aventure de la vie. »

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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