Le manchot Adélie, espèce emblématique de l’Antarctique, est menacé de disparition

L’Antarctique se réchauffe très vite. Les manchots manquent désormais de banquise pour se reposer et de krills, petits crustacés, à consommer. Résultat : leur population s’est effondrée de 90 %.

De Rédaction National Geographic
Avec le réchauffement des eaux, les populations de manchots Adélie (ici, devant l’île Paulet) ont diminué dans l’ouest de la péninsule Antarctique. Mais ils prospèrent à la pointe nord, plus froide grâce aux vents et aux courants marins.

Sur la minuscule île Paulet, des milliers de manchots sont perchés en rangs irréguliers sur une pente rocailleuse. Sur un iceberg, à tribord, des manchots forment un groupe bruyant. Ils dérapent et se heurtent comme des quilles de bowling. Dans l’ouest de la péninsule Antarctique, ces scènes sont de plus en plus rares : la population de manchots Adélie s’est effondrée de 90 %, au minimum.

Le manchot Adélie est l’unique espèce de manchot endémique de l’Antarctique présente dans la péninsule. Il bâtit ses nids avec des galets et revient sur le même site chaque année, à la même période, qu’il pleuve ou neige, ou que la glace fonde.

Il préfère la roche dure ou le sol. Mais, désormais, avec le réchauffement, il est souvent contraint de construire sur la neige légère – au risque que le nid s’effondre quand la neige fond, ou se remplisse d’eau quand il pleut. Les œufs coulent alors au fond des nids inondés. Trempés, les poussins, dépourvus des plumes étanches qui protègent les adultes, meurent gelés par le vent.

Quant aux manchots Adélie adultes, ils ont l’habitude de muer sur les floes (plaques de glace), au large. Ils s’y réfugient aussi, quand ils ne chassent pas eux-mêmes, pour échapper aux prédateurs. Une pratique rendue plus difficile par la fonte des glaces. Surtout que certaines espèces de phoques manquant de banquise, notamment le léopard de mer, s’approchent de plus en plus souvent des côtes pour les chasser.

Avec le réchauffement de la mer, d’autres manchots plus adaptables effectuent une percée. Les manchots papous (une espèce généraliste, grasse et de bonne taille) se révèlent plus flexibles sur le lieu et l’époque de leur nidification, et plus aptes à pondre de nouveaux œufs si la première nidification échoue. Ils chassent aussi plus près du rivage et se nourrissent de tout ce qui se présente. Entre 1982 et 2017, le nombre de couples reproducteurs de manchots Adélie dans l’ouest de la péninsule et les îles Shetland du Sud est tombé de 105000 à 30000, tandis que les couples de manchots papous passaient de 25000 à 173000.

Autre ennemi des manchots Adélie : la surpêche liée à la présence d’eaux libres de glace de plus en plus longtemps dans l’année. Le mammifère se nourrit de krill, une minuscule crevette d’eau froide, ou de poissons, qui s’alimentent également de ce dernier. Or, le krill est convoité par les chalutiers, car il entre dans la composition de compléments alimentaires et de produits pharmaceutiques, et sert de nourriture aux saumons d’élevage des fjords norvégiens et aux poissons tropicaux d’aquarium.

Extraits du reportage “Un monde qui craque” de Craig Welch, publié dans le numéro de novembre 2018 du magazine National Geographic.

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