Le réchauffement climatique bouleverse la migration des oiseaux 

À cause du changement climatique, des milliers d’oiseaux migrateurs passent moins de temps en Afrique ou bien raccourcissent leurs distances de migration pour passer l’hiver dans le sud de l’Europe. Certains sont même devenus complètement sédentaires. 

Photographie De Jérémy Dupuy
Publication 27 déc. 2021, 11:06 CET
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Grue cendrée en vol de migration depuis les Pyrénées.

Photographie de Jérémy Dupuy

Plus le climat se réchauffe, et moins les oiseaux migrent. Traditionnellement, des centaines de millions d’oiseaux passent l’hiver en Afrique et remontent pour le printemps en Europe. Mais les hivers sur le Vieux Continent devenant de plus en plus doux, et la ressource alimentaire suffisamment abondante, certains décident de ne plus s’infliger les périples d’une migration longue et périlleuse. Braver des tempêtes de sable au Sahara, des turbulences au-dessus de la Méditerranée ou les dangers des éoliennes et des lignes électriques ? Très peu pour ces quelques milliers d’oiseaux, qui n’y voient plus d’intérêt suffisant. 

Parmi les cigognes blanches, par exemple, certaines ne font plus systématiquement le voyage vers le sud du Sahara pour l’hiver. « Petit à petit, leur zone d’hivernage est remontée vers l’Espagne voire la France, pour beaucoup sur le littoral atlantique. Plusieurs milliers d’individus restent même toute l’année au même endroit, en faisant le pari d’un hiver doux » explique Jérémy Dupuy, ornithologue à la Ligue de protection des oiseaux, et l’un des auteurs du prochain « Atlas des oiseaux migrateurs de France », à paraître en 2022 aux éditions Biotope. « Tant qu'il n'y a pas de neige, la ressource alimentaire reste accessible. Les cigognes peuvent ainsi fréquenter les décharges, ou bien les zones humides à la recherche d'invertébrés. »

Un couple de cigogne blanche en reproduction.

Photographie de Jérémy Dupuy

Il faut toutefois souligner que ce phénomène est minoritaire. « Entre 200 000 et 300 000 individus passent encore par le détroit de Gibraltar en automne, direction le Sahel. La majorité des cigognes continuent ainsi de migrer en Afrique subsaharienne. Mais on peut imaginer que cette tendance à se sédentariser ou à migrer moins loin se développe si les hivers continuent de s’adoucir en Europe » poursuit l’ornithologue.

 

DES CANARDS DE PLUS EN PLUS CASANIERS

La cigogne blanche n’est pas la seule espèce à compter certains groupes d’individus qui décident de raccourcir les distances de migration. La grue cendrée, qui se rend d’ordinaire dans la péninsule ibérique pour hiverner, se contente parfois du sud ouest de la France, de la Camargue ou des lacs champenois. Autre exemple : le garrot à oeil d’or. Traditionnellement, ce canard fuit les températures glaciales de la Scandinavie en hiver pour venir en France. Mais depuis quelques années, c’est de moins en moins le cas. « En 1990, on comptait entre 2000 et 3000 de ces canards en France en hiver. Aujourd’hui ils ne sont plus que 1000. Pourtant leur population globale ne diminue pas - c'est simplement dû au fait qu'ils hivernent désormais beaucoup plus au nord » explique Jérémy Dupuy.

Pour l’instant, la décision de devenir sédentaire ou de raccourcir sa migration est propre à chaque oiseau. « Ce qui régit cette décision n'est pas forcément connu mais on peut faire l'hypothèse que la condition physique au moment du départ joue un rôle. Habituellement, et l'immense majorité du temps, les oiseaux qui ne migrent pas meurent. Mais s’ils survivent, cela peut entraîner de nouvelles stratégies de migration l’année suivante. Les hivers doux qui se succèdent permettent ainsi à cette stratégie de perdurer. »

À l'instar de la cigogne blanche, le héron garde-boeufs hiverne désormais massivement en France. Mais certains hivers rigoureux peuvent entraîner une mortalité très importante.

Photographie de Jérémy Dupuy

Ce pari - rester plus au nord et affronter un froid supposé tolérable plutôt que d’endurer la migration - comporte des risques. « En cas d’hiver très rigoureux, cela surprend et tue les migrateurs devenus sédentaires, qui ne sont pas habitués à de telles températures. Ce n’est toutefois pas un danger pour la survie de l’espèce, car dans le cas de la cigogne blanche par exemple, la majorité des oiseaux sont encore en Afrique et reviendront donc au printemps » explique Jérémy Dupuy.

 

JUSQU'À DEUX MOIS DE MOINS EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE

D’autres oiseaux migrateurs s’adaptent aussi au changement climatique sans toutefois arrêter de migrer au sud du Sahara, mais y en passant moins de temps. Cela peut aller jusqu’à deux mois de moins pour certains oiseaux, comme le montre une étude récente publiée dans Global Change Biology, par une équipe de chercheurs britanniques et gambiens. Parmi les espèces concernées : le rossignol ou certaines espèces de passereaux, comme le pouillot fitis. Ils partent plus tard et rentrent plus tôt, afin de profiter de l’abondance de nourriture du printemps en Europe.

Ce dernier arrive de plus en plus rapidement. De quoi soulever des questions chez les auteurs de l’étude. « Cela pourrait créer de la compétition pour la nourriture en automne et en hiver entre les oiseaux sédentaires depuis toujours et les oiseaux migrateurs qui restent plus longtemps » explique Kieran Lawrence, l’un des auteurs de l’étude, dans un communiqué. « De plus, les écosystèmes des régions subsahariennes où ces oiseaux passent normalement l’hiver pourraient changer, puisque les oiseaux migrateurs seront moins présents pour manger les insectes, ou encore disperser les graines et le pollen. »

Traquet motteux : l'ensemble de la population nicheuse du Groënland jusqu'à la Sibérie hiverne en Afrique subsaharienne.

Photographie de Jérémy Dupuy

Mais selon Jérémy Dupuy, ces modifications dans les habitudes de migration ne sont pas pour le moment source d’inquiétude. En tout cas concernant les populations d’oiseaux migrateurs. « Globalement, nous percevons cela de manière plutôt positive. Cela veut dire que les oiseaux sont capables de s’adapter au changement climatique. »

Et de rappeler : « C’est avant tout la disparition des habitats qui cause l’effondrement de certaines populations, entre autres. » La mécanisation de l’agriculture, la disparition des haies, et l’utilisation de produits phytosanitaires font en effet partie des plus grands dangers pour une bonne partie des espèces d’oiseaux. Et, migrateurs ou pas, il leur est aujourd’hui difficile d’échapper à ces menaces-là.

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