Animaux

Le scinque à langue bleue, lézard à la langue ultraviolette

Lorsqu'il se sent menacé, le scinque à langue bleue du Nord tire une langue bleue cobalt qui réfléchit les UV.

De Elaina Zachos

Lorsqu'un scinque à langue bleue est attaqué, il ne se roule pas en boule et ne cherche pas à s'enfuir. Pour effrayer les prédateurs, cette espèce de lézard choisit plutôt de leur tirer une langue, qui se colore d'un bleu vif.

Ce comportement déimatique a été observé chez d'autres espèces, mais est souvent plus discret. Lorsqu'elle est menacée, la chenille Queue fourchue peut libérer de l'acide méthanoïque de ses deux flagelles. Un chat domestique va cracher, faire le dos rond et montrer les dents en guise d'avertissement.

La langue d'un scinque à langue bleue, pigmentée par la mélanine, semble sortir d'un pot de peinture bleue. Large à la base et étroite au bout, elle peut s'aplatir ou s'élargir sur demande. Le scinque à langue bleue est capable de la déployer en une fraction de seconde.

Publiée jeudi dernier dans la revue Behavioral Ecology and Sociobiology, une nouvelle étude dévoile une autre caractéristique de la langue bleu cobalt du lézard. L'arrière de la langue d'un scinque à langue bleue du Nord est plus vive et émet plus de rayons ultra-violets (UV) que l'avant. Cette partie de la langue n'est dévoilée qu'à la toute fin d'une attaque, lorsque les prédateurs peuvent voir les rayons UV.

 

UNE LANGUE ULTRAVIOLETTE

Dans le cadre de cette étude, Arnaud Badiane, auteur principal de l'étude et boursier Marie Curie de l'Institut d'Écologie et des Sciences de l'Environnement de Paris, a collaboré avec des collègues de l'Université Macquarie, de l'Université de Valence et de l'Université de Sydney. L'équipe de chercheurs a porté son attention sur les Tiliqua scincoides intermedia, des scinques à langue bleue du Nord. Le reptile, qui mesure plus de 30 cm de long, est la plus grande espèce de scincadés.

Ces lézards omnivores sont originaires d'Australie, de l'est de l'Indonésie et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. En plus de leur langue colorée, ces lézards ont un corps lourd de taille moyenne, une tête triangulaire ainsi qu'une queue et de pattes trapues.

Les scinques à langue bleue se déplacent lentement et se fondent dans le paysage grâce à leur corps bordé de marron. Parmi les principaux prédateurs de ces lézards figurent les oiseaux, les serpents et les varans. Des études précédentes ont démontré que ces espèces animales étaient capables de voir les rayons UV. 

Pour leur étude, les scientifiques ont utilisé un spectrophotomètre portable, un appareil qui mesure l'intensité lumineuse d'une région du spectre. Ils ont passé les langues de 13 scinques à langue bleue sous le spectrophotomètre et ont découvert qu'en plus d'émettre des UV bleus, l'arrière de la langue de l'animal en émettait deux fois plus que l'avant.

En 2015, des chercheurs avaient découvert qu'une autre espèce de scincadés, le Tiliqua gigas, possèdent une langue qui réfléchit les UV. L'étude sur les scinques à langue bleue du Nord renforce donc la théorie d'une prévalence de langue ultraviolette chez les scinques.

LE TEST DE L'ATTAQUE

L'étude s'est ensuite poursuivie en simulant des attaques sur les lézards pour voir jusqu'où leur langue sort lorsqu'ils sont menacés. Tenus par l'éthique de ne pas faire de mal aux lézards, les scientifiques les ont « attaqués » avec de faux serpents, oiseaux, vacans et renards. Un morceau de bois servait de variable de contrôle.

Les scincadés ne dévoilent leur langue qu'au tout dernier moment, lorsque le faux prédateur s'approchait beaucoup trop. À ce moment, les lézards sortent leur langue, se mettent à siffler et à faire gonfler leur corps.

Plus ils se sentent menacés, plus ils sortent leur langue. Les scientifiques ont pu constater que les lézards sortaient entièrement leur langue lorsqu'ils étaient attaqués par les faux oiseaux ou renards, ce qui n'était pas le cas pour les serpents et les vacans.

« Les lézards sortent leur langue toute entière lorsqu'ils sont le plus menacés par les prédateurs », a expliqué Arnaud Badiane dans un communiqué de presse. « Cette technique défensive pourrait être très efficace contre les prédateurs aériens, puisqu'il ne serait pas facile de reprendre une des leurs attaques à cause de l'inertie ».

La réaction des prédateurs à cette technique de défense de la part des lézards n'a pas encore fait l'objet d'études mais pourrait l'être à l'avenir.

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