Le simulacre de mort, ruse bien connue du monde animal

Les serpents, les invertébrés, les oiseaux - entre autres - ont de nombreuses raisons de simuler leur propre mort.

Publication 23 avr. 2021, 17:05 CEST
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Une Couleuvre tessellée (Natrix tessellata) fait semblant d’être morte aux abords d’une crique en Crète.

Photographie de Blickwinkel, Alamy

Feindre sa mort est sûrement l’astuce la plus créative et la plus risquée que les animaux ont développé pour échapper à leurs prédateurs.

Ce comportement, que l’on appelle thanatose ou simulacre de mort, est présent chez tout le règne animal, des oiseaux aux mammifères en passant par les poissons. L’opossum de la Virginie, aux États-Unis, est sûrement l’imposteur le plus connu. Il ouvre sa bouche, sort sa langue, vide ses intestins et expulse des fluides malodorants pour convaincre son prédateur qu’il n’est plus bon à manger.

Les cochons d’Inde et d’autres espèces de lapins simulent leur mort, ainsi que de nombreux serpents, comme le serpent indigo (Drymarchon couperi). Parmi les imposteurs de l’air, on compte la Caille du Japon (Coturnix japonica), les poules domestiques (Gallus gallus domesticus) et les canards colverts (Anas platyrhynchos). Pour feindre leur mort, certains requins font semblant de remonter à la surface. S’ils se retournent sur le dos et s’immobilisent pendant un moment, les requins-citrons (Negaprion brevirostris) se ramollissent et simulent une respiration laborieuse accompagnée de quelques sursauts.

On compte parmi les invertébrés des dizaines d’animaux pratiquant la catalepsie. C’est le groupe d’animaux qui affiche le plus souvent ce comportement, et de fait, c’est celui que les chercheurs étudient le plus.

Par exemple, les sauterelles pygmées (Tetrigidae), simulent leur mort en étendant leurs pattes dans plusieurs directions. Ainsi, il est très difficile pour les grenouilles de les avaler.

Les scientifiques n’en savent pas encore assez sur cet étrange comportement, comme nous l'explique par e-mail Rosalind Humphreys, doctorante de l’université de St. Andrews au Royaume-Uni. Il est difficile à observer dans la nature et la mise en place d’expériences en laboratoire où les prédateurs attaquent délibérément leurs proies pose des questions éthiques. Voici toutefois ce que l’on sait de ces attitudes singulières.

 

LA DERNIÈRE CHANCE

De nombreux insectes simulent leur mort après que leur prédateur les a attrapés.

Par exemple, les larves du fourmilion parisien (Euroleon nostras), un insecte ailé particulièrement féroce, peuvent faire semblant d’être mortes pendant près de soixante-et-une minutes. À titre de comparaison, Charles Darwin avait observé un coléoptère feindre sa mort pendant vingt-trois minutes.

Voici comment ces larves procèdent. Un prédateur, disons un Accenteur mouchet (Prunella modularis), remarque un groupe de larves de fourmilion. Il plonge et attrape l’insecte. L’oiseau laisse tomber la larve, comme cela lui arrive fréquemment, et l’insecte fait le mort.

« C’est la dernière chance pour [sauver] sa peau », déclare Ana Sendova-Franks, chercheuse à l’université de Bristol. Elle a publié en mars 2021 une étude sur ce comportement dans la revue Biology Letters.

Cette « immobilité post-contact » est une caractéristique différente de l’immobilité momentanée, celle que l’on a « lorsqu’un cambrioleur pénètre dans votre maison et que vous vous figez sur place pour vous protéger des regards », explique Mme Sendova-Franks. Elle s’accompagne souvent de changements physiologiques involontaires tels que le ralentissement du rythme cardiaque.

 

FEINDRE LA MORT POUR SE NOURRIR OU SE REPRODUIRE

Alors que la plupart des animaux simulent leur mort pour échapper à un triste sort, d'autres ont recours au simulacre de mort pour des raisons différentes.

Prenons l’exemple de l’araignée Pisaurina mira. Les femelles s’attaquent souvent aux mâles. Ainsi, pour s’accoupler, le mâle ressemble de la nourriture, s’attache à ce petit paquet et simule sa mort. La femelle traîne alors la nourriture mais aussi le mâle, supposé être mort. Lorsqu’elle commence à manger son repas, le mâle revient à la vie et tente de s’accoupler. Parfois, sa technique fonctionne, assure Trine Bilde, professeure de biologie à l’université d’Aarhus au Danemark.

« Le simulacre de mort semble être un moyen pour le mâle de s’accoupler, en plus ou au lieu de servir de stratégie contre les prédateurs », nous écrit-elle par e-mail. « Il est possible que [ce comportement] remplisse ces deux fonctions. »

A contrario, l’æschne des joncs (Aeshna juncea) se donne quant à elle beaucoup de mal pour éviter l’accouplement. Elle s’arrête de voler et s’écrase au sol pour éviter les mâles, un comportement qui pourrait la blesser.

Le cichlidé d’Amérique centrale, quant à lui, s’étend sur le fond des lacs en prétendant sa mort pour appâter les poissons et autres proies. Lorsqu’un autre poisson s’approche pour mordre sa présumée carcasse, le cichlidé se réveille et attaque. De même, le Mycteroperca acutirostris, un poisson que l’on retrouve au Brésil, met en scène sa propre mort pour attirer de jeunes poissons.

 

UN MOYEN DE DÉFENSE SINGULIER MAIS EFFICACE

La catalepsie peut sembler être un moyen de défense « étrange en tant que solution de “dernier recours” puisque l’on s’attend à ce que les proies se débattent et s’enfuient », déclare Mme Humphreys. « Toutefois, il existe de nombreuses situations dans lesquelles [la catalepsie] peut s’avérer utile pour réduire les risques d’une nouvelle attaque. »

Par exemple, lors de l’expérience menée sur les fourmilions, les scientifiques ont remarqué que les larves qui simulaient leur mort plus longtemps que les autres avaient moins de risques d’être mangées par des prédateurs. En effet, ce dernier se retrouvait dupé ou bien frustré par le comportement de la larve.

En 1975, une expérience a permis aux scientifiques d’observer comment les renards roux (Vulpes vulpes) en captivité chassaient cinq espèces de canards différentes. La plupart de ces oiseaux se faisaient passer pour morts lorsqu’ils étaient attrapés. Les renards apportaient ensuite les canards jusque dans leur tanière pour les manger plus tard. Les prédateurs expérimentés savaient qu’il fallait tuer ou blesser le canard sur-le-champ mais les moins aguerris les laissaient parfois sans surveillance. De fait, leur proie pouvait s’échapper.

C’est pour cette raison qu’Ana Sendova-Franks appelle ce comportement « une dernière chance ». Si les proies bougent, elles sont condamnées. Simuler leur mort leur offre la chance, certes infime, de survivre.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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