Les faux sauvetages d'animaux, nouvelle forme de maltraitance

Dans ces vidéos YouTube, on décèle une souffrance et une exploitation permanente des animaux. Plusieurs mois après les promesses faites par la plateforme, peu de progrès ont été faits.

Publication 2 juil. 2021 à 12:03 CEST, Mise à jour 2 juil. 2021 à 14:26 CEST
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Malgré sa politique interdisant la maltraitance et l'exploitation des animaux, YouTube est truffé de vidéos dans lesquelles sont mises en scène des attaques entre animaux. Des espèces comme le python birman, photographié ci-dessus en studio, sont souvent présentées comme des prédateurs, mais jouent également parfois le rôle de proies.

Photographie de Gerry Pearce, Alamy

Pour Mark Auliya, il est normal de voir des serpents attaquer d'autres animaux. Après tout, ce sont des carnivores et ils doivent se nourrir. Cependant, le mois dernier, alors qu'il regardait une vidéo YouTube chez lui à Bonn, en Allemagne, le spécialiste des reptiles en est venu à jeter ses lunettes de dégoût. « C'est vraiment horrible, » s'est-il exclamé.

Sur son écran, un python birman, une espèce de serpent constricteur qui tue habituellement des oiseaux ou des petits mammifères, s'attaque cette fois à un gibbon. Le primate paniqué se démène pour survivre alors que le serpent, enroulé autour de son torse, commence à resserrer son étreinte. Rapidement, le gibbon se fige, immobile. C'est alors qu'un homme en t-shirt bleu apparaît, déroule à la hâte le python, libère le gibbon et emporte le serpent hors du champ de la caméra. Quant au gibbon, il reste à l'écran, traumatisé, les bras repliés sur la tête.

« C'est évident que c'est mis en scène, mais certains y croient, » déclare Auliya, herpétologue au musée Koenig. La vidéo suggère que l'homme est arrivé juste à temps pour sauver le gibbon, mais les pythons commencent par mordre leurs proies pour ancrer leur constriction, ce qui ne se produit pas dans la vidéo, indique Auliya. De même, les pythons sont des chasseurs nocturnes et cette vidéo, comme bien d'autres, a été filmée de jour.

Pour Auliya, la seule chose qui semble réelle dans ces vidéos, c'est le mauvais traitement infligé à ces animaux forcés à agir de la sorte... et le stress qui en découle.

Cela fait maintenant plusieurs années que les groupes de protection des animaux ont vu apparaître ces vidéos de faux sauvetages d'animaux sur YouTube. Toutes tournent autour d'un seul et même thème : un aigle attaque un serpent, un crocodile attaque un canard, un serpent attaque des chats domestiques, des chiens, des lézards. Dans chaque cas, les attaques sont stoppées par un soi-disant sauveteur qui croise par hasard les animaux ou entend leurs cris juste à temps pour empêcher le carnage.

Pour les animaux impliqués, ces vidéos sont source de stress ou de blessures et peuvent même entraîner la mort, selon Anne-Lise Chaber, vétérinaire de la faune sauvage et spécialiste de l'approche One Health à l'université d'Adélaïde, en Australie. De plus, ces faux sauvetages véhiculent des clichés sur les différentes espèces et inspirent des imitateurs, indique Chaber, qui a également étudié la façon dont YouTube normalise le commerce des espèces sauvages et les interactions entre humains et animaux sauvages. C'est naturel pour un animal de se comporter en prédateur dans la nature, sans intervention humaine, mais les vidéos donnent une idée trompeuse de ces comportements naturels et diabolisent les espèces prédatrices comme les serpents ou les oiseaux de proie.

Le phénomène détourne également l'attention des véritables problèmes liés à la conservation et au bien-être animal, indique Daniel Natusch, biologiste de la conservation à l'université Macquarie de Sydney, en Australie, et membre de plusieurs groupes de spécialistes des reptiles au sein de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l'organisme qui supervise les statuts de conservation des animaux. Les vidéos ont souvent des titres du genre « Un homme primitif sauve un serpent », ce qui encourage « l'intolérance et l'incompréhension entre les cultures », dit-il.

Pourquoi mettre des animaux captifs dans des situations dangereuses et potentiellement mortelles ? Pour obtenir un maximum de vues et probablement générer de l'argent. En publiant une vidéo qui récolte des millions de clics sur les réseaux sociaux, il est possible d'engranger des milliers de dollars, déplore Jason Urgo, PDG de Social Blade, une entreprise spécialisée dans les statistiques des réseaux sociaux. N'importe qui peut créer une chaîne YouTube et y publier des vidéos. Néanmoins, pour commencer à profiter des revenus publicitaires de la plateforme détenue par Google, les propriétaires d'une chaîne doivent comptabiliser un millier d'abonnés et 4 000 heures de visionnage au cours des 12 derniers mois.

Depuis la première vidéo mise en ligne sur YouTube en 2005, la plateforme a connu une croissance exponentielle et essuyé de vives critiques quant à son manque de réaction face au contenu jugé néfaste pour le bien public, comme les théories du complot, les discours haineux, la cruauté envers les animaux et plus encore. Le règlement de la communauté interdit les « contenus violents ou sanglants destinés à choquer les spectateurs ou à leur inspirer du dégoût » et l'entreprise déclare avoir affecté 10 000 employés aidés de l'apprentissage automatique pour modérer les 500 heures de vidéo ajoutées sur la plateforme par minute. Entre janvier et mars 2021, YouTube indique avoir supprimé plus de 9 millions de vidéos pour cause de violation du règlement de la communauté.

Pourtant, le processus de vérification reste lourd, lent et incohérent, à en croire les informations communiquées au Washington Post par des modérateurs, toujours en activité ou non. Afin d'accélérer ce processus, YouTube a mis au point des outils comme le programme Trusted Flagger dans le cadre duquel les agences gouvernementales et non gouvernementales, entre autres, peuvent contribuer à la modération.

Dans l'une des centaines de vidéos de faux sauvetages d'animaux publiées sur YouTube, un python birman s'enroule autour d'un gibbon jusqu'à ce qu'une personne les « surprenne » et sauve le primate.

Photographie de CAPTURE D'ÉCRAN DE YOUTUBE

Les membres de ce programme ne peuvent pas supprimer les vidéos, mais grâce à leurs signalements, « la procédure peut être accélérée », peut-on lire dans le règlement de YouTube.

 

UNE LONGUE ATTENTE 

Au mois de mars 2021, YouTube a annoncé son intention d'agir dans les semaines suivantes pour interdire les vidéos de faux sauvetages d'animaux. Depuis, plus d'une centaine ont été publiées et plusieurs centaines subsistent sur la plateforme, d'après les données de Lady Freethinker, une organisation de protection des animaux à but non lucratif basée en Californie.

En avril 2021, Lady Freethinker a soumis une demande pour rejoindre le programme YouTube Trusted Flagger. Quelques jours plus tard, la plateforme a répondu qu'elle « ne recrutait pas à l'heure actuelle de Flaggers avec une expertise dans les domaines pertinents pour l'organisation, » indique Nina Jackel, fondatrice et présidente de Lady Freethinker.

YouTube n'a pas souhaité répondre à nos questions sur cette décision et a refusé les demandes d'interview soumises par National Geographic. « Nous disposons d'une équipe dédiée au règlement qui examine et met à jour nos règles en permanence, et les tient à jour, » a indiqué l'entreprise dans un communiqué.

Avec ses 83 000 abonnés, la chaîne de la vidéo python-gibbon a publié neuf autres vidéos douteuses de « sauvetage » au mois de mai. Une vidéo sur une autre chaîne annonçant un « authentique combat » entre un cochon et un python a récolté plus de six millions de clics depuis sa publication en mars 2020, dont près d'un million au mois de mai seulement. (YouTube a désactivé ces chaînes en juin après avoir été contacté par National Geographic pour une interview et a partagé une liste des vidéos de sauvetages suspects impliquant des animaux.)

D'après Tim Kasser, professeur émérite de psychologie au Knox College, dans l'Illinois, qui a étudié le consumérisme et les valeurs des consommateurs, ces vidéos attirent deux types de personnes : celles séduites par l'aspect réconfortant du sauvetage d'animaux adorables et celles qui prennent plaisir à voir des animaux se battre où subir des maltraitances.

Malgré leurs grands nombres de vues, ces vidéos ne recueillent que très peu de commentaires. « Très audacieux et courageux » écrit un spectateur sous la vidéo cochon-python, qui comptabilise 27 000  mentions « J'aime » contre seulement 4 000 « Je n'aime pas ».

« Fantastique » écrit un autre, soutenu par six cœurs et autres émojis. (National Geographic ne partage ni les noms des chaînes ni les liens pour éviter d'augmenter le trafic vers ces contenus.)

 

DES SIGNES QUI NE TROMPENT PAS

Les vidéos de faux sauvetages suivent toutes la même formule. Elles durent généralement 5 minutes et mettent en scène un animal prédateur et sa victime dans une mare de boue entourée de végétation. Parallèlement à la lutte des animaux, le spectateur suit l'arrivée d'un « sauveteur », le tout agrémenté d'une musique instrumentale ou électronique pour ajouter au suspense. La rencontre avec les animaux se fait longuement attendre, probablement pour imiter le style des documentaires animaliers, indique DJ Schubert, biologiste des espèces sauvages pour l'Animal Welfare Institute de Washington.

Comme nous l'explique Schubert, la multiplication des plans et le nombre impressionnant de ces vidéos trahissent le fait qu'elles sont mises en scène. « Généralement, pour un photographe ou réalisateur animalier, il faut un nombre incalculable de jours, de mois ou même d'années pour obtenir de façon éthique des images qui décrivent le comportement d'une espèce à l'état sauvage, » indique-t-il.

Il est incroyablement difficile d'immortaliser des scènes réelles de conflit entre animaux, témoigne Brent Stirton, photographe animalier pour National Geographic. « À moins que vous ne promeniez votre animal de compagnie au fin fond des Everglades en Floride en bordure de territoire des alligators ou délibérément à proximité d'un python, c'est extrêmement rare, » ajoute-t-il. Ces mises en scène ne se limitent pas à YouTube. Parfois, cela se produit également avec les documentaires ou les séries sur la nature, précise le photographe. « Le pire, c'est que certains demandent des financements et monopolisent des sommes qui auraient pu être versées à ceux qui ne prennent pas de raccourcis pour obtenir ces images, c'est-à-dire suivre l'animal sans le traumatiser. »

Ce qui aux yeux des scientifiques et des experts prouve qu'une vidéo est mise en scène peut ne pas être évident pour de nombreux spectateurs.

Certains animaux présentent parfois des blessures identifiables avant les scènes de conflit, ce qui suggère qu'ils ont déjà effectué plusieurs prises. Certains oiseaux de proie paraissent malades et ont leurs ailes coupées pour les empêcher de s'envoler, ce qui atteste de leur captivité. Les serpents utilisés dans de nombreuses vidéos sont reconnaissables à leurs taches et leurs blessures, d'après les chercheurs spécialistes des animaux qui ont analysé une dizaine de vidéos envoyées par National Geographic.

Gauche: Supérieur:

Image extraite d'une vidéo YouTube de faux sauvetage.

Droit: Fond:

Parfois, les mêmes animaux figurent dans plusieurs vidéos. Ici, le même serpent joue le rôle de prédateur dans deux vidéos YouTube différentes ; il est reconnaissable dans les images ci-dessus aux deux points sur le côté de sa tête et aux écailles sombres au niveau de sa bouche, indique Neil D'Cruze, herpétologue et directeur des recherches sur la faune pour le groupe de défense des animaux World Animal Protection.

Photographie de CAPTURE D'ÉCRAN DE YOUTUBE

De plus, lorsque le prédateur n'essaie même pas d'échapper au prétendu sauveteur, ou lorsque les scènes sont filmées dans des lieux inhabituels pour l'un des animaux ou les deux (une espèce de forêt pluviale filmée dans paysage sec et ouvert, par exemple), cela montre que quelque chose cloche, souligne Neil D'Cruze, herpétologue et directeur de la recherche sur la faune pour le groupe de défense des animaux World Animal Protection.

 

SERPENTS MALTRAITÉS 

La science suggère que les serpents ressentent « l'anxiété, la détresse, la joie, la peur, la frustration, la douleur, le stress et la souffrance, » indique D'Cruze qui a passé en revue des études scientifiques sur la sensibilité des reptiles. « Ce constat a des implications réelles sur la façon dont ces reptiles devraient être traités. »

Dans les vidéos, les serpents sont souvent les prédateurs qui attaquent des animaux plus petits et mignons. Il est extrêmement stressant pour des serpents d'être manipulés et placés dans ces espaces clos avec d'autres animaux et la personne qui les exploite, déclare D'Cruze. Les serpents ne peuvent pas être entraînés et il est donc probablement nécessaire de filmer ces scènes à plusieurs reprises, avec des conséquences incertaines pour leur bien être, ajoute-t-il.

En analysant la vidéo python-gibbon, Auliya n'a eu aucun mal à identifier le mal-être du serpent, trop faible pour s'en prendre à un animal aussi imposant qu'un gibbon, explique-t-il. Il a même essayé de fuir lorsque le singe a crié puis mordu le serpent avant de frapper sa tête contre le sol. Les différents plans et le montage des multiples prises rendent ce détail presque imperceptible. Le stress provoqué par une telle situation est bien réel, que ce soit pour le serpent ou le gibbon, assure Auliya.

Des signes de blessures physiques évidentes sont également visibles sur certaines vidéos. Dans l'une d'entre elles, on remarque le museau ensanglanté d'un serpent avant même qu'il ne lance son attaque sur un lézard. Dans une autre, celle d'un chien prétendument victime d'une attaque de serpent, ce dernier a l'air presque mort : il est bien trop facile à dérouler et gît inerte sur le sol une fois retiré. « Un python ne resterait pas immobile, » indique Auliya ; le reptile aurait immédiatement réattaqué sa proie. Les serpents de ces vidéos présentent également des cicatrices sur leurs museaux aux endroits où leurs écailles sont tombées, une blessure typique des serpents captifs qui frappent sans arrêt les barreaux de leurs cages.

Comme le dit Jackel de Lady Freethinker, ce que ne montrent pas ces vidéos dans leur montage final, c'est que les animaux mis en scène pourraient bien être sérieusement blessés, voire morts.

 

LOCALISATION 

À chaque vidéo regardée, YouTube vous observe, ou plutôt ses algorithmes prennent note de vos choix. Après avoir regardé une vidéo d'animaux dans le cadre de cet article, YouTube m'en a immédiatement proposé une autre immédiatement, avec les publicités de grandes entreprises en guise d'entracte. (Les chaînes sur lesquelles sont apparues ces publicités ont été désactivées après le signalement des vidéos auprès de YouTube par National Geographic.)

Lady Freethinker a mené une enquête de trois mois sur YouTube l'année dernière. L'équipe d'investigateurs du groupe a commencé par chercher des mots-clés courants comme « dogfighting » (combat de chien) et « cockfighting » (combat de coqs) ou encore « monkey torture » (torture de singes). L'algorithme de YouTube a ensuite continué à lire du contenu similaire après que les chercheurs ont visionné les vidéos qui défilaient. Au bout du compte, le groupe a identifié plus de 2 000 vidéos dans lesquelles, selon Lady Freethinker, des animaux étaient volontairement maltraités. Parmi ces vidéos figuraient de faux sauvetages comptabilisant plus de 40 millions de vues.

Lorsque les journalistes du Guardian et d'autres médias ont commencé à couvrir ce phénomène et envoyé à YouTube les liens des vidéos problématiques, toutes ont été supprimées, nous informe Jackel. Cela dit, ce n'est pas toujours le cas.

« Pour un test, nous avons signalé 10 vidéos de faux sauvetage au hasard, chacune sur une chaîne différente, le 11 mai 2021, à l'aide du système de signalement de YouTube. À la mi-juin, les 10 vidéos étaient toujours disponibles, » déclare-t-elle.

Contacté pour les besoins de cet article, YouTube a supprimé 9 des 10 vidéos signalées par mes soins et désactivé plusieurs chaînes suspectes, dont trois sur la liste de Lady Freethinker. « Notre règlement sur les contenus explicites ou violents interdit les contenus présentant une souffrance ou une maltraitance inutile infligées aux animaux ; en accord avec ce règlement, nous avons supprimé trois chaînes qui nous ont été signalées par National Geographic, » a déclaré YouTube par voie de communiqué le 21 juin 2021.

« À la fin du mois, nous étendrons notre règlement sur les contenus explicites ou violents pour interdire plus clairement les contenus présentant une souffrance physique ou une maltraitance infligée délibérément aux animaux, » peut-on lire dans le communiqué de YouTube. L'entreprise n'a pas précisé comment elle comptait procéder ni si une annonce officielle de nouveau règlement était prévue.

Les aigles comptent parmi les animaux mis en scène dans ces vidéos de faux sauvetages, souvent dans le rôle du prédateur. Ces vidéos diabolisent les carnivores qui, à l'état sauvage, tuent leurs proies pour survivre.

Photographie de Capture d'écran Youtube

Un jour avant la parution de cet article, YouTube a prévenu National Geographic que la plateforme allait adopter le 30 juin un nouveau règlement facilitant la suppression des vidéos de sauvetages d'animaux « qui ont été mises en scènes et placent l'animal dans des scénarios dangereux. » Aucun autre détail concernant la façon de procéder ou les délais de mise en place n'a été précisé.

En attendant, des vidéos de faux sauvetage d'animaux continuent d'être publiées.

 

ET LES AUTEURS ?

La plupart des vidéos sur les différentes chaînes semblent être filmées en Asie du Sud-Est, peut-être au Cambodge, d'après Jackel et d'autres spécialistes. Le khmer, principale langue du Cambodge, est souvent parlé dans les vidéos. Les serpents présentés sont des espèces endémiques de la région et la végétation semble correspondre à cette hypothèse.

Les emplois se font rares dans la campagne cambodgienne, où vit 90 % de la tranche de population la plus pauvre du pays. Qui plus est, le tourisme, la manufacture et la construction ont enregistré un déclin dramatique pendant la pandémie et ces secteurs représentent 40 % des emplois à l'échelle nationale.

« Au Cambodge ou au Vietnam, il n'est pas rare d'avoir un reptile comme animal de compagnie ou de les élever pour leur viande et d'autres utilisations, tout comme nous élevons des poules, » indique Natusch, qui a regardé plusieurs de ces vidéos pour National Geographic. « Ces animaux vivent probablement en cage la plupart du temps. »

Bellingcat, un site Web de renseignement d'origine source ouverte, a examiné pour National Geographic plus d'une dizaine de vidéos de la chaîne la plus prolifique en matière de faux sauvetage d'animaux. Le groupe a tenté de déceler des indices environnementaux afin d'identifier les potentiels lieux de tournage de ces vidéos.

Selon Foeke Postma, enquêteur et formateur Bellingcat, « d'après certains détails dans les vidéos et les chaînes de montagnes, » elles auraient été filmées près de Tuk Meas Khang Lech, une zone rurale dans la partie du sud du Cambodge. Il n'a pas pu préciser davantage la localisation. « Compte tenu de la nature rurale de ces vidéos, il sera difficile de déterminer leur emplacement exact, » dit-il.

L'endroit où sont filmées ces vidéos est un élément crucial pour ceux qui tentent de mettre un terme à l'exploitation animale, indique Jackel. « Sans localisation, les autorités locales ne pourront rien faire. » Il est également important de trouver le propriétaire de la chaîne qui publie ces vidéos, poursuit-elle. Ce sont des personnes qui reçoivent des paiements de Google si les chaînes sont monétisées et qui pourraient en tirer une certaine notoriété. « Tout le monde cherche à attirer l'attention et parfois, c'est une pente glissante, » indique Jackel. « Même s'ils n'en tirent pas de profit, il y a toujours un danger : on peut être populaire sur YouTube en torturant des animaux. » 

Il est peu probable que les propriétaires de ces chaînes soient basés au Cambodge, car le pays ne figure pas sur la liste des pays éligibles au Programme Partenaire de YouTube.

Seuls Google et le propriétaire de la chaîne YouTube ont connaissance du pays dans lequel la chaîne est enregistrée pour le paiement et les impôts, explique Urgo de Social Blade. La page « À propos » visible sur chaque chaîne YouTube peut ne pas refléter l'endroit où ces vidéos sont filmées : une personne listant sa chaîne aux États-Unis peut publier des vidéos de n'importe où.

YouTube a indiqué dans un communiqué que la chaîne analysée par Belligcat n'était pas monétisée.

 

COMMENT AIDER ?

Pour Jackel, la responsabilité de signaler des vidéos problématiques ne devrait pas revenir aux internautes. « Il en va de l'obligation de YouTube de garantir l'absence de cruauté animale sur sa plateforme et la suppression de tout contenu abusif. »

Néanmoins, les utilisateurs de la plateforme devraient tout de même signaler les vidéos qu'ils trouvent cruelles ou mises en scène à YouTube, sans les partager, précise-t-elle. Pour cela, il suffit de cliquer sur le bouton « Signaler » en bas à droite de la vidéo, puis de sélectionner « Contenu violent ou abject » et enfin « Mauvais traitements infligés à des animaux. »

D'après Jackel et d'autres spécialistes, il peut également s'avérer utile de faire pression sur les annonceurs. Ainsi, en 2017, de grandes marques comme PepsiCo, Walmart et Starbucks ont retiré leurs publicités de YouTube après avoir découvert dans le Wall Street Journal que ces publicités accompagnaient des vidéos incitant à la haine. Ce boycott a poussé YouTube à annoncer son intention de renforcer les contrôles. En 2019, la plateforme a mis à jour son règlement sur l'incitation à la haine et le harcèlement en interdisant les vidéos qui prétendent qu'un groupe est supérieur à d'autres afin de justifier la discrimination.

Le contrôle de contenus problématiques est probablement une « guerre sans fin » pour YouTube, relève Schubert de l'Animal Welfare Institute. Néanmoins, il relève toujours de la responsabilité des réseaux sociaux eux-mêmes de mettre au point des algorithmes qui assurent la bonne application de leurs règlements, de recruter suffisamment de personnel pour contrôler les vidéos de maltraitance envers les animaux et de les supprimer le plus rapidement possible.

YouTube pourrait utiliser des programmes pour scanner et reconnaître des espèces menacées dans le contenu animalier afin de générer des notifications automatiques liées au statut de conservation des animaux, avec des informations contextuelles sur l'exploitation animale, suggère Chaber. Les utilisateurs pourraient voir ces notifications avant de lire les vidéos, ajoute-t-elle. La plateforme a déjà adopté une approche similaire pour les vidéos complotistes.

Lorsque des utilisateurs cherchent sur YouTube des sujets sensibles en matière de fausses informations, un avertissement ou une fenêtre contextuelle éducative apparaît. Par exemple, si un utilisateur cherche « coronavirus », un panneau d'information invite l'utilisateur à se renseigner sur le site du gouvernement dédié à la question. La bannière est également visible sous chaque vidéo présente dans la liste des résultats. Une stratégie de ce genre pourrait être employée pour les vidéos animalières.

Mais tous les spécialistes ne s'accordent pas sur l'utilité de ces avertissements. Jackel craint que ce type d'intervention sur les faux sauvetages d'animaux ne fasse que favoriser leur partage ou leur visionnage, simplement pour la nouveauté. Par ailleurs, cela met l'accent sur la nature trompeuse de ces vidéos plutôt que sur la maltraitance infligée aux animaux.  

« L'enjeu le plus pressant est la violence envers les animaux qui ne devrait jamais être autorisée comme divertissement, peu importe son étiquette, » déclare Jackel. Il faut avant tout se concentrer sur la suppression de ces vidéos. « Les vidéos faisant la promotion de la cruauté animale n'ont pas leur place sur YouTube, point. »

Wildlife Watch est un projet d'articles d'investigation commun à la National Geographic Society et à National Geographic Partners. Ce projet s'intéresse à l'exploitation et à la criminalité liées aux espèces sauvages. Retrouvez d'autres articles de Wildlife Watch à cette adresse et découvrez les missions à but non lucratif de la National Geographic Society ici. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles et à nous faire part de vos impressions à l'adresse NGP.WildlifeWatch@natgeo.com

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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