Nemo, la nouvelle araignée paon venue tout droit d’Australie

Les chercheurs viennent tout juste de découvrir cet arachnide et l’ont baptisé Nemo, en référence au célèbre poisson-clown.

De Justin Meneguzzi
Publication 15 avr. 2021, 18:28 CEST
maratus-nemo

Voici l’araignée paon Nemo, dont le nom fait référence au célèbre poisson-clown orange et blanc, posée sur une feuille en Australie.

Photographie de Joseph Schubert

Dans une région humide du mont Gambier dans le sud de l’Australie, Sheryl Holliday est accroupie dans l’eau, trempée jusqu’aux chevilles. L’objectif de son appareil photo est braqué sur des orchidées violettes en fleur à quelques mètres de là. Alors qu’elle s’apprête à appuyer sur le déclencheur, elle aperçoit une forme minuscule sauter en dehors du cadre.

Elle ne savait pas qu’en cette belle journée de novembre, elle venait tout juste de découvrir une toute nouvelle espèce d’araignée paon. C’est un groupe méconnu d’araignées sauteuses australiennes, réputées pour arborer des couleurs éclatantes et performer des danses nuptiales sophistiquées.

« Je traque les araignées sauteuses depuis trois ou quatre ans », déclare Mme Holliday, spécialiste de l’écologie pour Nature Glenelg Trust et citoyenne scientifique. Toutefois, celle-ci semblait différente. D’une part, son abdomen était sombre et des motifs particuliers orange et blancs tapissaient sa tête. (À lire : les araignées paons ont recours à des illusions d’optique pour envoûter leur partenaire.)

Intriguée, Sheryl a partagé ses photos sur une page Facebook dédiée aux araignées paons. Sa découverte a retenu l’attention de l’administrateur, Joseph Schubert, qui n’avait jamais vu une telle créature.

Les deux passionnés se sont contactés et Mme Holliday a recueilli et envoyé des spécimens vivants à Melbourne. Ainsi, M. Schubert et ses collègues ont pu officiellement nommer l’arachnide Maratus nemo, en hommage à Nemo, le poisson-clown héroïque de Disney. (La Walt Disney Company est le principal détenteur de National Geographic Partners, ndlr)

L’araignée paon Nemo, présentée récemment dans la revue Evolutionary Systematics, est la dernière nommée d’une série d'espèces d’araignées paons récemment découvertes. En 2011, on recensait tout juste quinze espèces. Aujourd’hui, on en compte quatre-vingt-douze.

Selon M. Schubert, biologiste aux Museums Victoria, ce pic est directement lié à la facilité d’accès à la photographie de nos jours. Tout le monde peut rapidement capturer une photo grâce à son smartphone et publier ses trouvailles sur les réseaux sociaux.

La charmante parade nuptiale de ces arachnides dont la taille ne dépasse pas celle d’un grain de riz a donné lieu à d’innombrables memes sur Internet qui ont fait de l’araignée paon un insecte viral.

 

LE RYTHME DANS LA PEAU

Tout cela ne signifie pas qu’elles sont faciles à repérer. Les araignées paons sont brunes la plupart du temps. Seuls les mâles se parent de leurs plus belles couleurs après la mue du printemps. Ajoutez à cela leur taille minuscule et vous comprendrez pourquoi l’étude de ces arachnides non venimeux s’avère être un véritable défi.

C’est pourquoi lorsque M. Schubert identifie une nouvelle espèce, il se concentre sur la couleur du mâle ainsi que sur sa parade nuptiale, propre à chaque espèce. Il s’agit pour le mâle d’afficher sa forme physique en enchaînant flexions et rotations. Lorsque Joseph Schubert a poussé un mâle Nemo à danser pour une femelle, il a été pour le moins surpris.

Cet individu n’a pas « soulevé entièrement son abdomen comme le font les autres espèces. Il ne dispose pas d’un opisthosome qui se rabat » sous son abdomen et qui permet à l’araignée d’offrir ce célèbre spectacle coloré. « [Lui], il a juste un petit popotin brun », explique M. Schubert.

En guise de parade, le mâle a impressionné la femelle en soulevant sa troisième paire de pattes et en faisant vibrer son abdomen contre le sol, ce qui a produit un son distinctif. Il explique qu’on ne sait pas encore s’il s’agit de la marque de fabrique de cette araignée Nemo.

M. Schubert a également noté que l’habitat en zone humide était également « très étrange » car la majorité des araignées paons connues préfèrent les broussailles sèches.

Les araignées paons le surprennent toujours. En 2020, les scientifiques ont découvert un individu de l’espèce Maratusvolpei dans un lac salé. « On a compris qu’on devait élargir nos recherches à d’autres habitats ».

Même si les araignées paons jouent un rôle de prédateur crucial pour le contrôle des populations d’insectes, on en sait encore trop peu sur leur fonction dans l’écosystème et sa conservation, ajoute-t-il.

 

UNE TOILE TOUT EMMÊLÉE

« Les araignées paons sont remarquables parce qu’elles remettent en question l’idée générale selon laquelle les araignées sont grosses, poilues et dangereuses », déclare Michael Rix, chercheur et conservateur principal du département d’arachnologie au Queensland Museum en Australie. Il n’avait pas pris part à l’étude de M. Schubert.

« C’est le parfait exemple qui prouve à quel point la faune des araignées australiennes est intéressante, diverse et sous-étudiée. »

Seuls 30 % des invertébrés d’Australie ont été étudiés et il se pourrait que près de 15 000 espèces d’araignées restent encore à découvrir.

La découverte de nouvelles araignées pourrait être bénéfique pour l’humanité toute entière. M. Rix explique qu’elles pourraient contrôler les ravageurs agricoles ou servir d’inspiration pour de nouveaux traitements médicaux. Les protéines contenues dans le venin des Atrax robustus, communément appelées araignées à toile-entonnoir, est déjà utilisé pour développer des antalgiques et des traitements contre l’épilepsie, les AVC et potentiellement certains types de cancers.

Toutefois, les populations d’arachnides et d’insectes s’effondrent dans le monde entier. En Australie, la destruction des habitats, les feux de forêt et les pesticides pourraient anéantir des espèces entières d’araignées avant même d’avoir la chance de les découvrir, déplore M. Rix.

« Nous ne pouvons absolument pas conserver notre biodiversité si nous n’avons même pas conscience de son existence. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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