Peut-on vivre avec les loups ?

Le loup gris aperçu en Normandie réveille l'éternel débat de la cohabitation d'un prédateur avec l'Homme. Entre les éleveurs et les défenseurs de la cause animale, les avis divergent.

Publication 6 déc. 2021, 11:29 CET
Un loup gris au beau milieu d'une prairie de fleurs sauvages. En Idaho, un nouveau décret ...

Un loup gris au beau milieu d'une prairie de fleurs sauvages. En Idaho, un nouveau décret menace de tuer la plupart des loups de l'État.

PHOTOGRAPHIE DE Jim Et Jamie Dutcher

Un loup gris a été observé tout récemment en Normandie, pour la première fois depuis plus d’un siècle. Sa présence a été confirmée par l’Office Français de la Biodiversité. Après l’Eure et le Calvados, un potentiel autre animal aurait été aperçu dans les Yvelines, en Île-de-France. Le retour du loup suscite le débat entre les écologistes, les défenseurs de la cause animale, et les éleveurs, très inquiets pour leurs troupeaux.  

Début septembre 2021, la photo d’une louve tuée et suspendue devant une mairie dans les hautes-Alpes avait fait bondir les internautes et bons nombres de défenseurs de la biodiversité. Début octobre 2021, un collectif d’activistes, scientifiques et citoyens ont co-signé une tribune pour prôner la cohabitation avec les animaux sauvages, en réponse aux différentes attaques et protestations contre le loup, l’ours et le lynx boréal notamment.

« En un an, de nombreux loups ont été abattus illégalement » déclarent les différents signataires. Le loup est une espèce strictement protégée en France, tuer ce prédateur est un délit qui est puni de trois ans de prison et d’une amende de 150 000 euros.

Le loup avait été complètement éradiqué par l’Homme de la France métropolitaine au début du 20e siècle. Aujourd’hui, l’espèce recolonise le territoire, petit à petit. « Les loups sont réapparus en France par colonisation naturelle depuis l'Italie, via le massif du Mercantour, mais cela ne date pas d'hier. Le premier couple ayant été détecté dans le massif, il y a près de 30 ans, en 1992 » explique Marine Drouilly, chercheuse sur les interactions humains-faune sauvage et signataire de la tribune.

La question du loup est brûlante, la colère et l’anxiété grandissantes. Pourtant, d’après Marine Drouilly, les animaux sauvages n’ont jamais totalement disparu du territoire français. L’experte explique la peur du loup par une anxiété incrustée au cœur des mœurs de nos sociétés depuis le Moyen-âge. À cette époque, « il y avait plus de 20 000 loups en France » (on en compte aujourd'hui 624 d'après l’OFB). La population humaine était « trois fois plus faible qu’aujourd’hui » mais les attaques étaient relativement communes surtout « du fait de loups enragés » éclaire Marine Drouilly. « Les loups étaient porteurs de la rage, ce qui n'est plus d'actualité aujourd'hui, la rage ayant été éradiquée en France depuis 2001 ».

COMPRENDRE : Les loups

 

Ces différentes attaques violentes et agressives ont laissé place aux contes et légendaires histoires de bêtes sauvages et autres loups-garous. Ces contes où le loup est défini comme un être sanguinaire et cruel existent toujours et entretiennent cette peur chez les plus jeunes.

 

AUCUNE ATTAQUE DEPUIS PLUS DE 30 ANS

Aujourd’hui, les loups sont moins nombreux, et comme le rappelle Nicolas Jean, directeur adjoint de la Direction Nationale des grands Prédateurs Terrestres « ni le loup, ni l’ours, ne nous considèrent comme une proie ». Les attaques sur l’Homme s’expliquent par des situations très précises dans des contextes particuliers.

« En France, il n'y a eu aucune attaque de loup sur des personnes depuis leur retour il y a 30 ans. Dans le Parc National des Abruzzes en Italie, sur 500 km², on recense chaque année 7 millions de visiteurs. Une cinquantaine de loups […] y vivent et pourtant, il n'y a pas d'accidents ou de peur de la part des habitants qui acceptent ces espèces comme faisant partie du territoire ».

Jean Nicolas ne nie pas la possibilité d’attaque, « ça reste un animal sauvage, un prédateur, il faut rester prudent ». Cependant, il affirme aussi qu’aucun cas de morsure n’a été observé depuis le retour du loup en France. « Dans le contexte actuel en France, vous avez plus de risques de vous faire mordre par le chien de votre voisin que par un loup. Il faut décontextualiser les choses. Le loup aujourd’hui ne constitue pas une menace pour le randonneur ou le ramasseur de champignons. »

Du côté des éleveurs, Marine Drouilly déplore une perte de mémoire des stratégies de coexistence avec le loup. « Dès le Moyen-âge, le loup devient notre compétiteur pour des ressources identiques, à la fois celles de nos élevages et le gibier. Aujourd'hui, la peur éprouvée face au loup provient de nos racines culturelles et historiques et s'additionne à l'impact réel de l'espèce sur les troupeaux ».

Le loup est un animal intelligent qui peut s’attaquer à des grosses proies en chassant en meute, explique l’experte. Mais un loup seul, comme le cas des loups récemment observés dans différentes régions françaises, va choisir la facilité. Il est naturel qu’il se tourne plus facilement vers un mouton ou une brebis qu’un cerf. « S’il se retrouve sur un alpage où 2 000 brebis sont protégées par un chien, c’est forcément plus facile pour lui […] surtout en période de recolonisation, lorsque l’on n’a pas de grandes meutes ».

Pour recoloniser le pays, les loups remontent progressivement vers le Nord. Au printemps ou en automne, « les subadultes quittent leur meute et laissent ainsi la place aux juvéniles. Ils peuvent parcourir des milliers de kilomètres pour trouver un partenaire et un nouveau territoire » commente Marine Drouilly. D’après Jean Nicolas, pour le cas du loup observé en Normandie, « on était en plein cœur de la dispersion automnale ».

Pour ces défenseurs de la cause animale, la réponse est claire : « une coexistence apaisée entre populations humaine et lupine est tout à fait envisageable » et d’après eux, il faudrait prendre exemple sur les nombreux pays qui cohabitent avec les animaux sauvages depuis des siècles.  

« Tout est une question d'habitude, de comportement humain et d'acceptation de l'autre. Quelle place est-on prêt à laisser à l'autre ? » demande Marine Drouilly.

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