Microcosmos : un travail de fourmi

De très gros plans révèlent les traits hors du commun de l'un des insectes les plus répandus sur terre.

De Hicks Wogan
Photographies de Eduard Florin Niga
Publication 25 avr. 2023, 08:01 CEST
Portrait d'une fourmi légionnaire mâle (Dorylus mayri) d'Afrique de l'Ouest

Portrait d'une fourmi légionnaire mâle (Dorylus mayri) d'Afrique de l'Ouest

PHOTOGRAPHIE DE Eduard Florin Niga

La curiosité d'un enfant peut être contagieuse. Il y a quelques années, à Londres, Eduard Florin Niga et sa fille ont croisé une fourmi sur le trottoir. La petite s’est arrêtée pour l’examiner. « Où sont les yeux de la fourmi, papa ? », a-t-elle demandé. Son père, devenu enseignant après avoir été policier dans sa Roumanie natale, où il documentait les scènes de crime, savait que la photographie apporterait la réponse. 

Les fourmis comptent parmi les animaux les plus nombreux sur Terre. Les fossiles indiquent qu’elles sont apparues entre 168 et 140 millions d’années. Il en existerait aujourd’hui plus de 15 000 espèces, dont environ 12 000 ont été décrites et quelques dizaines ont été immortalisées dans le premier livre d’Eduard Florin Niga, Ants: Workers of the World.

Lasius alienus entretient une relation mutualiste avec les pucerons. Cette espèce de fourmi veille sur eux et les protège contre les prédateurs. Ils l'autorisent en échange à se nourrir du miellat qu'ils excrètent.

PHOTOGRAPHIE DE Eduard Florin Niga

L’homme pratique la macrophotographie avec méticulosité, que son sujet soit agrandi dix ou mille fois. Il travaille seul, le soir, à l’arrière de sa maison, pour que les vibrations des véhicules ne perturbent pas son installation. La seule lumière de la pièce est celle qu’il dirige sur ses sujets. Il reçoit des spécimens de fourmis et d’autres insectes de la part de collaborateurs, ou les commande. Certains lui parviennent vivants : ils sont renvoyés à l’expéditeur après la séance photo ou terminent leur vie dans l’une des colonies du photographe. 

D’autres spécimens arrivent morts, souvent dans de l’éthanol. Pour faire leur portrait, Eduard Florin Niga les réhydrate et les nettoie, écarte leurs mandibules et les épingle dans une position réaliste. Il prend alors des centaines de photos en zoomant sur les différentes parties de l’insecte. Pour composer le portrait final, il assemble de 150 à 500 de ces clichés au moyen du focus stacking, un procédé qui consiste à fusionner des prises de vue identiques, mais dont la mise au point est différente, afin d’obtenir une plus grande profondeur de champ. L’opération peut durer une semaine ou plus. 

En revanche, la technique ne fonctionne pas pour des modèles vivants. Tirer une image satisfaisante de ces derniers peut demander deux ou trois jours à Eduard Florin Niga. « J’ignore d’où me vient la patience de réaliser ces clichés. C’est probablement parce que cela me passionne. » Il espère que ses photos permettront de mieux apprécier les minuscules créatures qui peuplent notre monde – des yeux jusqu’au bout des pattes.

Article publié dans le numéro 283 du magazine National Geographic. S'abonner au magazine

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