Plus de 600 millions d'oiseaux ont disparu en Europe depuis les années 1980

Les populations aviaires européennes n'ont cessé de se déplumer ces quarante dernières années.

De Marie-Amélie Carpio, National Geographic
Publication 25 avr. 2022, 11:53 CEST
Un moineau domestique femelle nourrissant son petit.

Un moineau domestique femelle nourrissant son petit.

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Dans les années 1960, la biologiste américaine Rachel Carson mettait un garde contre le risque d'un « printemps silencieux », en référence aux menaces que les pesticides faisaient peser sur les populations d'oiseaux. Si la prophétie n'est pas encore devenue une réalité, la bande son de leurs trilles et de leurs pépiements a considérablement baissé de volume en Europe. L'étude de quarante ans de données sur les populations du continent témoigne d'une chute vertigineuse de sa faune aviaire : ses effectifs ont baissé de 17 à 19 % depuis 1980, ce qui représente la disparition de 560 à 620 millions d'oiseaux.

Le funeste décompte a été mené par BirdLife International, la Royal Society for the Protection of Birds et la Société tchèque d'ornithologie, à partir des données récoltées entre 1980 et 2017 sur 378 des 445 espèces d'oiseaux natifs des pays de l'Union européenne. Selon l’étude, publiée dans la revue Ecology and Evolution, l'hécatombe est due en grande partie à la diminution des populations d'un petit nombre d'espèces. « Les huit espèces qui connaissent les plus fortes pertes contribuent à 69 % du déclin » souligne le rapport. Toutes appartiennent aux oiseaux communs. Ce sont eux qui, proportionnellement, sont  les plus touchés. À commencer par le moineau domestique, qui paie le plus lourd tribut.

Évolution de la taille des populations d'espèces d'oiseaux (en millions d'individus) dans l'UE de 1980 à 2017. Les espèces qui ont connu les huit plus fortes augmentations et les huit plus fortes diminutions numériques sont nommées ; les autres espèces sont regroupées comme étant en augmentation ou en diminution. N = nombre d'espèces. La variation totale de la taille de la population est indiquée entre parenthèses.  https://doi.org/10.1002/ECE3.8282

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Jadis omniprésent, l’oiseau a connu un effondrement de 50% de ses effectifs, avec la disparition de 247 millions d’individus. Il participe à 27% du déclin total. Dans le cortège des grands perdants, viennent ensuite la bergeronnette printanière, l’étourneau sansonnet et l’alouette des champs, qui ont respectivement perdu 97 millions, 74,6 millions et 68 millions de représentants.

Le déclin est particulièrement marqué pour les oiseaux vivant dans les campagnes, où il est alimenté par l’agriculture intensive et ses corollaires, la destruction des habitats naturels et l’essor des pesticides. Mais les oiseaux des villes ne sont pas épargnés. Diverses hypothèses sont avancées pour expliquer leurs effectifs en berne : réduction de la nourriture disponible, pollution de l’air et paludisme aviaire.

En France, le programme STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) rejoint la tendance générale dégagée à l’échelle européenne :  les oiseaux évoluant dans les milieux agricoles hexagonaux ont vu leur effectifs chuter de 30 % ces trente dernières années.

L’Etourneau sansonnet (Sturnus vulgaris) a perdu 74,6 millions de représentants en UE.

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Au-delà du triste bilan comptable global, l’étude britannique souligne toutefois la grande variété de situations d’une espèce à l’autre. Ainsi, si 176 espèces déclinent, 203 ont vu leurs populations augmenter, en particulier des espèces rares. L’impact des politiques de préservation pourrait expliquer la tendance à la hausse des taux de croissance d’espèces plus rares, comme certains oiseaux de proie, notent les scientifiques.

Autre constat qui donne matière à espérer : le déclin des populations aviaires, particulièrement prononcé dans les années 1980-1990, ralentit depuis la dernière décennie, ce qui tend à confirmer l’efficacité des politiques de protection de certains oiseaux et de restauration des habitats mises en œuvre par les directives européennes.

Si la spirale du déclin n’est pas une fatalité, les scientifiques alertent toutefois sur les conséquences de la chute drastique de certaines espèces communes. Par leur masse, elles jouent en effet un rôle-clé dans l’équilibre des écosystèmes, contribuant notamment à réguler les insectes ravageurs ou à disperser les graines. Autant de services dont bénéficie l’humanité, et qui risquent de disparaître avec elles.

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