Animaux

Pour ne pas se faire voler leur coquille, les pénis des bernard-l'hermites se sont allongés

Une étude suggère qu'un pénis plus long permet aux bernard-l'ermite de s'accoupler sans risquer de se faire voler leur précieuse coquille.

De Jake Buehler

Il n'est pas rare de voir des bernard-l'hermite filer sur les plages de sable chaud. Bon nombre de ces charismatiques crustacés possèdent quelque chose de surprenant et de bien caché : de très longs pénis, mesurant parfois la moitié de la longueur de leur corps ancré dans une coquille. Selon une nouvelle étude, si ces animaux ont développé un organe aussi grand, c'est pour s'accoupler sans quitter leur maison.

Certains de ces bernard-l'hermite dépensent beaucoup d'énergie à « remodeler » l'intérieur de leur coquille, qu'ils ne fabriquent pas eux-mêmes contrairement à la plupart des crustacés, souligne Mark Laidre, biologiste au Dartmouth College et explorateur National Geographic.

Ces animaux sont capables de tailler leur coquille et sécrètent des substances chimiques érosives, ce qui leur permet d'agrandir et de lisser l'intérieur de leur maison. Une fois réaménagée, celle-ci permet au crustacé d'y grandir et peut même comporter un recoin pour stocker une ovule, ce qui en fait une coquille extrêmement précieuse. Il ne s'agit pas d'un lieu que les bernard-l'hermite veulent quitter, même provisoirement. Pourtant, bon nombre d'entre eux y sont contraints pour pouvoir se reproduire.

Et si l'organe sexuel de ces crustacés était suffisamment long pour qu'ils puissent se reproduire sans quitter leur coquille, que des rivaux pourraient leur voler ?

 

UN PÉNIS PLUS LONG POUR GARDER LEUR « MAISON »

Alors qu'il étudiait des bernard-l'hermite terrestres au Musée d'histoire naturelle des États-Unis, Mark Laidre a remarqué que la taille de leur pénis, ou tube sexuel, variait grandement. De plus, les individus qui avaient effectué les remodelages les plus importants, et donc possédaient les coquilles les plus précieuses, avaient les plus longs pénis.

Dans sa nouvelle étude, publiée dans la revue Royal Society Open Science, Mark Laidre suggère que les bernard-l'hermite ont développé des organes sexuels plus longs pour éviter de perdre leur maison, c'est-à-dire leur coquille.

Afin de vérifier sa théorie des « parties intimes pour une propriété privée », le biologiste s'est penché de plus près sur l'appareil génital de bernard-l'hermite terrestres du genre Coenobita et à un groupe de bernard-l'hermite de la même famille vivant dans un large éventail d'habitats et ayant des modes de vie différents. Certains individus modifient à des degrés très variables leur coquille tandis que d'autres non. Certains crustacés étaient de minuscules résidents des marées résiduelles ou bien d'énormes Petrochirus diogenes, qui vivent au fond de l'océan.

L'étude de Mark Laidre incluait également le crabe des cocotiers : celui-ci, gros comme une pastèque, est le plus grand invertébré terrestre au monde et n'a pas besoin de s'abriter dans une coquille.

Après avoir mesuré le rapport entre la taille du pénis et celle du corps de plus de 300 spécimens conservés dans des musées, le biologiste a découvert que plus la coquille d'un individu donné était remodelée, plus le pénis de ce dernier était long par rapport à la taille de son corps. D'autres hypothèses pouvant expliquer cette tendance, comme la possibilité que la longueur du pénis augmente avec la taille du corps ou que des catégories d'habitats particuliers aient une influence sur cette caractéristique, ont été exclues par le biologiste. 

Ceci est logique puisque la vie des bernard-l'hermite terrestres tourne autour de leur coquille protectrice. Ces créatures malignes sont impitoyables au moment de repérer et de voler une coquille plus grande à un de leurs voisins.

 

UNE COQUILLE VITALE

« Ils sont souvent impliqués dans des manigances autour des coquilles et les individus vivent sans cesse sous la menace d'être expulsés », explique le biologiste, qui a remarqué que les coquilles remodelées étaient plus susceptibles d'être arrachées à leur propriétaire à cause de leur intérieur lisse : il est encore plus difficile pour un bernard-l'hermite de s'y agripper.

Les pénis les plus longs constituent « une solution pratique d'un point de vue évolutif à l'une des activités les plus dangereuses auxquelles [ces crustacés] peuvent participer », a indiqué le scientifique.

La mort par déshydratation est inévitable chez les individus ayant perdu leur maison remodelée. « S'ils la perdent, ils meurent en 24 h », confie Mark Laidre. De plus, les bernard-l'hermite sont si spécialisés qu'ils ne peuvent pas rentrer dans une coquille non améliorée, même pour quelques temps.

C'est pour cela que Mark Laidre compare les pénis les plus longs à une assurance visant à protéger un investissement essentiel, qui est renforcée par d'autres comportements qui rendent l'accouplement le plus sûr possible.

 

UNE ÉVOLUTION DES CARACTÉRISTIQUES SEXUELLES INHABITUELLE

Lors de l'accouplement, les deux bernard-l'hermite se font face par l'ouverture de leur coquille et se rapprochent le plus possible l'un de l'autre afin que le mâle puisse déposer son sperme sans que personne ne quitte sa coquille. Il n'y a aucune pénétration. Mark Laidre précise que l'accouplement est plutôt rapide chez les espèces disposant de coquilles remodelées par rapport aux autres crustacés et qu'il a lieu dans des endroits secrets, sans doute pour réduire au maximum les risques.

Ceci contraste fortement avec les crabes des cocotiers, qui possèdent l'un des plus petits pénis par rapport à la taille de leur corps parmi les crustacés de l'étude. Lorsqu'ils sont jeunes, ces crabes utilisent des coquilles remodelées, dont ils n'ont plus besoin avant d'être en âge de se reproduire car ils sont trop grands. Comme les adultes n'ont pas de coquille à protéger, le danger pendant l'accouplement disparaît, tout comme le besoin d'avoir un pénis plus long.

« Je trouve cette étude extrêmement intelligente », confie Justa Heinen-Kay, écologue évolutive à l'Université du Minnesota qui n'a pas pris part à l'étude. « Il est assez remarquable que ces animaux aient développé des pénis de plus grande taille dans le but de rester à proximité de leur maison pendant l'accouplement. »

« Il est inhabituel qu'un objet soit impliqué dans l'évolution des caractéristiques sexuelles », remarque l'écologue.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.