Il y a 130 000 ans, des éléphants vivaient dans une Europe à moitié recouverte de savane

En analysant des pollens vieux d’une centaine de milliers d’années, une équipe de scientifiques a conclu que l’Europe n’était alors pas couverte d’une forêt dense, mais bien d’une forme de savane, habitée par des éléphants et des rhinocéros.

De Manon Meyer-Hilfiger, National Geographic
Publication 5 janv. 2024, 09:56 CET
Illustration de l'Europe au cours de la dernière période interglaciaire.

Illustration de l'Europe au cours de la dernière période interglaciaire.

PHOTOGRAPHIE DE Brennan Stokkermans

Là où l’on admire aujourd’hui la tour Eiffel ou Big Ben, des éléphants et des rhinocéros foulaient sûrement les herbes hautes, voilà 130 000 ans. Car l’Europe, à rebours des théories avancées jusqu’ici, n’était alors pas entièrement couverte de forêts denses. Des plaines verdoyantes, ponctuées ici et là de chênes et de noisetiers, occupaient environ la moitié du continent – l’autre moitié étant recouverte de bois impénétrables. C’est une étude parue dans la revue Science Advances en novembre 2023 qui l’affirme. Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont étudié près de 100 échantillons de pollens emprisonnés dans les couches de sédiments des sols européens, de l’Arctique jusqu’à la Méditerranée. Le tout grâce à un modèle informatique qui décortique avec précision le pollen, et ses implications.

« Les arbres produisent généralement plus de pollen que l’herbe. Voilà d’où vient la théorie des forêts denses partout en Europe : en regardant simplement les couches de sédiments au microscope, on peut avoir l’impression d’une multitude d’arbres. Mais si l’on prend cela en compte, grâce à un autre modèle informatique, on a une vision plus nuancée du paysage : en Europe, à cette époque, il y avait en réalité beaucoup de plaines d’herbes » explique Elena Pearce, biologiste et autrice principale de l’étude.

L’origine de ces pâturages boisés ? Les éléphants ! En arrachant les arbres pour les manger, en écrasant les végétaux sous leurs pas de géant, en préférant certaines espèces à d’autres, les grands mammifères (pachydermes, bison, rhinocéros...) contribuent à modifier le paysage. « Ce sont d’immenses machines à transformer la forêt » souligne Elena Pearce.

L'ouïe et le toucher, deux sens capitaux chez les éléphants

Une pièce d’un puzzle résolu. On savait déjà que des éléphants peuplaient l’Europe, grâce à des fossiles mis au jour sur le continent. Mais il y avait un apparent décalage : comment expliquer leur présence avec cette supposée jungle impénétrable, difficilement compatible avec la vie des grands mammifères ? Les analyses de pollen, en mettant en lumière ces forêts clairsemées, résolvent la contradiction. Et elles ajoutent d’autres indices quant à la présence de pachydermes sur le sol européen voilà 130 000 ans.

« Les chênes et les noisetiers (dont on a retrouvé le pollen) existent uniquement s’il y a un certain niveau de perturbation des forêts – ces espèces en ont besoin pour se régénérer » poursuit Elena Pearce. Or les scientifiques ont listé les perturbations possibles. Le climat ? Peu probable. En observant les carottes de glace, rien n’indique des températures ou des pluies qui pourraient expliquer ces grandes plaines. Le feu ? Pas vraiment une piste non plus. « Les feux n’ont pas eu de grands rôles dans les paysages avant l’arrivée des humains, sauf peut-être en Méditerranée. Quand on analyse les sols, on voit bien qu’il y a beaucoup moins de charbon lors de la période interglaciaire que pendant la période humaine ». Restait donc la piste de la mégafaune.

La chercheuse espère désormais étendre les investigations paysagères à d’autres époques, à commencer par le début de l’Holocène, il y a 12 000 ans. Avec ce modèle informatique qui analyse précisément le pollen, la biologiste voudrait décrire de manière plus nuancée l’environnement d’alors. Et pour Elena Pearce, les découvertes sur le passé ont des implications au présent. « Quand on reconstitue des écosystèmes, le réflexe est toujours de planter le plus d’arbres possible, recréer à tout prix une jungle impénétrable, mais sans réfléchir à toute la diversité des bois. La forêt dense n’est pourtant pas la seule option ». 

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