Première découverte d'une nouvelle espèce de dauphin d'eau douce depuis un siècle

La potentielle nouvelle espèce du Brésil serait déjà fortement menacée.

De Brian Clark Howard, National Geographic

Une potentielle nouvelle espèce de dauphin d’eau douce est apparue au Brésil, et les scientifiques alertent déjà qu’elle est gravement menacée.

Les dauphins d’eau douce, aussi connus sous le nom de botos, sont les dauphins les plus rares et les plus menacés du monde. Trois des quatre espèces connues sont d’ailleurs listées comme « menacées » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN). La découverte d’une toute nouvelle espèce, la première de ce genre depuis un siècle, est donc une très bonne nouvelle pour les biologistes et les spécialistes de la conservation.

Une équipe de scientifiques menée par Tomas Hrbek de l’université de l’Amazonas à Manaus, au Brésil, a annoncé l’existence de la potentielle nouvelle espèce de dauphin dans la revue PLOS ONE le 22 janvier 2014. Découverts dans le bassin de la rivière Araguaia dans le centre du Brésil, les animaux étaient isolés des autres espèces de botos (Inia geoffrensis et Inia boliviensis), que l’on retrouve dans le bassin adjacent de l’Amazone à l’ouest, par une série de rapides et un petit canal. Les scientifiques ont baptisé la nouvelle espèce le boto de l’Araguaia, ou Inia araguaiaensis.

La découverte de ces scientifiques est « solide » et fondée, commente Howard Rosenbaum, directeur du programme « Ocean Giants » de la Wildlife Conservation Society, basée à New York. Selon lui, il s’agit d’une découverte « fantastique car nous commençons à avoir un aperçu de la façon dont ces animaux sont devenus des espèces distinctes ».

 

Tests ADN

Dans l’étude, l’équipe brésilienne conclut que l’ADN des dauphins de l’Araguaia est suffisamment différent de celui des autres botos pour les qualifier de nouvelle espèce. Le degré de différence suggère que le boto de l’Araguaia s’est probablement séparé des autres espèces de dauphins il y a plus de deux millions d’années. Les scientifiques écrivent que ces différences physiques et génétiques sont de « fortes preuves que les individus retrouvés dans l’Araguaia représentent un groupe biologique distinct ». 

Cette nouvelle espèce potentielle marque la première découverte d’un véritable dauphin d’eau douce depuis 1918 avec Lipotes vexillifer, le dauphin du Yangtsé ou baiji, en Chine. Le baiji a été déclaré « éteint » en 2006, quand les scientifiques ont été dans l'incapacité de retrouver un seul individu.

Rosenbaum a déclaré à National Geographic que l’équipe brésilienne « a fait un travail admirable en récoltant une grande quantité d’informations à propos d’une espèce difficile à étudier dans la nature ».

Rosenbaum, spécialiste de la différentiation génétique chez les dauphins et les baleines, a commenté que les chercheurs avaient publié « des informations solides » montrant les différences génétiques et physiques entre le boto de l’Araguaia et les autres dauphins.

 

Des caractéristiques uniques ?

D’après Rosenbaum, les scientifiques ont démontré la présence de « caractéristiques diagnostiques » uniques dans l’ADN transmis par la mère, ou ADN mitochondrial, ainsi que dans d’autres gènes analysés à partir des échantillons prélevés sur les dauphins d’eau douce. Ces deux sources, dit-il, « montrent que le boto de l’Araguaia a été séparé des autres botos pendant une très longue période ».

Il ajoute que les scientifiques ont décrit « des différences de taille assez convaincantes dans les caractéristiques crâniennes et potentiellement dans le nombre de dents ».

Mais Rosenbaum indique qu'il y a des raisons de rester prudent : les scientifiques n’ont pu étudier qu’un petit nombre d’individus. Ne souhaitant pas tuer d’animaux pour leur étude, ils se sont contentés d’étudier un animal retrouvé mort et quelques échantillons déjà exposés dans des musées.

 

Prochaines étapes

Pour renforcer la candidature de la nouvelle espèce, « ils devront probablement se pencher sur d’autres spécimens » continue Rosenbaum.

Pour la désignation d’une nouvelle espèce, la prochaine étape sera de faire appel à la Society for Marine Mammalogy pour y déposer une candidature formelle. Le groupe scientifique recherchera probablement plus d’informations, même si l’article publié dans PLOS ONE est une bonne première étape, commente Rosenbaum.

Menaces sur les dauphins d’eau douce

Les scientifiques au Brésil ont observé environ 120 dauphins de l’Araguaia en 12 semaines. Ils estiment qu’il n’y aurait pas plus de 600 individus dans tout le bassin fluvial.

Ils alertent que tous les dauphins d’eau douce font face à de nombreuses menaces, comme la construction de barrages qui peuvent isoler des animaux d’autres individus de leur espèce et ainsi limiter les opportunités de reproduction. Ils sont parfois aussi tués par des pêcheurs locaux qui craignent la concurrence qu’ils représentent sur les quantités de poissons disponibles. Il leur arrive également de se retrouver piégés par les équipements de pêche jusqu’à ce que mort s’ensuive.

« Depuis les années 1960, le bassin de l’Araguaia a subi une pression anthropogénique significative exercée par les activités d’agriculture et d’élevage ainsi que par la construction de barrages hydroélectriques. Tous ces éléments ont des effets négatifs sur de nombreux aspects biotiques et abiotiques du fonctionnement de l’écosystème de l’Araguaia », explique-t-on dans l’étude.

Pour Rosenbaum, des études supplémentaires sont nécessaires pour mesurer plus précisément l’impact potentiel de ces menaces sur l’état de survie de ces animaux.

Il ajoute : « Alors que nous évoquons les terribles menaces auxquelles font face ces animaux, de telles découvertes sont très importantes car, je l’espère, elles peuvent engendrer une meilleure protection de ces espèces. Cela peut entraîner une réaction en chaîne en faveur de la conservation. »

Les chercheurs ont écrit que le boto de l’Araguaia devrait être classifié en tant que « vulnérable » par l’IUCN. Ils ajoutent que « cette découverte souligne l’immense déficit de notre connaissance de la biodiversité néotropicale, ainsi que la vulnérabilité de la biodiversité aux actions anthropogéniques dans un environnement de plus en plus menacé. »

 

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