Ces animaux ont évolué pour échapper à une mort certaine

Les surprenantes techniques de survie de coléoptères et d’autres petits animaux face à une mort qui semblait inévitable montrent comment proies et prédateurs s’adaptent les uns aux autres au fil du temps.

De Gennaro Tomma
Publication 27 avr. 2026, 11:49 CEST
Les coléoptères du genre Regimbartia attenuata ont la capacité de survivre après avoir été avalés par ...

Les coléoptères du genre Regimbartia attenuata ont la capacité de survivre après avoir été avalés par une grenouille : ils rampent activement à travers le système digestif de leur prédateur et en ressortent vivants par le cloaque. 

PHOTOGRAPHIE DE Shinji Sugiura

On pourrait penser qu'un insecte avalé par un prédateur voit son existence s'achever. Mais ce n'est pas toujours le cas. Qu'il s'agisse de remonter le tube digestif de leur prédateur ou de libérer une explosion brûlante à l'intérieur de son ventre, certaines espèces résistantes ont développé, contre toute attente, des moyens ingénieux d'échapper à la mort.

« On part généralement du principe que lorsqu'une proie est avalée par un prédateur ou prise dans sa bouche, elle ne peut pas échapper à la mort » affirme Shinji Sugiura, écologiste à l'université de Kobe, au Japon. Cependant, la nature ne suit pas toujours des règles strictes et de nombreux petits animaux, des insectes aux anguilles, ont développé différentes stratégies pour s'échapper après avoir été avalés.

« Ces stratégies de défense sont surprenantes car elles sont mises en place à un moment où tout espoir semble perdu » indique Brian Gall, zoologiste au Hanover College dans l'Indiana. « Et pourtant, et pourtant, l’animal parvient à survivre, à se nourrir et à se reproduire un jour de plus ! C'est étrange de penser à la nourriture qui se défend, et encore plus qui gagne. Mais c'est exactement de cette façon que la sélection naturelle a poussé certains de ces organismes incroyables à faire face à une défaite écrasante ».

Au fil des décennies, les chercheurs ont réussi à mettre en lumière certaines de ces stratégies impressionnantes, et de nouvelles techniques d'évasion continuent d'être découvertes. 

 

NE MANGEZ PAS CES COLÉOPTÈRES

Les coléoptères semblent se trouver en tête de liste des insectes capables d'organiser les évasions les plus inimaginables. 

Shinji Sugiura a récemment rapporté dans la revue Scientific Reports que différentes espèces de coléoptères aquatiques étaient capables d'utiliser leurs pattes pour amener leurs prédateurs à les recracher

Pour le découvrir, Shinji Sugiura a mené des expériences dans un aquarium. Il a nourri le prédateur, la silure asote (Silurus asotus), avec huit espèces de coléoptères aquatiques et a documenté ce qu'il se passait une fois que le poisson les avait mangés. 

Certains coléoptères ont été complètement dévorés par le poisson tandis que d'autres, quelques secondes après avoir été avalés, ont été recrachés vivants. Les espèces les plus petites ont plus souvent réussi à s'échapper que les autres. 

Mais comment ont-ils fait ? 

Pour dévoiler leur stratégie, Shinji Sugiura a mené une expérience supplémentaire avec le coléoptère du genre Regimbartia attenuata, qu'il a identifié comme l'une des espèces les plus douées pour amener leurs prédateurs à les recracher. Il a coupé les pattes de ces coléoptères et les a donnés à manger au poisson. Le taux de survie est passé de 70 % à 15 %. Le poisson a mieux réussi à avaler les coléoptères sans pattes, ce qui suggère qu'une fois dans la bouche de leur prédateur, les coléoptères utilisent probablement leurs pattes pour courir ou s'agripper, incitant ainsi le prédateur à les recracher. 

Il ne s'agit pas du seul exemple où les pattes des coléoptères leur sauvent la vie. 

Dans une autre étude publiée dans la revue Current Biology en 2020, Shinji Sugiura a donné des Regimbartia attenuata à manger à cinq espèces de grenouilles différentes et a ainsi démontré que la plupart parvenaient à s'échapper par la bouche de la grenouille après avoir été avalés

Certaines des caractéristiques du Regimbartia attenuata contribuent probablement à son évasion audacieuse, comme une petite poche d'air qui lui permet de respirer une fois à l'intérieur de la grenouille et un exosquelette solide qui le protège des sucs digestifs. Mais, dans ce cas également, les pattes de l'insecte semblent jouer un rôle clé. D'autres expériences ont montré que les insectes utilisaient sans doute leurs pattes pour se déplacer activement à l'intérieur du tube digestif des grenouilles et pour s'échapper par leur bouche. 

D'autres coléoptères ont recours à une stratégie d'évasion plus explosive...

Les coléoptères bombardiers (Brachinus crepitans) sont connus pour littéralement « bombarder » leurs prédateurs lorsqu'ils sont attaqués : ils libèrent un jet chimique brûlant pouvant atteindre le point d'ébullition de l'eau, soit 100 °C. Néanmoins, lorsque les crapauds parviennent à les avaler, les coléoptères continuent de se battre, libérant leur jet à l'intérieur du crapaud. Cela peut inciter le prédateur à régurgiter l'insecte. Couvert de vomi, le coléoptère est toujours vivant et peut poursuivre sa vie comme si de rien n'était. 

Comme toutes les interactions prédateur-proie, ces capacités à échapper à une mort apparemment inévitable ont probablement évolué dans le cadre de la course à l'armement évolutive sans fin entre les prédateurs et les proies. « S'il existe une infime chance de survie après la capture, l'évolution va tenter de l'exploiter » indique Sarah Hermann, écologiste spécialisée en interactions prédateur-proie à l'université d'État de Pennsylvanie (Penn State).

 

ENCORE PLUS D'ÉVASIONS SPECTACULAIRES

Les coléoptères ne sont pas les seuls insectes qui semblent pouvoir échapper à une mort certaine. 

Des chercheurs ont découvert que certaines fourmis de velours (Mutillidae), qui, malgré leur nom, sont des guêpes, parviennent à s'échapper après avoir été avalées par des crapauds, en résistant jusqu'à vingt minutes à l'intérieur de leur estomac. Elles s'échappent en incitant leur prédateur à les régurgiter avant qu'elles ne soient digérées. 

L'arme secrète du coléoptère bombardier, encerclé par des fourmis

Les nématomorphes (Nematomorpha), connus pour parasiter et manipuler leurs insectes hôtes, sont capables d'évasions encore plus impressionnantes. Lorsque leur hôte est mangé, ces vers peuvent parfois remonter le tube digestif de leur prédateur. Dans une étude publiée en 2006 dans la revue Nature, les chercheurs ont montré que certains de ces vers peuvent s'échapper par la bouche et par le nez de la grenouille ou par les branchies du poisson qui a dévoré leur hôte.

Les jeunes anguilles du Japon (Anguilla japonica) peuvent elles aussi échapper activement à leurs prédateurs après avoir été avalées. Et certaines espèces d'escargots semblent pouvoir survivre passivement après avoir été mangées par des oiseaux, en traversant leur système digestif avant d'être évacuées avec les excréments. Ce processus peu pratique pourrait aider les gastéropodes à se disperser dans des zones qu'ils n'atteindraient pas normalement. 

Bien que ces comportements soient généralement considérés comme rares, Shinji Sugiura estime qu'ils ont peut-être simplement été négligés en raison de la difficulté à les observer dans la nature et qu'ils pourraient donc être « plus courants qu'on ne le pensait ».

 

RECONSIDÉRER LA RELATION PRÉDATEURS-PROIES

Certaines caractéristiques des prédateurs pourraient être à l'origine de l'apparition de ces comportements. « Je pense que cette capacité à s'échapper de cette façon est étroitement liée au mode d'alimentation du prédateur » indique Shinji Sugiura. Selon lui, ce type de stratégies pourrait être plus répandu chez les proies d'animaux comme les grenouilles et les poissons-chats qui avalent leurs proies vivantes sans ni les tuer, ni les mâcher.

Ces curieuses capacités remettent également en cause la vision linéaire que les scientifiques ont généralement des interactions prédateurs-proies, explique Sarah Hermann. Dans le cadre de l'écologie classique, un prédateur rencontre sa proie, la capture et la tue. Mais les évasions spectaculaires comme celles du coléoptère aquatique prouvent que ces interactions peuvent être bien plus complexes, nous amenant à « reconsidérer ce que signifie être mangé » et l'impact réel des prédateurs sur leurs proies, indique-t-elle. Elles illustrent également la façon dont les proies comme les prédateurs peuvent s'adapter aux défis au fil du temps. 

On considère généralement qu'un prédateur est « celui qui détermine véritablement la dynamique des organismes à travers le temps et l'espace. Or, ces exemples nous montrent que ce n'est pas toujours le cas » ajoute-t-elle. « La prédation n'est pas toujours la fin de l'histoire. Elle peut simplement marquer le début d'un nouveau champ de bataille évolutif entre prédateurs et proies ».

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    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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