Un oiseau tropical a été observé dans le Connecticut, très loin de son habitat naturel

Une spatule rosée a brièvement élu domicile dans un étang du Connecticut, très loin de son habitat naturel.

De Lori Cuthbert
Cette spatule rosée est arrivée à Stratford, dans le Connecticut, loin de son habitat naturel, s'étendant du sud-est des États-Unis au sud du Brésil.

Une spatule rosée a été aperçue il y a peu dans le Connecticut, loin, très loin de son habitat naturel. Il est possible que les températures plus clémentes du nord offrent à l'oiseau tropical un climat idéal pour explorer de nouveaux territoires.

La spatule a fait son apparition, seule, à Raven Pond à Stratford à la fin du mois de septembre. Le rose vif de son plumage tranchait dans ce quartier urbain. Des habitants enchantés se sont rassemblés derrière la barrière qui entoure l’étang pour observer l'oiseau pêcher avant qu’il ne reparte à tire d'ailes quelques semaines plus tard.

La photographe Lesley Roy a capturé des photos de l'oiseau, qu'elle a surnommé Spoonie. « Après avoir passé plusieurs heures à observer chacun de ses mouvements, Spoonie s'est lancé dans une danse de plumes, virevoltant, les ailes au vent. C'était d'une beauté à couper le souffle », se souvient Lesley Roy. « Ensuite, il s'est tourné pour soutenir mon regard, comme pour dire, "C'est bon, tu l'as ?" »

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L’apparition en solo de cette spatule suggère qu’il s’agissait là d'un jeune spécimen parti seul découvrir le monde selon Jerry Lorenz, directeur de recherche à Audubon, en Floride. Mais ces oiseaux tropicaux, qui nichent généralement beaucoup plus au sud, allant parfois jusqu'au sud du Brésil, s’installent progressivement dans le sud de la Floride. Des spatules nichent ainsi déjà à St. Augustine, dans le nord de la Floride. Il y a quelques années, des couples nicheurs ont été signalés dans le sud de la Géorgie. Il y a un an, d'autres auraient été vus en Caroline du Sud, explique Jerry Lorenz.

« Les jeunes oiseaux s'envolent et restent dans le nord parce que le nord se réchauffe et qu'ils n'ont pas à revenir. Les plus jeunes vont encore se déplacer », dit Lorenz. « Maintenant qu'ils nichent en Géorgie, leur aire de répartition s'est étendue au nord de celle-ci. »

Outre l'observation de ce spécimen dans le Connecticut, des spatules ont également été signalées dans le nord du Minnesota et de l'Iowa

 

UN BIEN ÉTRANGE COMPORTEMENT

M. Lorenz étudie les spatules rosées depuis près de 30 ans. Selon lui, les volées ont niché dans les trois mêmes endroits au cours de cette période, sur des îles situées dans des estuaires côtiers, où ils peuvent éviter les ratons laveurs. Mais depuis 2010, dit Lorenz, les oiseaux se sont déplacés vers des sites de nidification intérieurs.

« C’est un phénomène très étrange », explique-t-il, qu’il attribue à une élévation du niveau de la mer de 12.7 cm dans la baie de Floride, qui s’est principalement produite depuis 2000, selon les données de la NOAA .

Le bec d'une spatule peut mesurer de 17 à 22 cm de long environ, en fonction de l'âge de l'oiseau. Si les profondeurs sont à plus de 15 cm sous la surface de l'eau, leur style d'alimentation qui consiste essentiellement à faire tourner leur bec dans des eaux peu profondes et à manger tout ce qui se trouve à portée (crustacés, poissons, plantes) s'en trouve profondément bouleversé.

Les scientifiques ne savent pas pourquoi les spatules rosées sont roses. Contrairement aux flamants roses, qui se nourrissent surtout de crevettes, les spatules mangent des crustacés, des poissons et des plantes - essentiellement tout ce avec quoi leur long bec entre en contact.

Ces changements de comportement indiquent clairement, selon Lorenz, que les spatules réagissent à un monde de plus en plus chaud. « La leçon à en tirer est que si les spatules peuvent le comprendre, la plupart des oiseaux le peuvent aussi. Ils nous donnent des signaux d'alarme clairs. Nous ferions mieux de commencer à prêter attention [à ce problème] », dit-il.

Une chose est sûre : opportunistes et capables de changement, les oiseaux ne semblent pas être affectés négativement par le réchauffement du climat nordique.

« Ils viennent de démontrer qu'ils peuvent s'adapter. Quand un oiseau est aussi charismatique, les gens sont attentifs », déclare Lorenz. « Espérons que les gens vont observer ces oiseaux et penser "Peut-être que je devrais m'adapter aussi". »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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