Une maman paresseux et son petit réunis grâce aux nouvelles technologies

Alors qu'il avait été retrouvé seul sur une plage au Costa Rica, un bébé paresseux a pu retrouver sa mère grâce à une technique très innovante utilisée par les volontaires d'un centre de sauvetage des animaux sauvages.

De Kitson Jazynka

Au Costa Rica, sur une plage où la mer rencontre la jungle, les cris d'un bébé paresseux émanaient d'une enceinte portable.

Pendant plusieurs heures, des volontaires du Jaguar Rescue Center ont arpenté la Playa Cocles, diffusant les cris dans l'espoir que la mère du petit pointerait le bout de son nez pour le récupérer.

La veille, des touristes ont découvert le bébé paresseux sur la plage, couvert de sable et de fourmis, et l'ont emmené au centre. Après un examen vétérinaire, il s'est avéré que le tout petit paresseux à gorge brune n'avait que quelques semaines et qu'il était en bonne santé. Mais une chose est sûre : sans l'intervention des touristes, il n'aurait pas passé la nuit.

Les équipes du centre ont alors cherché la mère dans les arbres, sans succès. Encar Garcia, fondatrice du centre et biologiste s'est ensuite souvenue que les mères paresseux reconnaissaient les cris de leurs petits. Elle a donc enregistré le chant mélodieux du bébé sur son smartphone, a transféré les fichiers sur une enceinte portable et a demandé à une équipe de volontaires de retourner dans la jungle le jour suivant.

Le lendemain, vers 17 heures, les volontaires ont aperçu une femelle paresseux en train de descendre de son arbre.

« Ils étaient surexcités quand ils m'ont annoncé qu'un paresseux descendait et qu'elle cherchait partout le petit », a déclaré Encar Garcia. Elle a alors placé le bébé dans une serviette et s'est dépêchée de se rendre sur place, accompagnée du vétérinaire Fernando Alegre.

Ce dernier a tendu le petit vers la femelle, qui l'a tout de suite pris. Réunis, la maman et son bébé se sont câlinés sous le regard embué des volontaires.

 

LES PARESSEUX, UNE ESPÈCE EN DANGER

Les femelles paresseux à gorge brune n'ont qu'un petit à fois, qui reste avec sa mère jusqu'à l'âge de 6 mois.

Pour vérifier qu'il s'agissait bien de sa progéniture, la femelle paresseux, qui est resté dans l'arbre, a fait appel à son odorat très développé et a ensuite caché sa tête pour minimiser le contact avec les humains, explique Monique Pool, spécialiste des paresseux et directrice du Green Heritage Fund Suriname.

« J'applaudis le travail réalisé par le Jaguar Rescue Center, car les bébés paresseux ont bien plus de chance de survivre lorsqu'ils sont avec leur mère », a écrit Monique Pool dans un e-mail.

Pour Sam Trull, directeur du Sloth Institute, un centre de sauvetage des animaux sauvages, cette histoire dévoile les dangers auxquels sont exposés les petits paresseux qui vivent en bordure de la jungle.

De nombreux paresseux s'électrocutent sur les lignes électriques, sont tués par des chiens ou heurtés par des voitures. Ils sont aussi victimes de la déforestation et de la destruction de leur habitat, ce qui les forcent à trouver un autre lieu où vivre. Et quand tout va pour le mieux, un bébé paresseux n'est pas à l'abri de tomber d'un arbre.

Âgé de quelques mois, Kermie, un paresseux à deux doigts, développe ses compétences en escalade.

Même si les paresseux à gorge brune ne sont pas menacés d'extinction, « cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas en danger », a ajouté Sam Trull.

 

UN PLAN BIEN ORCHESTRÉ

D'après Encar Garcia, ce n'est pas la première fois que cette technique d'enregistrement et de diffusion des cris d'un bébé paresseux fonctionne.

« Une fois, nous avons recueilli un bébé pendant 8 jours », se souvient la fondatrice du Jaguar Rescue Center. « Mais nous avons fini par retrouver la mère ».

En 2017, le centre a accueilli 150 paresseux orphelins ou blessés. Pour le moment, en 2018, le chiffre est d'environ 100. Il n'est pas facile d'élever un bébé paresseux. En grande partie à cause de leur régime alimentaire : les petits apprécient tout particulièrement les feuilles difficiles à atteindre.

Mais le jeu en vaut la chandelle. Après 17 années passées à travailler pour le centre, Encar Garcia est toujours aussi émue par les scènes de réunion, comme celle à laquelle elle a assisté sur la plage.

« À chaque fois, j'ai l'impression de revivre mon premier sauvetage », confie-t-elle.

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