Vous pouvez cloner votre animal de compagnie (mais il n’aura pas la même personnalité)

Les expériences vécues nous façonnent. Il en va de même pour nos animaux de compagnie.

De Ashley Balzer Vigil
Publication 9 mars 2026, 16:09 CET
Kelly Anderson et Belle, son chat, chez elle en 2026.

Kelly Anderson et Belle, son chat, chez elle en 2026. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Bryan Shumat

Lorsque Chai, la chatte ragdoll de Kelly Anderson, est morte de manière inattendue à l'âge de cinq ans, elle était dévastée. Elle ne voulait pas adopter un autre chat... elle voulait que Chai revienne. 

« C'était mon âme sœur » affirme Kelly Anderson. « Je n'avais jamais eu d'animal dans ma vie, ni même d'être humain, qui me comprenait aussi bien qu'elle. J'avais juste l'impression qu'on m'avait volé du temps avec elle. »

Elle avait récemment évoqué la tendance du clonage d'animaux domestiques lors d'une conversation avec sa colocataire, et l'idée lui était restée en tête. Elle a passé la nuit suivant la mort de Chai à chercher fébrilement des options et a trouvé une entreprise de clonage située près de chez elle au Texas. « Je ne connaissais rien à ce sujet, à part le fait que c'était possible. J'ai fait beaucoup de recherches et j'ai découvert que cela coûtait 25 000 $ à l'époque, » soit environ 21 500 €, explique Kelly Anderson. « Je me suis dit "tu sais quoi ? C'est comme acheter une voiture".»

Dès le lendemain matin, en 2017, elle a commencé le processus grâce à un prêt personnel. Aujourd'hui, le processus lui aurait coûté environ 50 000 $, soit environ 43 000 €, mais elle a bénéficié d'une remise importante quand la société de clonage en plein essor cherchait à développer son activité. Kelly Anderson a fait envoyer un échantillon de l'ADN de Chai depuis le cabinet vétérinaire où le chat avait été congelé pendant la nuit. Une nouvelle version de son ancienne meilleure amie a bientôt fait son apparition. Elle raconte son parcours en détail sur son site Internet Clone Kitty et sur ses réseaux sociaux. 

Mais à quel point ce clone pourrait-il ressembler à Chai ? La question renvoie au débat séculaire entre l'inné et l'acquis : notre patrimoine génétique n'influence qu'en partie notre personnalité, les expériences que nous vivons la façonnent. Alors que des milliers de propriétaires d'animaux domestiques en deuil se tournent vers le clonage pour tenter de ramener leurs compagnons disparus, les scientifiques étudient les différences de personnalité entre les animaux d'origine et leurs clones. 

Le clonage est un domaine en expansion, mais reste une solution de niche. Seules des expériences à petite échelle et à portée limitée ont été menées sur les traits de personnalité et, en réalité, aucune ne s'est focalisée sur les chats clonés et leur comportement par rapport aux chats d'origine. Les preuves limitées dont nous disposons jusqu'à présent indiquent que le clonage peut reproduire certains aspects de la personnalité d'un animal, mais pas tous. 

Les traits de caractère généraux de l'animal d'origine, tels que le niveau d'activité et la sociabilité, ont tendance à assez bien correspondre à ceux du clone. Toutefois, ceux liés à des facteurs d'apprentissage et environnementaux sont moins cohérents. Bien que certaines études rapportent des similitudes de personnalités entre les clones et l'animal d'origine, ces conclusions sont souvent assorties d'un avertissement indiquant que les animaux ont été élevés dans un environnement similaire, ce qui a pu également jouer un rôle. 

« Je pense que ces entreprises de clonage essaient en quelque sorte de commercialiser ce qu'elles font comme une reproduction de l'animal d'origine mais elles n'y parviennent pas » affirme James Serpell, professeur émérite en éthique et bien-être des animaux à l'université de Pennsylvanie (UPenn). « Et ils n'y parviendront jamais car il se passe trop de choses après la conception qui modifient l'expression de l'ADN d'origine. On peut comparer cela à des jumeaux identiques : ils naissent avec un ADN identique mais très vite, ils deviennent des individus distincts, avec des personnalités et des goûts différents. Ils ne sont plus vraiment identiques. »

Chai, la chatte de race ragdoll de Kelly Anderson, photographiée en 2013. Elle est morte en ...

Chai, la chatte de race ragdoll de Kelly Anderson, photographiée en 2013. Elle est morte en 2017, ce qui a incité Kelly Anderson à envisager de la cloner. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Kelly Anderson

 

À QUOI FAUT-IL S'ATTENDRE ? 

La science a fait de grands progrès depuis que la brebis Dolly a été clonée il y a près de trente ans. Aujourd'hui, le clonage d'animaux s'est répandu. Le prix de 43 000 € est élevé mais accessible pour certaines personnes fortunées ou celles qui sont prêtes à contracter un prêt. Des célébrités telles que Paris Hilton, Barbra Streisand et, plus récemment, Tom Brady ont cloné leurs animaux adorés. 

La procédure n'est pas aussi simple que de faire passer un animal dans une machine réplicatrice tout droit sortie d'une œuvre de science-fiction. 

« Le processus consiste en une extraction des ovules viables des trompes de Fallope » de la femelle clonée, explique James Serpell. « Ils injectent ensuite des hormones à un animal porteur et implantent l'ovule en espérant qu'il s'implante correctement. Malheureusement, un grand nombre de ces embryons ne s'implantent pas correctement, alors de nombreuses chiennes font une fausse couche et certains chiots naissent avec des malformations et ne survivent pas longtemps. »

Bien que le processus ne soit habituellement pas dangereux pour l'animal porteur, c'est probablement désagréable, comme peuvent en témoignent de nombreuses femmes qui ont subi une FIV. Une étude réalisée en 2022 a révélé un taux de réussite atteignant seulement 16 %, bien qu'au moins une entreprise affirme atteindre un taux de réussite de 80 %. 

Un clone créé grâce à ce processus ressemblera probablement davantage à l'animal d'origine qu'un membre aléatoire de la même espèce, tant en termes d'apparence que de comportement. Néanmoins, leurs personnalités ne seront probablement pas parfaitement identiques.

Une série de preuves provenant d'une étude menée en 2025 sur des cochons nains clonés révèle que certains traits semblent liés à la génétique, d'autres varient d'un clone à l'autre, ce qui signifie qu'ils sont davantage influencés par les expériences vécues. 

« Si l'on observe les cochons nains, il semble que certains traits de personnalité sont assez cohérents chez les clones, par exemple le niveau d'activité, alors que d'autres traits, tels que l'audace, semblent ne pas être cohérents au sein des lignées de clone » explique Adam Reddon, coauteur de l'étude basé à l'université de Liverpool John-Moores, en Angleterre. « Tous les traits de personnalité résultent d'une interaction entre le bagage génétique d'un animal et son environnement, mais les travaux menés sur les cochons nains clonés suggèrent que certains comportements pourraient être davantage déterminés par la génétique que d'autres. »

Une étude menée en 2017 a révélé que des chiots clonés avaient une personnalité plus stable et prévisible au fil du temps que des chiots non clonés. Lorsqu'ils ont été testés à deux âges différents, les chiens clonés ont eu tendance à garder le même tempérament général tandis que la personnalité des chiens témoins a davantage évolué. Les chiots clonés étaient particulièrement constants dans leur manière d'interagir avec les gens, de réagir aux entraînements et de gérer le stress et la peur. 

Toutefois, bien que leur niveau global de peur semblait plutôt similaire, leur comportement lorsqu'ils avaient peur différait. Ils présentaient également des différences sur certains aspects de leur personnalité liés à l'apprentissage, à l'expérience et à l'évolution des situations sociales, la curiosité par exemple, tout comme chez les cochons nains. Les recherches ont également démontré que les expériences vécues par les chiens pendant leur première année de vie influencent leur caractère et leur tempérament futurs. 

Pour maximiser les chances que la personnalité de votre nouvel animal corresponde à celle de votre animal disparu, il peut être judicieux de simplement chercher un animal qui lui ressemble déjà beaucoup, sans avoir recours au clonage. Au lieu d'investir plus de 40 000 € dans une reproduction génétique, un futur propriétaire d'animal de compagnie pourrait chercher un animal qui ressemble à son animal disparu et qui se comporte de façon similaire, et il pourrait finir par en trouver un qui lui ressemble davantage qu'un clone. 

« Il me semble peu probable que l'animal cloné ait la même personnalité, et même une personnalité similaire, compte tenu de ce que l'on sait de l'importance des expériences dans le développement de la personnalité » affirme Adam Reddon. « Il peut y avoir certaines tendances à forte base génétique auxquelles le clone peut être prédisposé mais, en général, la personnalité résulte des interactions entre les gènes et les expériences. La génétique commune ne représente donc qu'une partie de l'équation. »

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    Belle est plus sociable et indépendante que Chai, la chatte à partir de laquelle elle a été clonée. 

    PHOTOGRAPHIE DE Kelly Anderson

     

    IL NE S'AGIT PAS D'UN COPIER-COLLER

    Kelly Anderson a pris la décision de cloner Chai en 2017. Toutefois, le processus a pris tellement de temps, probablement parce que les échantillons d'ADN étaient un peu abîmés à cause de la congélation, que Kelly Anderson n'a pas pu rencontrer son chat cloné avant 2021, ce qui a peut-être été une bonne chose. 

    « Ces quatre années ont été vraiment difficiles, mais j'étais dans une meilleure disposition pour accueillir mon nouveau chat, Belle » indique Kelly Anderson. « J'ai eu le temps de faire pleinement le deuil de Chai et j'ai pu mieux apprécier Belle pour ce qu'elle était et non comme une simple copie de mon ancien chat. »

    Kelly Anderson soupçonnait que le clone pourrait se comporter différemment avant même d'avoir rencontré le chaton. « Mon ancien chat est tombé très malade lorsque Chai n'était encore qu'un chaton » explique Kelly Anderson. « Elle a été mise en quarantaine et isolée, et n'a jamais vraiment été socialisée pendant les quatre ou cinq premiers mois où je l'ai eue, ce qui a complètement façonné sa personnalité. Elle a toujours été assez distante avec les gens et ne s'intéressait à personne d'autre qu'à moi. »

    Belle, quant à elle, est immédiatement sortie. Elle s'est rendue dans un champ de citrouilles pour prendre des photos le lendemain de son arrivée chez Kelly Anderson et l'accompagne régulièrement dans des lieux tels que des bars ou des brasseries. 

    « En termes de tempérament, ce sont exactement les mêmes » affirme Kelly Anderson. « Ce sont toutes les deux des chattes audacieuses et insolentes qui mènent tous mes autres animaux à la baguette. Mais grâce à sa socialisation supplémentaire, Belle est beaucoup plus extravertie et indépendante que Chai ne l'était. »

    Finalement, Kelly Anderson rejoint les conclusions des scientifiques : les personnes qui souhaitent cloner un animal doivent comprendre que le résultat sera un animal unique et non une copie conforme de l'animal d'origine. 

    « Il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas d'une réincarnation ou de ramener votre animal d'entre les morts » insiste-t-elle. « C'est plutôt comme avoir un jumeau identique mais à une date ultérieure. »

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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