Ces bébés raies sont les premiers de leur espèce nés en captivité

Après une première naissance historique en captivité de cinq bébés raies-papillons épineuses en août dernier, un aquarium brésilien s'apprête à accueillir de nouveaux petits arrivants.mardi 16 juillet 2019

De Jill Langlois
Les raies-papillons épineuses se fondent dans le sable, en guise de camouflage, pour chasser les petits poissons, crustacés et mollusques. Elles se sont reproduites pour la première fois en captivité au mois d'août dernier dans le cadre d'un projet destiné à favoriser la conservation de l'espèce.

Près d'un an après la naissance historique de cinq bébés raies-papillons épineuses à l'AquaRio de Rio de Janeiro, les équipes de biologistes et de vétérinaires préparent l'arrivée d'une nouvelle portée de petits.

Dans tout juste six mois, période correspondant à la gestation de la raie Gymnura altavela native des eaux côtières peu profondes de l'océan Atlantique, notamment celles bordant le Brésil, un nombre encore inconnu de bébés rejoindra les trois mâles et deux femelles qui étaient les premiers au monde à naître en captivité au mois d'août dernier, un signe positif pour cette espèce qui pourrait un jour disparaître.

Malgré l'interdiction visant leur capture et leur commercialisation au Brésil, la pêche est l'une des menaces les plus sérieuses pesant sur les raies-papillons épineuses dont l'envergure atteint parfois les 2 m. Elles sont la cible des pêcheurs artisanaux pour la revente et il arrive également qu'elles soient prises au piège dans les filets des chalutiers. L'autre menace qui pèse sur leur population est la pollution. À cause de ces deux facteurs, l'espèce figure aujourd'hui sur la liste rouge de l'UICN qui la considère comme vulnérable.

 

HOME SWEET HOME

Ces premières raies nées en captivité ont été aperçues pour la première fois par le public lorsque la chaîne de télévision local Globo a reçu l'autorisation de les filmer à la fin du mois dernier. Selon Marcelo Szpilman, biologiste marin et directeur d'AquaRio, les raies se portent bien et elles devraient bientôt faire leur apparition dans l'aquarium Océan accessible au public où elles joueront un rôle crucial dans la sensibilisation des visiteurs.

Trois des toute premières raies-papillons épineuses nées en captivité nagent dans un aquarium de l'AquarRio à Rio de Janeiro.

« On ne peut pas préserver ce que l'on ne connaît pas, » indique-t-il. « Le rôle de l'aquarium est de montrer au public des espèces menacées et de les aider à saisir toute l'importance de leur conservation. Pour les protéger, il faut d'abord les connaître. »

Les naissances sans précédent à AquaRio au mois d'août dernier ainsi que la gestation préalable et les soins postnatals apportés aux cinq bébés s'inscrivaient dans le cadre d'un processus délicat programmé par l'équipe de l'aquarium.

En raison de la sensibilité accrue des raies-papillons à leur environnement, les chercheurs devaient instaurer les conditions optimales pour que les animaux se sentent à l'aise et puissent vivre naturellement comme elles l'auraient fait dans l'océan. (À voir : Première étude sur la plus grande raie marine connue.)

« Nous voulions nous assurer que leurs conditions de vie leur permettaient de se reproduire par elles-mêmes, » poursuit Szpilman. La taille de l'aquarium Océan dont le volume atteint les 3,5 millions de litres d'eau, la qualité exceptionnelle de cette eau et l'écosystème stable créé par les diverses espèces de requins, de raies et de poissons qui y ont élu domicile sont autant de facteurs qui contribuent au succès de ce programme inédit, ajoute-t-il.

« La reproduction en captivité est une étape cruciale de la conservation d'une espèce, » observe Patricia Charvet, membre du groupe de spécialistes des requins à l'UICN et biologiste experte des requins et des raies. « C'est important car c'est signe qu'elles sont si bien conservées qu'elles souhaitent laisser une descendance. »

Les naissances ont eu lieu dans un aquarium plus petit contenu dans l'aquarium Océan habituellement utilisé par les plongeurs pour prendre soin des espèces qui s'y trouvent. Ainsi, la femelle a pu rester dans son habitat pendant que les vétérinaires surveillaient ses bébés par échographie et les aidaient à s'introduire dans l'eau pour la première fois. Étant donné les taux très élevés de mortalité infantile due à la prédation chez les raies, les cinq petits ont ensuite été placés en quarantaine afin de les tenir éloignés des requins du grand aquarium.

Aujourd'hui âgés de 11 mois, ils sont en bonne santé et devraient bientôt rejoindre l'aquarium Océan.

 

RETOUR EN EAUX LIBRES

Pour Izeni Pires Farias, biologiste et professeure à l'université fédérale de l'Amazonas (UFAM), ce qui rend les naissances d'AquaRio si intéressantes, ce n'est pas tant le fait d'avoir plus de raies en captivité mais plutôt la possibilité de les réintroduire dans l'océan.

« Une fois l'étape de reproduction en captivité réussie, la suivante serait idéalement la future introduction d'individus dans la nature afin de repeupler les zones affectées, » ajoute-t-elle.

Szpilman espère que ses équipes seront en mesure de réintroduire un jour les raies-papillons épineuses à l'état sauvage. « C'est vraiment l'objectif final de tout ce processus » assure-t-il. Cependant, il faudra encore attendre quelques années avant d'atteindre cet objectif car sans une plus grande population de raies mâles et femelles élevées en captivité et sans de meilleures conditions permettant d'assurer leur survie à l'état sauvage, ce programme ne fera pas beaucoup de différences.

Il reste toutefois optimiste quant à leur réussite. Et si, pour une raison ou une autre, ils n'y parvenaient pas, il est certain que le travaillé mené à AquaRio aura donné aux raies-papillons épineuses une échappatoire à l'extinction.

« Lorsqu'un animal disparaît dans la nature et s'il n'y en a aucun en captivité dans les zoos ou les aquariums, alors cette espèce aura disparu de la surface de la Terre, » conclut-il. « Si, par exemple, cette espèce, la raie-papillon épineuse, venait à disparaître dans la nature, ce qui n'est pas impossible, nous serions au moins en mesure de maintenir la biodiversité de notre planète d'une certaine façon car elle existera toujours en captivité. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite