Découverte d'un rare fossile de loutre au Mexique

Comment ce mammifère hydrophile est-il parvenu à traverser le continent américain il y a six millions d’années ? La découverte de ces dents pourrait permettre de résoudre ce mystère.Thursday, November 9, 2017

De Shaena Montanari
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Au grand étonnement des paléontologues, d'anciennes dents découvertes dans les broussailles arides du centre du Mexique appartiennent en réalité à une loutre des mers qui sillonnait l'Amérique du Nord il y a six millions d'années.

Découvertes à environ 193 kilomètres du littoral le plus proche, le fossile lance un tout nouveau débat au sujet des déplacements des mammifères sur le continent il y a des millions d'années.

Ces dents appartiennent à une espèce de loutre disparue du nom de Enhydritherium terraenovae, explique Jack Tseng, de l'université de Buffalo, dont l'équipe raconte la découverte cette semaine dans le journal Biology Letters. Cette espèce avait jusqu'ici été aperçue uniquement dans des régions côtières de la Floride et de la Californie, suggérant une dépendance aux environnements côtiers semblable à celle de ses cousins contemporains.

Cette mâchoire fossile découverte au Mexique appartenait à une espèce de loutre disparue du nom de Enhydritherium terraenovae.

Au cours du mois de mars dernier, Jack Tseng et ses collègues se sont rendus dans le bassin enclavé de Juchipila, situé au centre du Mexique, à la recherche de fossiles qui apporteraient des éléments de réponse sur une période commençant il y a environ six millions d'années, date à laquelle les mammifères migraient fréquemment entre l'Amérique du Nord et du Sud.

Alors qu'ils sondaient le terrain, Adolfo Pacheco-Castro, diplômé de l'Université nationale autonome de Mexico, lui a rapporté un spécimen insolite.

« Pour moi il s'agissait d'un membre appartenant à la famille des belettes, mais je n'aurais jamais pensé à une loutre », affirme Jack Tseng.

Par chance, Xiaoming Wang, du musée d'histoire naturelle de Los Angeles et membre de l'expédition, avait récemment pris part à un autre projet de recherche sur les loutres. « Il a l’œil pour reconnaître les loutres et a su aussitôt dire ce dont il s'agissait », lance malicieusement Jack Tseng.

D'après Robert Boessenecker, un paléontologue de l'université de Charleston qui n'a pas participé à l'étude, mettre la main sur des fossiles de loutres, où que ce soit, relève d'ores et déjà de l'exploit.

« De manière générale, tous les spécimens de loutres sont aussi rares que des dents de poule », explique Robert Boessenecker.

Trouver des traces d'Enhydritherium au Mexique est un fait d'autant plus remarquable. Des fossiles découverts précédemment indiquent que le continent américain était un lieu de migrations massives du nord vers le sud à cette période. Ce fossile exceptionnel laisse désormais à penser qu'il y avait également des déplacements d'est en ouest.

« D'après ce que nous savons des loutres vivant à notre époque, elles ont besoin de se trouver à proximité de l'eau », déclare Jack Tseng.

La découverte de l'espèce Enhydritherium sur les deux côtes et, désormais, dans les régions situées entre elles, semble indiquer que cette loutre n'a pas vécu uniquement dans les régions côtières : elle pourrait avoir emprunté de plus petits cours d'eau afin de se frayer un passage d'un littoral à l'autre. Jack Tseng fait remarquer que la forme des os des spécimens découverts en Floride suggère un manque d'adaptabilité à la vie marine de la part de l'animal et la capacité de se déplacer facilement sur terre.

Un panorama du site fossilifère situé dans le bassin de Juchipila au Mexique, où les très anciennes dents de loutre ont été découvertes.

Cette découverte va également à l'encontre d'une hypothèse préexistante selon laquelle les premières loutres empruntaient une voie migratoire plus complexe à travers les océans afin de rejoindre les deux côtes, ajoute Robert Boessenecker.

Selon Jack Tseng, les rochers du centre du Mexique regorgent probablement de nombreuses autres surprises qui attendent patiemment d'être découvertes, en raison des rares explorations paléontologiques réalisées à ce jour sur le terrain.

« Tout ceci est bien la preuve qu'une seule découverte suffit à bouleverser complètement l'interprétation de l'environnement d'une espèce disparue. »

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