Archéologie

Un système d’irrigation millénaire découvert sur la route de la Soie

Des archéologues ont utilisé des drones pour cartographier un système d'irrigation de 1 600 ans dans une région aride du nord-ouest de la Chine. Preuve de l’existence d’un vaste réseau d’échange des savoir-faire aux prémices de la route de la Soie. Lundi, 12 mars

De Julie Lacaze

Élever du bétail et cultiver la terre dans l'un des climats les plus secs du monde… Difficile ! Surtout sans engin agricole moderne. Et pourtant, cette prouesse technique a bien été réalisée, il y a 1 600 ans, dans une zone montagneuse du nord-ouest de la Chine, située sur l’antique route de la Soie, reliant l’Asie au sud de l’Europe du IIe siècle av. J-C. jusqu’au XIVe siècle.

Si celle-ci se modernise aujourd’hui , il semble que les habitants vivant le long de la riche route marchande bénéficiaient depuis longtemps déjà d’un système d’irrigation performant. Cette découverte a été publiée dans la revue Archaeological Research in Asia, en décembre 2017, par une équipe de chercheurs américains de l’université Washington à Saint-Louis.

Grâce à l'imagerie satellitaire, les archéologues ont repéré un site particulier dans les contreforts arides des montagnes de Tian Shan, en Chine. Depuis le sol, les vestiges de l’ancien système d’irrigation ressemblent à d’étranges alignements de pierres et de petits sillons dessinés sur le sable. Mais, en l’observant à 30 m de haut grâce à un drone, puis à un logiciel de modélisation en 3D, les chercheurs ont pu révéler la présence de barrages, de canaux d'irrigation et de citernes, alimentant une mosaïque de petits champs.

Des fouilles sur le terrain, menées par Yuqi Li, un étudiant en doctorat d’archéologie de l’université Washington, ont également permis d’identifier l'emplacement de fermes et de lieux de sépulture. C’est d’ailleurs ce jeune archéologue qui avait fait la découverte du site avec le soutien financier de la National Geographic Society.

Par ce système d’irrigation, les populations locales cultivaient du millet, de l’orge, du blé et même du raisin, sur environ 200 ha divisés en sept parcelles. Et ce, sous un climat où il ne tombe pas plus de 66 mm de précipitations annuelles — soit environ un cinquième de la quantité nécessaire pour cultiver les graminées les moins exigeantes en eau. Les ressources hydriques provenaient à l’époque de la rivière Mohuchahan, un cours d’eau drainant la neige fondue et les rares précipitations de l’année, depuis les montagnes Tian Shan vers le désert chinois de Taklamakan.

Selon les auteurs de l’étude, le système d'irrigation a été construit entre le IIIe et le IVe siècle par des communautés locales. Jusqu’à présent, les anthropologues pensaient qu’elles étaient constituées d’éleveurs nomades. Au vu de cette découverte, il convient de les requalifier de peuples agropastoraux. Les auteurs de l’étude soutiennent l’idée que les ethnies vivant le long des chaînes de montagnes, sur l’axe de la route de la Soie reliant la Chine au Proche-Orient, ont constitué un vaste réseau d’échange eurasiatique, bien avant la création de la voie marchande, les groupes d’éleveurs nomades y partageant graines et savoirs techniques lors de la transhumance des troupeaux.

La modeste taille et l’organisation de ce système d’irrigation découvert en Chine renvoient à des modèles agricoles primitifs, retrouvés durant l’âge du bronze (entre 3000 et 1000 av. J-C.) dans des régions arides du Turkménistan, de l’ Iran et du sud de la Jordanie. Le système d’irrigation de cette région de Chine n’a donc sûrement pas été apporté par la dynastie Han (206 av. J.-C. à 220 apr. J.-C.), comme le pensaient les archéologues jusqu’à présent, mais bien avant, durant la préhistoire, grâce à ce vaste système d’échange pastoral, qui constituera des siècles plus tard la mythique route de la Soie.

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