Découverte de la sépulture d'un "vampire" présumé en Italie

Les ossements, retrouvés dans un cimetière pour enfants dans la région de Lugnano in Tevernia, en Italie, montrent les traces d’un rituel post-mortem visant à empêcher le défunt de revenir à la vie.

Le crâne du "vampire de Venise", retrouvé en 2009 dans une tombe de pestiférés à Venise, avait lui-aussi une pierre placée dans sa mâchoire.
Le crâne du "vampire de Venise", retrouvé en 2009 dans une tombe de pestiférés à Venise, avait lui-aussi une pierre placée dans sa mâchoire.
photographie de National Geographic Channel

La tombe a été mise au jour par des archéologues de l’Université de l’Arizona dans un cimetière surnommé « La Necropoli dei Bambini », le cimetière des enfants. Le défunt, dont le squelette a été retrouvé avec une pierre dans la bouche, était à un enfant de 10 ans.

 

UN RITUEL CONTRE LE PALUDISME

Le « Cimetière des enfants » a été construit au 5e siècle dans la région de Lugnano in Tevernia, alors ravagée par une épidémie de paludisme. Découvert en 1987, il fait depuis l’objet de fouilles archéologiques. Pour David Soren, chercheur à l’Université d’Arizona et responsable des travaux, cette découverte est « sinistre et étrange » : si le sexe de l’enfant n’a pas pu être déterminé, il est, du haut de ses 10 ans, le plus vieux squelette jamais retrouvé dans ce cimetière (les restes habituellement retrouvés étant ceux de nourrissons). Le mort présentait des abcès aux dents, symptôme du paludisme.

Le squelette de l’enfant a été retrouvé couché sur le côté gauche, une pierre dans la bouche, dans ce qui ressemble à une tombe improvisée constituée de deux grandes tuiles appuyées contre un mur.
Le squelette de l’enfant a été retrouvé couché sur le côté gauche, une pierre dans la bouche, dans ce qui ressemble à une tombe improvisée constituée de deux grandes tuiles appuyées contre un mur.
photographie de David Pickel, Stanford University

Selon les archéologues, la pierre placée dans sa bouche au moment de l’enterrement a été un moyen pour les habitants « d’enfermer le mal » et d’empêcher que l’enfant ne revienne à la vie pour propager le paludisme. Des analyses ont été réalisées sur 50 autres squelettes de ce cimetière et ont montré que tous étaient décédés du paludisme. Aucun n’a cependant été enterré de cette façon. L’exploration du site pourrait permettre de mieux comprendre l’épidémie qui a décimé la région il y a 1 500 ans. « Les morts ne s’enterrent pas eux-mêmes. La façon dont les gens traitent les morts nous en dit beaucoup sur leurs croyances et leurs espoirs » a indiqué Jordan Wilson, chercheur sur le site, à nos confrères du Washington Post. « Effrayés par toutes ces morts qu'ils ne pouvaient expliquer, les habitants de la cité ont peut-être eu recours à la sorcellerie » poursuit David Soren.

 

UNE PRATIQUE COURANTE

Ce n’est pas la première fois que de tels rituels sont observés. Dans l'Antiquité, les pratiques superstitieuses étaient monnaie courante dans les campagnes italiennes pour écarter la maladie et Lugnano n'est pas le premier site à présenter des « sépultures vampires ». En 2007, des fouilles entreprises dans un cimetière de pestiférés du 16e siècle, dans la lagune de Venise, avaient livré les vestiges d'une femme âgée d'une soixantaine d'années, avec une brique dans la bouche. Elle est aujourd'hui célèbre sous le nom de « vampire de Venise ». 

En Angleterre également, à Stanwick, une sépulture datant de l’époque romaine avait été dégagée en 1991 et révélé la présence d'une pierre plate dans la bouche d'un mort.

Les animaux faisaient également partie des rituels superstitieux en Italie. En 1996, David Soren pointait dans un rapport qu’aux côtés des restes de nombreux enfants retrouvés dans le cimetière de Lugnano se trouvaient des dépouilles de chiots de moins de 6 mois, à qui il manquait soit la tête, soit les crocs. L’archéologue explique que les chiots occupaient une place importante dans le folklore romain et que les rituels les concernant étaient nombreux. De la même manière, après des études dans une villa romaine antique, les équipes de l'Université d'Arizona et de Stanford en Californie étaient tombées sur des tranchées dans lesquelles se mêlaient tout un bestiaire et des restes de nourrissons : des serres de corbeaux, des os de crapauds et des chaudrons remplis de cendres et de chiots sacrifiés.

Les archéologues retourneront à Lugnano à l’été 2019 pour achever l'étude du « cimetière des enfants ».

 

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