Laurent Ballesta, photographe en eaux profondes

Après son aventure en Antarctique, le photographe et biologiste français, spécialiste de la plongée profonde, change de décor (et de température) pour s’attaquer aux requins polynésiens. Portrait d’un grand explorateur.

De Rédaction National Geographic
Fin 2015, le photographe et biologiste marin, Laurent Ballesta, était en terre Adélie (Antarctique) pour étudier la vie sous la banquise. Il a signé plusieurs reportages pour National Geographic. En 2011, il livrait notamment des photos inédites d’une plongée à 120 mètres de profondeur, au large de l’Afrique du Sud, à la rencontre de rares coelacanthes.
Fin 2015, le photographe et biologiste marin, Laurent Ballesta, était en terre Adélie (Antarctique) pour étudier la vie sous la banquise. Il a signé plusieurs reportages pour National Geographic. En 2011, il livrait notamment des photos inédites d’une plongée à 120 mètres de profondeur, au large de l’Afrique du Sud, à la rencontre de rares coelacanthes.
photographie de Cédric Gentil

Plonger dans une eau à - 1,8 °C, pendant trente-six jours : c’est l’exploit réalisé par le photographe et naturaliste français, Laurent Ballesta, fin 2015, en terre Adélie (Antarctique). Objectif : documenter la vie sous la banquise. Ce projet un peu fou, est, au départ, une idée de Luc Jacquet. Dix ans après la sortie de son documentaire oscarisé, La Marche de l’empereur, dédié aux manchots, le réalisateur souhaitait en tourner une suite et a invité deux photographes à l’accompagner : Vincent Munier pour immortaliser la faune en surface, Laurent Ballesta pour le versant sous-marin.

Pour ce dernier, l’expédition a nécessité deux ans de préparation. Deux ans à étudier minutieusement les cartes pour repérer des sites de plongée de différentes profondeurs, situés à moins de 10 km de la base scientifique française Dumont-d’Urville ; à solliciter des autorisations auprès du préfet des Terres australes et antarctiques françaises ; à se documenter sur les missions antérieures ; à chercher des financements… Et à s’entraîner. « Nous avons dû améliorer le matériel, notamment la combinaison chauffante mise au point par la société suisse SF Tech, explique le photographe. Je l’ai testée dans des lacs d’altitude en Suisse, à basse température. Pour reproduire les conditions de plongée sous la banquise, nous sommes aussi descendus dans des grottes sous-marines. » Pour le reste, Laurent Ballesta plonge toute l’année, à grande profondeur, souvent au-delà de 100 m, depuis une quinzaine d’années.

 

DE L’ENNUI À LA SCIENCE

Ce passionné de Jacques-Yves Cousteau a pris goût à l’exploration dans sa jeunesse. « J’habitais près de Montpellier et mes parents m’emmenaient passer les week-ends sur les grandes plages des environs, se rappelle-t-il. Dans ce cadre, il n’y a pas beaucoup de possibilités : soit tu t’ennuies, soit tu joues à l’explorateur. »

À 13 ans, il passe son baptême de plongée. Puis, quelques années plus tard, il suit des études de biologie marine. Quant à la photo, elle a d’abord été le moyen de prolonger le plaisir de la plongée  - « toujours trop court », regrette-t-il - puis de convaincre un auditoire, parfois sceptique, sur la véracité de ses observations. « Lorsque j’ai commencé à beaucoup plonger et à découvrir des spécimens rares, les gens avaient de plus en plus de mal à me croire, pointe Laurent Ballesta. La photo m’a permis d’avoir plus de crédit. Et dans une perspective naturaliste, c’est un formidable outil pour inventorier la biodiversité marine. »

Un temps conseiller scientifique de l’émission « Ushuaïa nature », présentée par Nicolas Hulot, Laurent Ballesta,  crée, en 2008, sa société d’exploration des fonds marins avec l’ingénieur écologue Florian Holon et le biologiste marin Pierre Descamp : Andromède Océanologie. Un nom qui ne doit rien au hasard. « C’est un clin d’œil au gobie d’Andromède, un poisson minuscule, qui ne mesure pas plus de 4 cm, que j’ai été le premier à observer et photographier en 1998, dans la réserve de Cerbère-Banyuls », précise-t-il.

Tous les projets que Laurent Ballesta entreprend répondent à trois objectifs : un enjeu scientifique (la découverte de nouvelles espèces, l’approfondissement des connaissances sur un animal peu connu…), un défi de plongée et une promesse d’images inédites. 

 

APRÈS LA BANQUISE, LES REQUINS GRIS DE POLYNÉSIE

Début 2017, Laurent Ballesta et son équipe se sont envolés vers l’île de la Réunion pour une nouvelle mission sous-marine inédite : huit plongées en eaux profondes (à 120 m). L’idée était d’approcher au plus près les coulées de lave issues de l’éruption volcanique de 2007 et d’observer comment les écosystèmes se remettent en place après une catastrophe naturelle.

Puis, fin mai 2017, direction la Polynésie. Laurent Ballesta a prévu d’y rester deux mois pour observer les requins gris de récif chasser en meute : « Chaque année, à la même période, sept cents requins se rassemblent, de nuit, au fond de l’océan, sur une surface équivalente à un terrain de football, et ils s’abattent sur tout ce qui bouge. C’est spectaculaire ! D’un point de vue photographique, c’est la version sous-marine des lions chassant les gazelles. » L’eau est plus chaude qu’en Antarctique, mais le photographe devra faire face à d’autres difficultés. « Il y a beaucoup de courant, nous dérivons sur plusieurs kilomètres et il faut prendre des photos en rafale pour être sûrs d’immortaliser les scènes de chasse qui se déroulent de manière extrêmement rapide. Mais heureusement, nous sommes trop gros pour être une proie pour les requins !»

A la fin de ce séjour, Laurent Ballesta aura récolté suffisamment de photos et de données sur ce comportement spécifique. Son projet sera achevé. Il y aura consacré quatre ans.

Retrouvez ses clichés pris sous la banquise dans notre magazine National Geographic n° 214, de juillet 2017.

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