L’escalade deviendra un sport olympique en 2020

Très en vogue, ce sport fera son entrée aux J.O. de Tokyo et a de grandes chances d’être présent à ceux de 2024, à Paris. La discipline lutte depuis trente ans pour rejoindre le sommet des sports mondiaux.

La promotion 2017/2018 du Roc Aventure Programme de la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME) à Bavella, en Corse. Ce programme sur deux ans permet à six jeunes grimpeurs de perfectionner leur technique d’escalade sur des voies naturelles.
La promotion 2017/2018 du Roc Aventure Programme de la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME) à Bavella, en Corse. Ce programme sur deux ans permet à six jeunes grimpeurs de perfectionner leur technique d’escalade sur des voies naturelles.
photographie de FFME

Avec le surf, le skateboard, le base-ball et le karaté, l'escalade fait partie des sports additionnels (disciplines intégrant exceptionnellement le programme olympique) pour les J.O. de 2020.

Depuis les années 1980, l'engouement pour l’escalade ne cesse de progresser. À cette époque, des grimpeurs popularisent la pratique, comme le Français Patrick Edlinger, qui filme ses impressionnantes ascensions, sans corde, dans le Verdon. En février 2019, le documentaire Free solo, consacré à la pratique périlleuse de l’escalade sans assurage, remporte un Oscar (lire notre reportage sur l’exploit d’Alex Honnold).

« À l’échelle de la France, l'escalade a atteint, en 2018, la barre des 100 000 licenciés, précise Pierre You, président de la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME). Et nous enregistrons une progression moyenne, année après année, depuis dix ans, d’environ 5 %. » L’une des raisons de ce succès, selon Pierre You, est que le sport est facile d’accès, sans technique particulière pour s’initier : « Un débutant se fait plaisir de la même façon qu’un champion du monde. Tous deux appréhendent le vide, testent la confiance qu’ils ont en leur assureur et doivent faire preuve de concentration. »

 

DES BALBUTIEMENTS À L'OLYMPISME

L’histoire de la discipline commence véritablement en 1990, date de la reconnaissance de l’Union internationale des associations d’alpinisme (UIAA) et de l’escalade comme discipline sportive par le Comité international olympique (CIO). L’UIAA se charge alors d’organiser les premières compétitions internationales. Mais l’escalade n’entre pas pour autant au programme olympique, rappelle Pierre You : « Il a fallu attendre 2007, date de la création d’une véritable fédération (la Fédération internationale d’escalade, IFSC) pour que le CIO associe l’escalade au “Mouvement olympique”, une liste officielle de sports susceptibles de devenir des disciplines aux J.O. »

Pour démontrer ses capacités d’organisation et légitimer une potentielle participation à l’événement, l’IFSC monte deux grandes manifestations au Palais omnisports de Paris-Bercy : le championnat d’Europe, en 2008, puis le championnat du monde, en 2012, en présence de membres du CIO.

La stratégie s’avère payante. En 2011, l’escalade intègre la short list des sports additionnels de Tokyo 2020. Une décision inédite, selon Pierre You : « C’est la première fois que le CIO autorise à un comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo) à ajouter à son programme des sports additionnels, relevant exceptionnellement la jauge de 10 500 à 11 000 athlètes admis à participer aux J.O. »

Épreuve d’escalade réalisée à Briançon par Romain Desgranges, lors de la coupe mondiale de difficulté 2018. Il terminera sur la deuxième marche du podium.
Épreuve d’escalade réalisée à Briançon par Romain Desgranges, lors de la coupe mondiale de difficulté 2018. Il terminera sur la deuxième marche du podium.
photographie de Rémi Fabregue/FFME

En plus des surfeurs, des skateboardeurs, des joueurs de base-ball et des karatékas, 20 grimpeurs et 20 grimpeuses s’affronteront aux prochains J.O. Ils participeront, durant deux jours, à une épreuve taillée sur mesure pour l’événement : le combiné. Elle mêlera les trois discipline-phares de l’escalade : le bloc, la difficulté et la vitesse.

 

LE COMBINÉ : UNE NOUVELLE ÉPREUVE OLYMPIQUE

« Le bloc, c’est un peu le 100 m du grimpeur, explique Pierre You. Il faut être explosif, rapide et escalader une paroi de 4 m, sans corde, avec le moins d’essais possibles. L’épreuve de difficulté consiste à monter, en tête, le plus haut possible, une voie très compliquée. La dernière est un duel de vitesse. »

Le vainqueur de chaque épreuve se voit attribuer un point, le second deux points, etc. Ces scores seront multipliés à l’issue des trois manches. Il faudra obtenir le résultat le plus bas possible pour monter sur la première marche du podium. L’épreuve a été testée aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) de 2018, à Buenos Aires, avec succès pour l’équipe française, Sam Avezou ayant remporté la médaille de bronze.

 

EN ROUTE POUR PARIS 2024

Mais l’escalade n’entre pas définitivement dans le programme olympique. Pour les J.O. de 2024, le Cojo de Paris a dû de nouveau proposer au CIO d’intégrer la discipline aux sports additionnels – cette fois aux côtés du breakdance, du skateboard et du surf. Cerise sur le gâteau, le Cojo français souhaite ajouter une nouvelle épreuve : « Comme pour les Jeux de Tokyo, il y aurait quarante grimpeurs concourant au combiné, mais celui-ci n'associerait que le bloc et la difficulté, explique le président de la FFME. Le duel de vitesse ferait l’objet d’une seconde épreuve, concernant trente-deux athlètes supplémentaires ». Sauf rebondissement, le CIO devrait valider l’intégration de l’escalade aux J.O. de 2024 d’ici à la fin de l’année 2020.

En revanche, rien n’est assuré pour Los Angeles 2028. Le base-ball, qui ne figure plus dans la liste des sports additionnels de 2024, pourrait être réintégré par le Cojo américain pour contenter son public. Le nombre maximum de sportifs étant de nouveau limité à 10 500 athlètes et chaque équipe de base-ball comptant de nombreux joueurs, ce sport pourrait monopoliser toutes les places disponibles.

« Grimper est le seul mouvement naturel qui ne figure pas au programme définitif des J.O., souligne Pierre You, alors que la natation, la course et la marche sont des discipline-phares. C’est pourtant le déplacement que maîtrisent le plus tôt les jeunes enfants. À long terme, l’escalade aurait toute sa place dans l’olympisme. »

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