Escalade des tensions entre la Russie et l’Ukraine dans le Donbass

Alors que la Russie masse ses troupes à la frontière ukrainienne, beaucoup craignent que le conflit séparatiste opposant de longue date les deux pays finisse par déboucher sur une guerre totale.

Publication 22 avr. 2021, 09:40 CEST
Ukraine and Russia Conflict

Des soldats ukrainiens patrouillent non loin de la ligne du front avec les séparatistes soutenus par Moscou dans la région administrative de Louhansk, en avril 2021.

Photographie de AFP, Getty Images

La situation est à nouveau tendue en Ukraine, pays à la croisée de l’Occident et de l’Orient dont le nom signifie « au bord » en français.

La crise qui secoue actuellement cette nation d’Europe de l’Est a commencé au début de l’année 2014, après que son président pro-russe a été renversé à la suite de la « Révolution de la dignité ». La Russie a alors envoyé des troupes pour annexer la Crimée, affirmant qu’elle devait protéger les droits des citoyens russes et des russophones de ce territoire situé dans le sud de l’Ukraine. Grâce à cette annexion, condamnée par de nombreux pays, la Russie s'est emparée d'un port stratégique de la mer Noire et le président russe Vladimir Poutine a bénéficié d’une vague considérable de soutiens de la part de ses concitoyens.

Peu après l’annexion, les séparatistes soutenus par Moscou et présents dans la région houillère du Donbass, dans l’est du pays, ont pris le contrôle des régions administratives de Donetsk et Louhansk, dont la majorité des habitants sont russophones, avant de proclamer les Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk.

La présence de populations russophones dans l’est du pays est le résultat d’une histoire complexe vieille de plusieurs siècles. Certaines régions de cette partie de l’Ukraine sont tombées aux mains de l’Empire russe à la fin du 17e siècle, bien avant l’ouest du pays. Les terres situées à l’est du fleuve Dniepr, baptisées la « rive gauche » de l’Ukraine, sont devenues un centre industriel et houiller. Quant aux terres à l’ouest du Dniepr, la « rive droite », elles ont été contrôlées par plusieurs puissances européennes, dont la Pologne et l’Empire austro-hongrois. À ce jour, le russe est plus couramment parlé dans l’est de l’Ukraine, tandis que l’ukrainien est davantage employé dans certaines régions de l’ouest.

Le conflit qui oppose l’armée ukrainienne aux séparatistes soutenus par Moscou dans le Donbass s'est poursuivi de manière intermittente depuis 2014, malgré les multiples accords de cessez-le-feu. Une « ligne de contact », succession de tranchées et de fortifications sur près de 390 km, n’a que très peu évolué depuis le début du conflit. Selon l’ONU, plus de 13 000 personnes sont mortes dans les combats.

Ces derniers mois, alors que les responsables du Kremlin ont fait savoir que la Russie défendra fermement ses citoyens des enclaves séparatistes (qui ont pour beaucoup reçu des passeports russes), Moscou a fortement accru sa présence militaire le long de la frontière ukrainienne. Le renforcement des troupes en Crimée et à proximité de la frontière est, qui serait le plus important depuis 2014, fait craindre une guerre totale entre les deux pays. Selon le Ministère russe de la Défense, plus de 4 000 exercices militaires ont été réalisés par les Russes dans la zone en avril. En parallèle, le président ukrainien Volodymyr Zelensky pousse pour l’adhésion de l’Ukraine à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) dans l’espoir que le pacte de défense mutuelle de celle-ci dissuadera toute agression future de la part de la Russie et aboutira à la fin du conflit dans l’est du pays. La Russie est depuis longtemps opposée à la volonté ukrainienne de rejoindre l’OTAN et d’autres organisations politiques et économiques du monde occidental, notamment l’Union européenne.

L’une des issues possibles de l’affrontement avec les séparatistes à Donbass est la cristallisation, après sept années d’accrochages, d’un autre « conflit gelé » post-soviétique caractérisé par l’absence de combats et un statut politique en suspens, à l’image de ce qu’il s’est produit dans les territoires géorgiens d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, où les mouvements séparatistes ont aussi bénéficié du soutien de la Russie.

Selon Serhii Plokhii, professeur d’histoire de l’Ukraine et directeur de l’Institut de recherche ukrainien de l’université Harvard, les inquiétudes entourant un conflit gelé à Donbass avaient déjà été soulevées en 2014.

« Sept ans plus tard, avec le conflit qui évolue en guerre ouverte, au pilonnage continu des positions de chaque camp et à la possibilité d’un déploiement de troupes russes, un “conflit gelé” semble être une bonne chose », estime-t-il.

Pour d’autres spécialistes, le renforcement des troupes russes à proximité de la frontière est perçu comme un simple positionnement politique. En effet, la Russie souhaite garder un statut politique suffisant et avoir assez de soutien dans l’est de l’Ukraine pour éviter que son voisin ne se rapproche trop de l’Europe et de l’Occident. Mais la situation pourrait néanmoins rapidement dégénérer.

« Il s’agit probablement d’une démonstration de force, d’une mesure visant à empêcher quelque chose », explique Ivan Safranchuk, chargé de recherches principal à l’Institut d’État des relations internationales de Moscou. « Nous craignions que l’administration Biden apporte un trop grand soutien à l’Ukraine et que [le président ukrainien] Zelensky aille trop loin », ajoute-t-il. Le Kremlin s’est dit inquiet quant à une éventuelle reprise par l’armée ukrainienne des régions de l’est contrôlées par les séparatistes pro-Moscou. Il craint aussi un retrait de l’Ukraine des pourparlers de paix organisés à Minsk, capitale biélorusse.

« Est-il toutefois impossible qu’une démonstration de force visant à empêcher quelque chose bascule dans une démonstration de force visant à acquérir quelque chose de manière plus concrète ? Je ne pense pas que cela soit impossible à 100 % », confie Ivan Safranchuk.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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