À Paris, la baisse démographique se poursuit

La ville lumière n'a plus la cote. En quête d'une meilleure qualité de vie, les Parisiens sont de plus en plus nombreux à la quitter. Mais où vont-ils ? La crise sanitaire a-t-elle transformé un simple désamour en véritable exode urbain ?

De Nadège Lucas, National Geographic
Publication 27 avr. 2023, 15:18 CEST
Rame de métro traversant le pont de Passy au-dessus de la Seine à Paris.

Rame de métro traversant le pont de Passy au-dessus de la Seine à Paris.

PHOTOGRAPHIE DE jiGGoTravel / Alamy Banque D'Images

Dans son rapport publié le 29 décembre 2022 l’Insee relève que Paris, qui comptait 2 162 598 habitants en 2020, en a perdu en moyenne 12 400 par an entre 2014 et 2020. Pour la seule année 2014, ce sont 7,3 millions de personnes qui ont déménagé en France, ce qui représente 11 % de la population, soit davantage que la moyenne européenne (9%). Depuis 2009 c’est plus de 95 000 personnes qui sont parties en quête d’un immobilier plus attractif, sans toutefois dépasser les frontières de la région Île de France. Mais ce qui était vrai en 2009 ne l’est plus et la population ne se contente plus des départements limitrophes, leur préférant de plus en plus la province. 

 

UNE MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE DIFFÉRENTE SELON LES INDIVIDUS

La décroissance démographique à Paris est en lien avec la composition des ménages, l’âge et la catégorie socio-professionnelle. De jeunes actifs célibataires, en couple et sans enfants trouvent plus de motivation à rester à Paris qui leur offre des opportunités de carrières, des activités variées et un grand choix d’événements culturels. A contrario, le départ des familles est souvent motivé par le coût élevé des logements comparativement à leurs surfaces jugées insuffisantes. Acheter un logement à Paris dont le m2 dépasse 10 000 euros s’avère inaccessible pour nombre de ménages et les prix des loyers y sont les plus élevés de France. Ce qui a poussé des Parisiens hors de la capitale bien avant la pandémie. 

S’ajoutent l'inquiétude face à la pollution et la lassitude des usagers face aux manquements du réseau de transport parisien et francilien. Sur certaines lignes, l'affluence peut générer une promiscuité inconfortable, le trafic est lent et quotidiennement perturbé, les rames et les couloirs manquent de propreté et ne sont pas sécurisés. Le tout pour un tarif en constante augmentation. On retrouve les mêmes doléances sur la propreté et la sécurité dans les rues de la capitale comme dans les communes voisines.

Circulation très fréquentée sur l'autoroute et les rues de la ville créant une forte pollution et le smog. Vue sur la Seine et le coucher du soleil urbain jusqu'au quartier métropolitain de la Défense.

PHOTOGRAPHIE DE psychoshadow / Alamy Banque D'Images

 

UN GOÛT DE RUPTURE, UN PARFUM DE REGRETS 

Sarah H., 32 ans, est partie quelques mois après les attentats du 13 novembre 2015 pour se donner toutes les chances de vivre à nouveau normalement. Elle reste traumatisée par cette nuit d’horreur qu’elle a vécue de l’intérieur et au cours de laquelle elle a perdu sa meilleure amie, abattue par les terroristes. 

L’impossibilité de rester confinée dans un lieu fermé, l’anxiété permanente, la peur, le syndrome du survivant, l’impossible oubli… il était vital pour elle de s’éloigner. Dans un premier temps elle s’est rendue à Rennes, s’est installée provisoirement chez un proche puis a décidé d’y rester et de reprendre ses études. Elle les terminera à Nantes cinq ans plus tard. C’est là qu’elle est désormais établie, sans velléité de retour malgré une famille à Paris et une carrière dans le mannequinat déjà bien engagée en 2015, brutalement arrêtée. 

Si elle ne rechigne pas à revenir de temps en temps à Paris pour voir sa famille et ses amis, elle n’y reste que très peu de temps et sait qu’elle ne reviendra jamais pour y vivre. 

 

ORLÉANS, UNE VILLE TRÈS PRISÉE

Né à l’île Maurice, Richard F. a grandi à Neuilly sur Seine. Véritable amoureux de Paris, il s’y est installé au moment de lancer sa carrière professionnelle. C’est au bénéfice de loyers moins élevés que deux premiers déménagements l’ont conduit dans des villes limitrophes : Chatillon-Montrouge dans les Hauts de Seine, puis Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. 

Au fil des années, il a perdu de vue cette ville brillante et excitante qui le faisait vibrer. S’il considère que Paris reste agréable et vivable dans certains quartiers, cela se limite à 300 m de rues autour de soi avec, in fine, un sentiment d’enfermement. Sortir de cette enclave c’est subir une ville de plus en plus surpeuplée, sale, polluée, des travaux à chaque coin de rue, des temps de déplacements interminables qui finissent par entraver la vie sociale et culturelle. 

S’éloigner dans ce que les franciliens appellent « la grande couronne », comme il l’a un temps envisagé, aurait ajouté des inconvénients et d’autres formes de stress : plusieurs interconnexions de transports pour rejoindre la capitale. Avec à la clé un sentiment d’isolement dans ce que l’on appelle communément des « cités dortoirs ». 

Une amie fraîchement expatriée lui explique les avantages qu’elle trouve à sa nouvelle vie à Orléans et il s’y rend pour découvrir cette ville dont il ne sait rien. En longeant les quais, il est conquis par ce long fleuve qui traverse la ville. « Je l’ai trouvé calme et sublime » explique-t-il… 

Vue aérienne de la Loire, Pont Georges V et cathédrale Sainte-Croix (Loiret, Orléans).

PHOTOGRAPHIE DE Tuul and Bruno Morandi / Alamy Banque D'Images

Au détour des rues piétonnes il s’aventure jusqu’au pont Georges V, rejoint la rue Royale qui lui rappelle la rue de Rivoli, découvre des bâtiments anciens de trois ou quatre étages, s’émerveille des vieilles pierres. En effet, Orléans offre de nombreux trésors architecturaux et culturels tels la magnifique cathédrale Sainte-Croix, un remarquable exemple de l’architecture gothique. Le musée des Beaux-Arts qui abrite une collection de peintures et de sculptures, n’a rien à envier aux musées parisiens. En outre, la ville propose de nombreux événements tels que festivals de musique, concerts, expositions et ses bars et restaurants installés en bord de Loire garantissent des moments de détente et de convivialité.  

C’est ici, au cœur de l’hyper-centre, qui relie Paris en moins d’une heure qu’il se verrait bien vivre. Le prix des loyers au m2 a fini de le convaincre et c’est bien là, face à la Loire, qu’il s’est installé. Il a trouvé sans peine un nouveau cours de salsa et peut s’adonner au cyclisme sur des kilomètres le long du fleuve, où il lui arrive même de s’installer pour déjeuner ou travailler. 

« Je n’avais évidemment pas cette qualité de vie à Paris » conclue-t-il en assurant n’avoir presque pas de regrets. Presque… Paris est un regret pour ceux qui autrefois l’aimaient et la vivaient sans la subir. 

 

DES DÉPARTS MASSIFS APRÈS LA PANDÉMIE DE COVID-19 ? 

Depuis 2020, la pandémie de Covid-19 et les périodes de confinement ont incité les entreprises à déployer le télétravail. Ce qui aurait, selon les médias, accéléré le mouvement. Les Parisiens, mais aussi les franciliens, attirés par les grands espaces et une vie au grand air, auraient commencé à fuir l’enfermement de la capitale pour s’installer en milieu rural. Effets d’annonce ? Il est vrai que les chercheurs en sociologie, géographie et économie, défendent une réalité bien plus nuancée. 

Les études conjointes réalisées par la plateforme POPSU, en partenariat avec le Plan urbanisme construction architecture et le Réseau rural français indiquent, au contraire, que la pandémie n’a pas poussé les citadins, notamment les Parisiens, à se ruer massivement vers les zones rurales. Le fantasme médiatique et collectif plaçant des néo-ruraux au milieu des champs a fait long feu. Dans cette étude, trois équipes de recherche ont recensé et analysé les données des plateformes de recherches de logements, les recensements, les déclarations de changement d’adresse, pour les comparer aux observations recueillies sur le terrain (les territoires ruraux, semi-ruraux et péri-urbains).

Déménagements post-Covid depuis et vers Paris.

ILLUSTRATION DE POPSU - EPAU

Une note de l’Insee sur les mobilités résidentielles publiée en 2021 (étude 2019-2020) souligne que près des trois quarts des personnes qui ont déménagé sont en réalité restées dans le même département, et la moitié d’entre elles est restée dans la même commune, soit respectivement 8 et 4 % de l’ensemble de la population. Seulement un peu plus d’un quart de la population a changé de département et 18 % de région. Pour autant, il apparaît que les mobilités résidentielles ont des impacts spatiaux importants lorsqu’elles impliquent un changement de commune, de département ou de région. L’analyse réalisée au sein de ces dernières rapporte que les mobilités résidentielles transforment les territoires français et ont un impact sur les dynamiques démographiques. 

Les espaces ruraux qui, dès le début de la révolution industrielle ont connu un dépeuplement sous l’effet des mobilités vers les grandes villes par des individus en quête d’opportunités professionnelles sont ceux qui aujourd’hui, (et depuis le recensement de 1982), atteignent une balance migratoire positive. Pour autant, les mobilités résidentielles actuelles se situent souvent dans des zones péri-urbaines plus que rurales. Les citadins choisissent un nouveau lieu de résidence pouvant répondre à leurs besoins en matière d’éducation, santé, transports et loisirs. 

Certains ont privilégié une relative proximité avec Paris : Rouen, Orléans, Tours, Blois quand d’autres ont posé les valises dans des agglomérations plus lointaines telles que Rennes, Nantes, Saint Brieuc à l’ouest, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille au sud… À noter également, ces mobilités sont généralement initiées par des cadres moyens à supérieurs et les zones littorales accueillent, le plus souvent, des retraités ayant les moyens d’y investir.

La plupart des déménagements français sont urbains, avant comme après la crise.

ILLUSTRATION DE POPSU - EPAU

Les résultats invitent également à nuancer l’exode urbain comme facteur de bouleversement territorial : il accentue bien plus des phénomènes anciens, comme le desserrement urbain à Paris - et dans les villes de province les plus denses, et la « renaissance rurale » au cœur des villages, repérée depuis la fin des années 1970. Ils tendent même plutôt à démontrer que la pandémie a plus globalement accentué les départs des grands centres urbains vers… d’autres centres urbains et renforcé l’attrait des citadins pour les lieux de villégiature et les territoires littoraux où les notaires notent que l’achat de résidences secondaires se poursuit.

Aussi, l’étude « Exode urbain : petits flux, grands effets »du programme POPSU publiée en 2022, pointe des phénomènes préexistants à la crise sanitaire, dévoile que les véritables motivations à l’origine des mobilités résidentielles avant et après la pandémie n’ont pas beaucoup changé et pose le constat que le bouleversement territorial apporté et renforcé par la pandémie de Covid-19 relève tout bonnement d’un mythe exagérément relayé. Le désamour de la ville, et en l’espèce de Paris, n’est pas apparu en 2020 et nous l’avons vu, la démographie de la capitale est en baisse constante depuis plusieurs décennies. 

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