Californie : les incendies continuent de ravager l'État américain

L'augmentation du nombre d'incendies s'explique par un temps plus sec et une population plus importante dans l'État américain.lundi 20 août 2018

De Mark Thiessen
Photographie De Stuart Palley
Un pompier appartenant à la brigade du Old El Cajón du comté de San Bernardino commence à arroser le sol pour lutter contre l'incendie Ferguson. La vallée de Yosemite, qui fait partie du parc national de Yosemite est visible en arrière-plan.
Photographe National Geographic, Mark Thiessen est aussi photographe d'incendies certifié. Cela fait plus de 10 ans qu'il photographie les incendies en première ligne. Le photographe Stuart Palley a lui couvert plus de 60 feux de forêts en Californie et a suivi une formation de gestion aux gros incendies.

Difficile de croire que le monstrueux feu de forêt Carr qui sévit en Californie s'est propagé sur près de 77 000 hectares, a réduit en cendres plus de 1 000 habitations et a tué huit personnes est la conséquence d'un pneu crevé. Lorsqu'un véhicule circule rapidement avec un pneu crevé, ce dernier peut se déchirer : la jante peut alors entrer en contact avec la route, provoquant des étincelles. C'est ce qui s'est passé en Californie : le conducteur, alarmé, s'est arrêté sur le bas-côté de la route, où les herbes sèches se sont enflammées. L'incendie, qui porte le nom du lieu où il s'est formé, la Carr Powerhouse Road, est ainsi devenu l'un des feux de forêts les plus importants de l'histoire de l'État américain.

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Si ce même pneu avait éclaté alors qu'il faisait plus frais, plus humide ou si l'herbe était encore couverte de la rosée du matin, l'histoire se serait terminée par une voiture en panne sur le bas-côté. L'herbe se serait peut-être mise à fumer un peu, mais quelques piétinements auraient suffi à l'étouffer. Mais l'incident s'est produit un après-midi où la température atteignait 40°C, par 20 % d'humidité, des conditions idéales pour qu'un incendie se déclare.

Tous les feux de forêts naissent d'une étincelle. Un jour, j'ai pu observer les pompiers du Bureau of Land Management (Bureau de Gestion du Territoire) encerclant un feu d'à peine un hectare, causé par des munitions traçantes tirées depuis un champ de tir ouvert. Lorsque le vent s'est levé et qu'un camion de pompier placé à un endroit stratégique a cassé son essieu, les pompiers ne sont plus parvenus à maîtriser l'incendie : plusieurs heures plus tard, il s'était propagé sur plus de 6 000 hectares et se dirigeait vers la forêt, où il aurait de quoi s'intensifier.

Pourtant, nous pouvons empêcher ces feux de forêts. En 2014, l'Earth Lab de l'Université du Colorado a publié une étude qui révélait que 84 % des feux de forêts sont causés par l'Homme. Les incendies criminels sont rares. La plupart sont provoqués par accident, par une simple étincelle provenant d'un pneu crevé, de tirs d'armes, de lignes électriques malmenées par des vents forts ou de la lame d'une tondeuse aiguisée à l'aide d'une affûteuse. Ces événements banaux, qui ont lieu tout le temps, toute l'année, peuvent être désastreux lorsqu'ils surviennent les jours les plus chauds, secs et venteux.

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Depuis sa formation, l'incendie Carr mobilise entre 2 000 et 3 000 pompiers nationaux, municipaux et fédéraux selon les estimations sur le terrain. Pendant la saison des incendies, ces hommes et ces femmes sont presque toujours sur la route, ils travaillent 24 h sans interruption et dorment dans des tentes. Jay Walter, chef des opérations sur le terrain de l'Arizona Department of Forestry and Fire Management (Département de gestion des forêts et des incendies de l'Arizona), confie que pour assurer la protection des pompiers, il faut notamment qu'ils soient bien reposés.

Comme de nombreux pompiers professionnels des États de l'Ouest américain, Jay Walter passe la majeure partie de la saison des incendies en Californie, où il fait la navette sur l'Interstate 5, suivant les ordres des équipes d'interventions qui tentent de tirer le meilleur parti possible des personnes disponibles. L'une des priorités principales de la lutte contre les incendies est de toujours assurer la sécurité des habitants et des pompiers. Ces derniers sont tenus de prendre des jours de congé et de dormir suffisamment. Cela leur permet de rester en forme pendant la saison des incendies, de plus en plus longue, et d'affronter des feux toujours plus importants.

 

DES INCENDIES QUI COÛTENT CHER

Chaque année, la lutte contre les feux de forêts coûtent plusieurs milliards de dollars aux États-Unis. Les scientifiques tirent la sonnette d'alarme face à l'augmentation des risques d'incendies liés au changement climatique, mais omettent de mentionner le rôle que nous jouons dans la formation des feux de forêts. Les incendies qui se forment seuls, provoqués par la foudre par exemple, ravagent sept fois moins de terres que ceux causés par l'Homme. Ces derniers ont d'ailleurs multiplié par trois la durée de la saison des incendies au cours des dernières décennies.

Une étude publiée en 2014 estimait qu'en 2050, en Californie, près de 654 000 habitations seraient construites dans des zones très propices aux feux de forêts. Ajoutez à cela la météo plus chaude et sèche qui s'annonce dans le futur et il n'est pas difficile d'imaginer ce qui attend ces maisons.

Cette étude s'est principalement intéressée à la Californie, un État régulièrement propice au développement d'incendies. En juillet, la Californie a été frappée par une vague de chaleur record et la majorité de la végétation de l'État s'est desséchée. C'est pour cette raison que les incendies sont particulièrement nombreux cette année. Les chercheurs estiment que cette situation se reproduira dans les années futures puisque la tendance est déjà établie. Depuis les années 1980, le nombre des grands feux de forêts n'a cessé d'augmenter. Rien n'indique que la tendance s'inversera ou se stabilisera, en particulier avec la hausse de la population : pneus crevés et de lames de tondeuse à affûter seront plus nombreux.

Le changement climatique apporte également d'autres changements significatifs. Dans l'ensemble, le climat californien est plus chaud aujourd'hui que par le passé. Par conséquent, la végétation brûlée par les incendies a peu de chance de repousser. À la place, ce sont des plantes mieux adaptées au climat chaud qui feront leur apparition, comme les plantes adaptées au climat désertique, qui retiennent moins l'humidité et se dessèchent plus rapidement.

Cette végétation qui brûle facilement est appelée « combustible » par les spécialistes des incendies. Ces derniers ont mis au point une norme, l'humidité du combustible, afin de déterminer à quel point la végétation est desséchée. En divisant le poids de l'eau par le poids de la végétation sèche, les scientifiques obtiennent un pourcentage. Plus la végétation est fine, plus elle sera sensible aux températures ambiantes et à l'humidité. Ainsi, par temps chaud, l'herbe séchera plus rapidement qu'une branche de 5 cm de maquis californien, peu importe la quantité de pluie qu'elle a reçu un mois plus tôt. Lorsque l'humidité du combustible est inférieure à 30 %, on considère que la plante est morte.

Dans la forêt nationale de San Bernardino, l'incendie Valley fait rage à proximité de Forest Falls et de l'Highway 38.

Ces combustibles fins, à l'instar de l'herbe sèche, recouvrent les espaces séparant les maisons californiennes construites à flanc de coteau. Ces plantes ne sont pas originaires de la Californie, mais permettent aux incendies de se propager rapidement.

Dans les zones les plus sèches des États-Unis, la question que se posent les citoyens n'est pas à quelle fréquence un incendie va se déclarer dans la zone, mais quand.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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