Environment

La chasse à l’oie cendrée prolongée pendant la période de reproduction de l'espèce

C’est un éternel débat, naviguant entre décrets et annulations : faut-il oui ou non continuer à autoriser la chasse à l’oie cendrée ? Le ministère de la Transition écologique et solidaire vient d’étendre la période de chasse sur le mois de février. Vendredi, 1 février

De Arnaud Sacleux

La décision a été rendue publique le 31 janvier 2019. La période de chasse des oies cendrées devait initialement se terminer fin janvier mais un arrêté du gouvernement vient de la prolonger : elle couvrira aussi le mois de février. Cette décision s’appuie notamment sur une consultation publique de 52 000 personnes. La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) a décidé de réagir en saisissant le Conseil d’Etat, qui avait pourtant confirmé à 11 reprises la date de fermeture de la chasse aux oies sauvages le 31 janvier. La Ligue espère ainsi clore favorablement un débat qui semble interminable.

 

4 000 OIES CHASSABLES

La date officielle de la fin de la chasse aux oies sauvages en France était fixée au 31 janvier, conformément à une directive européenne de protection des oiseaux migrateurs. Mais en août 2018, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) affirmait que le gouvernement français allait déroger à cette directive en étendant la période sur février, avec un quota de 5 000 oies cendrées à abattre. L'arrêté, qui entre en vigueur ce 1er février, prévoit finalement un quota de 4 000 oies chassables sur le mois en France, excepté en Alsace. Cette chasse est particulièrement encadrée puisque chaque oie abattue devra être enregistrée par le chasseur sur une application mobile dédiée.

Une décision qui peine à convaincre, résonnant tel un écho à la récente autorisation de la chasse à la glu, surtout en période de reproduction de l’oie cendrée. Le président de la LPO, Allain Bougrain-Dubourg, a déclaré à ce sujet à nos confrères de France Info. « Je suis effaré devant cette obsession à tuer […], alors que la chasse doit fermer conformément à ce que préconise la directive de l’Union européenne, qui est dans sa logique : on ne tue pas lorsque la période de reproduction est engagée. Ce qui est le cas. »  

 

UN DÉBAT SANS FIN

« La France prétend être exemplaire en termes de biodiversité », annonce le communiqué de la LPO. « Il ne faut pas avoir un double langage, d’un côté avoir des larmes de crocodile pour constater le déclin de la biodiversité et de l’autre participer au massacre. » conclut son président. Pour Laurent godet, chercheur au CNRS interrogé par National Geographic, « la disparition de toutes les espèces et sous-espèces d’oiseaux sur Terre depuis 1500 (à l’exception d’une sous-espèce de petit passereau insulaire) sont toutes à attribuer directement ou indirectement aux humains. »

Alors qu’il a été démontré récemment que la faune française est en train de s’appauvrir considérablement, le ministère de la Transition écologique justifie de son côté que « l'oie cendrée est une espèce dont l'état de conservation est très favorable » en Europe, avec une population totale estimée à 1 million. De plus, c’est une espèce qui cause beaucoup de dégâts notamment dans les cultures aux Pays-Bas.

La chasse à l’oie cendrée « se fait quand les oiseaux sont à terre, et non en vol, et à l'aide d'appelants, c'est-à-dire des oiseaux vivants captifs chargés d'attirer leurs congénères sauvages, ce qui permet de distinguer les espèces d'oies les unes des autres » ajoute le ministère, répondant à l’inquiétude de la LPO concernant l’incapacité des chasseurs de distinguer une espèce d’oie d’une autre, d’autant plus que la chasse se fait à la nuit tombée, ce qui peut perturber d’autres espèces. « La biodiversité n’est pas une simple collection d’espèces, mais bel et bien un tissu vivant dont tous les éléments sont en interaction » conclut Laurent Godet.

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