Naufrage du Grande America : quelles conséquences pour la biodiversité ?

Le 12 mars 2019, le Grande America et ses 2 200 tonnes de fioul lourd ont fait naufrage à 300 kilomètres des côtes françaises. Si les autorités écartent aujourd’hui le risque d’une marée noire, la biodiversité marine, elle, pourrait être impactée.mardi 26 mars 2019

De Arnaud Sacleux
En cas de marée noire, ou de propagation de la couche de fioul sur la surface de l'eau, les ailes des oiseaux peuvent s'en retrouver embourbées et les empêcher de voler.

Le fioul s’écoule toujours dans l’Atlantique et atteint un peu plus de 4 500 mètres de profondeur. Les autorités font tout pour contenir l’épanchement loin des côtes de Gascogne et la Préfecture Maritime se veut rassurante en affirmant que les opérations de pompage fonctionnent mieux que prévu. Un dispositif anti-pollution a été déployé depuis la catastrophe et neuf navires sont chargés de pomper, récupérer puis décharger le fioul au port de La Rochelle.

Une société sur place procédera à la prise en charge et au traitement des déchets ainsi qu'au matériel utilisé pour la récolte des polluants. « Une tonne de polluants que l'on récupérera en mer, ce sera dix tonnes de déchets en moins qui arriveront sur nos côtes » affirmait à Europe 1 le porte-parole de la Préfecture. Seules quelques boulettes de pétrole devraient s'échouer sur les plages de Charente-Maritime d’ici quelques jours. Cependant, la biodiversité marine, elle, pourrait ne pas en réchapper. 

 

LE FIOUL : INSOLUBLE ET CANCÉRIGÈNE

Les précédentes catastrophes l’ont déjà prouvé : le fioul est insoluble dans l’eau. Si cette affirmation peut paraître évidente, le fioul ne se comporte cependant pas comme une goutte d’huile qui remonterait à la surface dans un verre d’eau. « Le fioul ne reste pas forcément à la surface, il peut aussi descendre dans la colonne d'eau. Au fur et à mesure de son déplacement, il agrège du matériel comme des particules et des débris qui vont l'alourdir » explique Philippe Garrigues, chercheur au CNRS à l’Institut des sciences moléculaires. En réalité, « il faut multiplier par dix le volume de fioul épandu pour évaluer le volume réel des dégâts ».

Les conséquences pour la biodiversité marine et sous-marine ne sont pas à négliger. Pour le chercheur, cela pourrait d’abord toucher les animaux dits « sessiles », c’est-à-dire à faible mobilité ou ceux qui ne peuvent tout simplement pas se déplacer, comme les crustacés et les coquillages. « Physiquement, la viscosité du fioul peut également impacter les ailes des oiseaux et les empêcher de voler » et donc de les noyer poursuit Philippe Garrigues, si l’épanchement se propage. Pour le moment, deux oiseaux ont été retrouvés souillés aux hydrocarbures, l'un sur une plage des Pyrénées-Atlantique et l'autre sur une plage des Landes.

Autre conséquence de cet épanchement de fioul, c’est son ingestion par les autres espèces marines. Une fois ingéré, il va « tapisser les parois internes des estomacs et bloquer les échanges tissulaires » des animaux. Celui-ci contient par ailleurs des hydrocarbures aromatiques polycycliques, cancérigènes par nature.

 

UNE MODÉLISATION DE L’OCÉAN COMME MOYEN PRÉVISIONNEL

Grâce au programme de surveillance de la Comission Européenne Copernicus, le satellite Sentinelle 1, une constellation de deux satellites, a pu observer l’écoulement de fioul du porte-container italien. Ces deux satellites, conçus pour ce programme, sont équipés d’un radar sophistiqué permettant d’observer précisément ce genre de phénomènes et ce, même à travers l’obscurité et les nuages. Ces données radar, précises, sont utiles pour la surveillance de la progression des déversements d’hydrocarbures ; la présence d’huile à la surface de la mer atténuant le mouvement des vagues, il est alors facile de la repérer et de la délimiter.

Sentinelle 1 a pris cette image radar de la marée noire, la grande zone sombre au centre de l’image, qui s’étire sur environ 50 km. Les plus petits points blancs représentent des navires, probablement ceux qui participent aux opérations de nettoyage.

À partir de ces observations, le Mercator Océan, centre français d'analyses et de prévisions océaniques, dans le cadre du Service Copernicus pour les océans, utilise un outil numérique capable de modéliser la surface de l’océan et de prédire les courants à 10 jours. « Nos courants permettent à Météo France de fournir une prévision de la trajectoire potentielle de la nappe de pétrole dans les prochains jours » confirme Laurence Crosnier, directrice de la communication de Mercator Océan.

Cette modélisation est en effet livrée à Météo France qui participe au comité de dérive de nappe de pétrole, activé par la Préfecture Maritime, dans le but de gérer la pollution engendrée par le naufrage du Grande America.

D'autres recherches sont prévues dans les prochains jours. La carcasse du Grande America, qui gît à 4 600 mètres de profondeur, sera scrutée par des robots sous-marins d'Ifremer.

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