Biodiversité : la faune française continue de s'appauvrir à un rythme alarmant

L’édition 2018 des chiffres clefs de la biodiversité vient d’être publiée et le constat dressé est alarmant. La biodiversité française s’appauvrit considérablement et les facteurs sont multiples.

De Arnaud Sacleux
Malgré sa richesse, la France voit sa biodiversité décliner massivement au fil des années. C'est notamment le cas du vison d’Europe (Mustela lutreola) qui figure sur la Liste rouge nationale des espèces menacées de l’UICN France et du MNHN.

Le Commissariat général au développement durable, en collaboration avec l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB) et l’Observatoire National de la Biodiversité (ONB) ont dressé le portrait alarmant de la biodiversité française dans leur rapport. Disposant d’un éventail géographique très varié, notre pays héberge environ 10 % de la biodiversité mondiale. Pourtant, et malgré la sensibilité aux urgences climatiques de Français toujours plus nombreux, cette biodiversité tend à s’appauvrir : la France figure parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées au monde, avec près de 26 % d’espèces en voie de disparition ou éteintes.

 

ÉTAT DES LIEUX

La France compte un peu plus de 130 habitats dits naturels, comme les prairies de fauche, les marais, les falaises, les grottes ou encore les chênaies. En l’état actuel, seules 22 % de ces zones sont dans un état prospère. À l’inverse, 35 % sont susceptibles de disparaître. Résultat, ce chiffre de 26 % d’espèces menacées en France, dont de nombreuses espèces endémiques (locales). Les oiseaux spécialistes, habitant dans des endroits ciblés comme les forêts ou les villes et qui ont donc des exigences plus strictes en termes de besoins naturels, sont un excellent marqueur de l’état des différents espaces. Les oiseaux forestiers ont connu une baisse d’environ 3 % depuis 1987 et quant aux oiseaux agricoles, ils ont vu leur population diminuer d’environ 30 %. Cependant, si les espèces endémiques disparaissent, elles laissent la place aux espèces plus généralistes. Ainsi, les oiseaux vivant dans tout type d’habitats comme les pigeons voient leur population augmenter de 19 %. Plus qu’une disparition, nous assistons à un remplacement des populations animales.

Les zones les moins bien conservées en France sont les milieux humides et côtiers, alors qu’elle possède le second domaine maritime au monde. Les récifs coralliens font également partie des écosystèmes les plus riches, et leur population connaît une baisse de 29 %. Cette baisse pourrait entraîner un retard sur la reproduction et la croissance des espèces aquatiques.

 

SOCIÉTÉ ET BIODIVERSITÉ : JE T'AIME MOI NON PLUS

Si la dégradation de l’état des eaux douces est à attribuer à l’Homme et la pression qu’il exerce sur ces écosystèmes (pollution, surexploitation…) et que les coraux disparaissent à cause du tourisme de masse et du réchauffement climatique, ces derniers sont également menacés par des phénomènes naturels comme les cyclones, les étoiles de mer ou les algues. Autre cause majeure, et surement la plus importante concernant l’appauvrissement de la biodiversité en France, c’est l’introduction d’espèces exotiques envahissantes dans son paysage. Le ragondin ou le frelon d’Asie par exemple sont des espèces ayant été introduites volontairement ou non et qui sont la cause de nombreux dégâts irréversibles sur notre biodiversité locale, bouleversant ainsi l’équilibre écosystémique.

Laurent Godet, chercheur au CNRS interviewé par National Geographic, complète ce propos en reprenant les oiseaux comme indicateurs. « À l’échelle mondiale, la disparition de toutes les espèces et sous-espèces d’oiseaux sur Terre depuis 1500 est à attribuer directement ou indirectement aux humains. Immédiatement après les introductions d’espèces exotiques, la deuxième cause d’extinction des oiseaux est la chasse. » Alors que le Conseil d’État vient de valider le maintien de la chasse à la glu dans certaines régions françaises, on pourrait se dire que rien n’est fait pour améliorer la situation.

Cependant, des actions sont menées par les autorités et diverses organisations et les résultats en termes de régulation et de contrôle de la biodiversité sont parfois visibles . Laurent Godet nous avait précisé de son côté que « Le meilleur moyen de « réguler » des populations est de conserver leurs prédateurs. » En France, certains prédateurs participent grandement à cette régulation, notamment l’ours brun et le loup gris. En ce sens, et si ces espèces ont vu diminuer leur aire d’habitats, la répartition de leur territoire est régulièrement suivie et elles font l’objet de divers plans de réintroduction et d’établissement d’aires protégées. Autre point positif, les eaux superficielles françaises connaissent une amélioration de 0,8 % ces dernières années en termes de qualité, grâce aux mesures de l’État et des collectivités pour leur préservation et leur restauration.

Si le constat est alarmant, les chiffres du Commissariat général au développement durable montrent également une véritable prise de conscience concernant l’urgence écologique de la part des français. Pour un avenir meilleur ?

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