Environment

Comment les océans sont devenus un environnement hostile pour la faune

Le changement climatique et la surpêche ont bouleversé la vie dans l'océan, mais certaines espèces s'en sortent mieux que d'autres.

De Natasha Daly

Les espèces qui peuplent l’océan ont évolué au fil des millénaires pour s’épanouir dans ses profondeurs.

Ce qui nous semble extraordinaire - la capacité d'un poisson à vivre 8 000 mètres sous la mer par exemple - est simplement constitutif de leur quotidien. « Cet environnement ne leur est pas hostile - c'est l'équivalent pour nous d'être dans notre salon », explique Matthew Savoca, chercheur postdoctoral au Hopkins Marine Station de l'Université de Stanford, à Monterey.

Bien que les océans aient subi des changements dans le temps, par exemple lorsque la Terre est entrée et sortie de l'ère glaciaire, ces changements se produisent progressivement et les espèces évoluent en conséquence.

« Mais les êtres humains nuisent à l'océan de manière globale, que ce soit par la surpêche, la pollution plastique et autre, et nous le faisons très rapidement », dit Savoca. « C'est un assaut constant, sans relâche. »

De nombreux animaux ne peuvent tout simplement pas évoluer au rythme imposé par l'Homme. Le plastique, la pêche non durablel’acidification des océans et le réchauffement des eaux, entre autres, ont fait de l’océan un milieu toujours plus hostile pour les animaux qui y vivent. 

Les animaux qui vivent longtemps, comme les albatros et les baleines bleues, évoluent très lentement au cours de millénaires, car leurs générations sont très éloignées les unes des autres. En revanche le plastique, par exemple, n’existe que depuis 60 ans - ce qui représente la durée de vie d’un seul animal. Selon Savoca, il faudrait peut-être 60 000 ans à ces espèces dont l'espérance de vie est longue pour commencer à s'adapter à un milieu pollué par le plastique. L'océan est essentiellement devenu un champ de mines de plastique. (Lire aussi : Une baleine enceinte a été retrouvée morte l'estomac rempli de plastique.)

Les animaux qui se reproduisent fréquemment et ont une courte durée de vie, comme les petits poissons et le plancton, évoluent plus rapidement. « Leur espèce pourrait être sauvée par l'évolution », dit Savoca.

La façon dont les animaux évoluent dans l'océan influence également leur capacité à s'adapter au changement. En général, les espèces animales se situent quelque part dans le spectre. À une extrémité se trouvent les spécialistes, qui sont généralement des prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire, tels que les orques et les requins, qui ont évolué pour s’épanouir dans un environnement très particulier et se nourrir de proies spécifiques. Comme ils sont très concentrés sur leurs objectifs, ils sont bien placés pour exploiter leur habitat, mais ils ont beaucoup de mal à s'adapter au changement, toujours selon Matthew Savoca. Au fur et à mesure que leur environnement change ou que leur principale source de nourriture s'amenuise, ils sont confrontés à un inconnu auquel ils ont du mal à s'adapter.

Il y a ensuite les généralistes - la morue de l'Atlantique et le flet, par exemple - qui peuvent s'épanouir dans de nombreux environnements et adopter une alimentation variée. Bien que les généralistes ne dominent pas leur environnement comme les super-prédateurs, ils peuvent s'adapter lorsque celui-ci devient imprévisible. Mais c'est là l'un de leurs seuls avantages.

Des campagnes d'abattage, telles que des siècles de pêche à la morue ou de chasse à la baleine dans l'Atlantique Nord, affectent également les espèces généralistes et les espèces spécialisées. Et cette « tuerie », dit Savoca, crée des effets d'entraînement sur l'ensemble des écosystèmes et de la chaîne alimentaire.

« Nous avons chassé 95 % des baleines en moins de 100 ans, ce qui représente la perte de biomasse la plus rapide de l'histoire », explique Savoca. « Les humains sont des machines à tuer si efficaces que nous sommes capables de supprimer des espèces entières de notre planète en moins d'un siècle. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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