Environnement

Cette petite île d'Océanie nous montre les effets bénéfiques de la protection des océans

Il y a quatre ans, Palaos a mis en place l'une des réserves marines les plus importantes de la planète et les résultats sont déjà probants.

De Sarah Gibbens
L'équipe de Pristine Seas a sous sa protection le lac abritant des millions de méduses, la plus grande attraction touristique de Palaos.

Il paraît sensé de penser que si vous protégez les océans, les écosystèmes vont prospérer. Aujourd'hui, les scientifiques ont à leur disposition un nombre important de données confirmant cette logique supposition, grâce à une étude panoramique des réserves marines menée dans la nation insulaire de Palaos, en Micronésie.

En 2015, Palaos a officiellement désigné 390 kilomètres carrés de son territoire maritime comme réserves maritimes protégées, où la pêche et l'exploitation minière sont interdites. La réserve est la 6e plus grande réserve maritime au monde. Alors que le pays est plus petit que la ville de New York, les réserves maritimes de Palaos, elles, dépassent la surface de l'État de Californie.

Dans une adresse à la presse, le Président de Palaos Tommy Remengesau, Jr. avait expliqué que cette décision avait pour but de préserver la subsistance de l'île : "Les communautés insulaires sont les plus touchées par les menaces écologiques auxquelles l'océan est confronté. Créer un sanctuaire est une décision audacieuse que le peuple de Palaos reconnaît comme essentielle à sa survie."

La science a aujourd'hui confirmé l'importance de ce cas : dans un article publié le 30 mars dernier par le journal PLOS ONE, les chercheurs du Laboratoire Fisheries Ecology Research de l'Université d'Hawaï rapportent l'importance des efforts initiés par l'île de Palaos et des effets positifs déjà constatés sur la zone marine protégée.

Leur étude portait particulièrement sur la quantité de biomasse - les poisson et les organismes dits benthiques vivant au fond de la mer - qui étaient présents dans les aires protégées de Palaos. Pour perturber la vie marine le moins possible, les chercheurs n'ont pas prélevé d'échantillons. En lieu et place ils ont pris des photographies et fait des estimations visuelles directes.

Ils ont constaté que les eaux protégées abritaient deux fois plus de poissons que les eaux non protégées et cinq fois plus de poissons prédateurs. En tant que principale source de nourriture pour les autres prédateurs, une population de poissons saine est le signe d'un écosystème prospère.

"Ce que nous avons mesuré a confirmé que dans les réserves marines où aucune prise n'est permise, la biomasse des poissons augmente naturellement, comme nous l'avons aussi constaté dans d'autres régions du monde", a déclaré Enric Sala, un Explorateur en résidence chez National Geographic, qui a travaillé sur l'étude.

Les zones protégées permettent aux poissons de Palaos de se reproduire plus rapidement, ce qui avantage naturellement les pêcheurs locaux. L'étude suggère que lorsque la biomasse augmente dans les zones protégées, les populations de poissons adultes dans des eaux non protégées augmentent elles aussi, ce qui permet des prises plus abondantes pour les pêcheurs locaux.

Sala note que cette conservation réussie est attribuable non seulement à la politique instaurée par le gouvernement local, mais aussi à la volonté des habitants de l'île de préserver cet écosystème.

Palaos ne dispose pas de forces armées pour faire respecter sa législation. Mais ici elles seraient de peu d'utilité. Les efforts de conservation s'inscrivent en effet dans l'évolution logique d'une tradition millénaire appelée bul. Le bul ancéstral prévoyait, par décision du Conseil des chefs de Palaos, de mettre sous protection temporaire des zones maritimes pour permettre à la faune de se nourrir et se reproduire sans être dérangée par l'homme. En tenant compte de la sensibilité du poisson pendant ces périodes, les populations insulaires étaient assurées de pouvoir se nourrir en abondance plus tard dans l'année.

La prospérité de Palaos dépend grandement de la santé de son écosystème marin. Elle a l'un des taux de biodiversité les plus élevés de la planète, et une partie de ses revenus sont générés par le tourisme environnemental.

Bien sûr, Palaos n'est pas le seul pays à bénéficier de ressources maritimes saines, mais seulement 1,6 % des océans du monde sont aujourd'hui protégés. Les chercheurs espèrent que d'autres gouvernements prendront conscience que protéger des zones maritimes est à la fois profitable à la faune et à la population.

"Il est nécessaire qu'autant de réserves que possible soient créées dans les lieux reculés, peuplés ou non, étendus ou pas," a déclaré Sala. "Nous n'avons plus de temps à perdre".

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