Environnement

La guerre du charbon : quel avenir pour l'énergie du passé ?

Le charbon, principale source d'émissions carbone, tue chaque année des milliers de personnes. Jeudi, 9 novembre

De Romy Roynard - Rédactrice en chef Web

Enfoui dans le sol, résultat d'un labeur des plus dangereux et d'efforts innombrables, le charbon est fait d'hydrogène, de souffre d'oxygène et de beaucoup de carbone. C'est d'ailleurs par la teneur en carbone que l'on classe les différents types de charbons.

C'est sur cette énergie noire qu'a reposé la révolution industrielle. C'est elle qui a permis l'essor énergétique d'un nouveau genre, l'industrialisation à grande échelle et le développement des moyens de transports. En France, l’extraction du charbon remonte au Moyen Âge mais a surtout été développée de la fin du 18e siècle jusqu’à la moitié du 19e, notamment dans les bassins du Nord-Pas-de-Calais, de la Lorraine et de la Loire.

Aujourd'hui, le charbon produit encore 40 % de l'électricité mondiale et reste prépondérant malgré le développement rapide des énergies renouvelables. Une dépendance qui inquiète les environnementalistes ; l'extraction minière et l'exploitation du charbon peuvent avoir des conséquences climatiques irréversibles.

DE GRAVES CONSÉQUENCES ENVIRONNEMENTALES

Plus d'un quart des réserves mondiales de charbon sont situées aux États-Unis. La Chine, malgré un réel investissement dans les énergies éoliennes et solaires, extrait et consomme à elle seule près de la moitié du charbon dans le monde. L’extraction du charbon provoque dans ce pays la mort de plusieurs milliers de personnes chaque année.

Parce que le charbon est créé à partir de biomasse enfouie à plusieurs kilomètres de profondeur, son extraction dénature les paysages. Des montagnes sont détruites par des explosions qui les découpent couche par couche, jusqu'à ce tout le charbon disponible soit extrait. Les paysages vallonnés sont nivelés en plaines artificielles, condamnant par là-même l'écosystème environnant, la faune, la flore et les hommes.

La combustion du charbon pollue plus que n'importe quelle autre énergie, y compris les autres énergies fossiles. Lors de l'exploitation du charbon, les roches se fissurent et libèrent des poussières de silice qui peuvent, si elles sont inhalées, entraîner des maladies pulmonaires graves comme la silicose. Cette infection pulmonaire peut être mortelle à un stade avancé. En Chine, près de 600 000 des 6 millions mineurs seraient atteints de ce mal selon les chiffres de l'Agence internationale de l’énergie (AIE). Ces poussières de silice circulent librement en dehors des mines : le charbon étant hautement inflammable, il ne peut être recouvert durant son transfert ferroviaire. Par conséquent lorsque les trains circulent au milieu des espaces sauvages, des villes et des terres agricoles, les poussières de silice se dispersent dans une nature désormais viciée.

L'industrie du charbon perturbe généralement les cours d'eau superficiels et souterrains proches des mines. Les cours d'eau sont dérivés pour éviter tout risque d'inondation des mines, ce qui peut perturber l'équilibre de la biodiversité proche et lointaine. De plus l'écoulement des solutions minérales acides, résultat de l'oxydation des roches exposées à l'air, peut entraîner une acidification et une pollution des eaux environnantes. Les eaux usées du lavage de charbon sont elles aussi chargées de substances toxiques qui condamnent la biodiversité aquatique et peut contaminer les aquifères. De nombreux cas de pollution à l'eau peuvent être relevés, notamment aux États-Unis où des villes ont interdit par décret la consommation de l'eau municipale.

DES ENJEUX HUMAINS

La fermeture progressive des mines de charbon est une décision politique difficile à prendre. Elle induit la mise au banc de mineurs dont dépendent des communautés entières. Aux États-Unis, un mineur jouit d'un salaire élevé et peut faire vivre environ 7 personnes. Dans une grande enquête documentaire, National Geographic dépeint ces hommes et ces femmes dont la vie entière dépendait de l'activité minière. Le charbon condamné, les agglomérations deviennent des villes fantômes, ceux qui le peuvent désertent la région.

Certains mineurs comprennent les enjeux environnementaux mais faute de requalification dans les énergies propres, ne voient d'autre avenir que la réouverture des mines. Ils constatent pourtant que l'eau de leurs villes est polluée, que les maladies pulmonaires deviennent un risque naturel... Mais il leur faut survivre. D'autres, la grande majorité, dénoncent une « guerre contre le charbon », refusant le constat scientifique des premiers effets dévastateurs du changement climatique. Ceux-là ont en majorité accordé leur vote pour l'actuel président des États-Unis, Donald Trump, qui avait fait de la réouverture des mines de charbon l'un des grands thèmes de sa campagne.

Le documentaire de Michael Bonfiglio cristallise tous les enjeux économiques, environnementaux, sanitaires de l'exploitation du charbon. Un portrait d'une Amérique délaissée, qui se sent prise au piège entre le constat des enjeux sanitaires et le besoin de survivre. Une enquête importante, peut-être indispensable, quand l'on sait que le ralentissement du changement climatique tient à la réduction des émissions mondiales de CO2, principal gaz à effet de serre relâché par les activités humaines. 

Le changement climatique est une réalité. Ses effets sont de plus en plus visibles, de moins en moins réfutables. C'est aussi, en filigrane, ce que rappelle avec force La guerre du charbon.
 

 

Le documentaire inédit La guerre du charbon sera diffusé dimanche 2 juillet à 20h40 sur National Geographic.

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