Environnement

Nouveau pic de pollution mortel en Inde et au Pakistan

Écoles et entreprises fermées, vols annulés… Un pic de pollution inédit perturbe depuis quatre jours la vie des habitants de New Dehli et de Lahore. Vendredi, 10 novembre

De Juliette Heuzebroc

Depuis plusieurs années, l’Inde et le Pakistan connaissent des épisodes de pollutions de plus en plus intenses et longs. Avec une population de plus de 20 millions d’habitants pour New Dehli et de 11,3 millions pour Lahore, les deux mégapoles indiennes concentrent de nombreuses sources d’émissions de gaz à effet de serre. De plus, elles sont toutes deux entourées de campagnes agricoles, activité à fort potentiel pollueur. Et c’est bien le problème auquel sont confrontées ces régions depuis quelques jours.

Le nouveau pic de pollution a été provoqué par les brûlis agricoles combinés aux émissions de particules fines. L’agriculture sur brûlis consiste à défricher les champs par le feu pour créer un transfert de fertilité. L’inconvénient est que le gaz dégagé par l’incendie ainsi que le CO2 qui émane des plantes brûlées polluent rapidement l'air ambiant. Ce phénomène massif associé aux particules fines concentrées dans les mégapoles crée un épais brouillard brunâtre qui semble recouvrir les villes. Les conditions climatiques plus fraîches et les vents plus faibles en automne et en hiver accentuent l’ampleur du pic de pollution, le froid, l’humidité et l’absence de vent retenant les particules toxiques au sol.

UN PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE

1000 microgrammes de particules par m³. C’est la concentration en particules fines mesurée dans l’air mercredi dernier à New Dehli alors que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime que plus de 25 microgrammes représentent déjà un risque pour la santé. En moyenne, depuis le début de cette vague polluante, la concentration oscille entre 300 et 600 mg/m³ à Lahore comme à New Dehli, ce qui représente une toxicité de l’air quotidienne équivalente à deux paquets de cigarettes.

Les autorités sanitaires s’alarment de cette situation avec, à Lahore, quatre fois plus d’hospitalisations que d’ordinaire. Dans un souci de protection des populations, les écoles et certaines entreprises sont donc fermées au moins jusqu'à dimanche, les chantiers sont suspendus jusqu'à nouvel ordre et la circulation est alternée.

Arvind Kejriwal, ministre en chef de New Dehli, s’inquiète de la situation et demande une action concrète de la part des pouvoirs concernés : « Nous continuerons à être confrontés à ce problème chaque année jusqu'à ce que les gouvernements des États voisins résolvent le problème des brûlis de cultures, qui est un problème économique. » Le ministre en vient même à comparer sa ville à « une chambre à gaz » puisque passer une journée à New Dehli reviendrait à fumer 50 cigarettes.

Les enjeux sanitaires sont immenses, l’Association médicale indienne a décrété un « état d’urgence de santé ». Si les femmes enceintes, les enfants et les personnes âgées sont les plus vulnérables à l’exposition aux particules fines, il n’en demeure pas moins que, pour l’ensemble de la population, cette situation augmente fortement les risques cardiovasculaires ainsi que les maladies pulmonaires.

Si les autorités ont réagi rapidement, des mesures plus durables deviennent indispensables face à certaines pratiques agricoles, sinon l’"airpocalypse" dans ces régions pourrait devenir un lieu commun.

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