Environnement

Sénégal : l'enjeu de l’autosuffisance alimentaire

Depuis son élection en 2012, le président sénégalais, Macky Sall, s’est engagé à développer la production alimentaire afin d’emmener le pays vers l’autosuffisance. Lundi, 20 novembre

De Juliette Heuzebroc

Un rapport, publié ce 11 novembre, révèle que le Sénégal connaît un rendement agricole inédit, très encourageant pour conduire le pays vers une autosuffisance alimentaire. L’ensemble des secteurs est à la hausse : + 20 % pour la production céréalière, + 7 % pour le riz, + 42 % pour l’industrie des arachides et + 37 % pour le mil, ou le millet. Ces chiffres sont déterminants pour un pays où la crise alimentaire menace une grande partie de la population. Macky Sall et son gouvernement se sont engagés à favoriser la production alimentaire sur le sol sénégalais, alors que le pays comptait parmi les plus grands importateurs de la région. La pratique n’est plus viable financièrement à long terme lorsque l’on sait que près de 46 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté.

La difficulté à cultiver sur le territoire est liée à la faible fertilité des sols, du fait de l’aridité et des aléas climatiques auxquels est soumis le Sénégal. Si cette année, une majorité du pays a bénéficié d’une pluviométrie très favorable pour la culture des terres, les régions sahéliennes du nord endurent toujours la sécheresse et peinent à produire. Au niveau national, la très forte démographie du pays est également un frein puisque la population est passée 3,02 millions d’habitants en 1960 à près de 15,5 millions aujourd’hui. Sur la période 2014/2016, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), estimait que 1,7 million de personnes étaient en sous-alimentation, soit environ 11 % de la population sénégalaise. En 2011, la FAO avait déjà établi qu’en moyenne les Sénégalais mangeaient deux fois moins que les Occidentaux.

L’autosuffisance alimentaire du Sénégal est donc un enjeu national, aussi bien financier que sanitaire. Le gouvernement a déjà mis un coup de pied dans la fourmilière. À ce jour, le marché de l’agriculture et de la pêche est source d’emplois pour plus de 50 % de la population active. D’autres opportunités sont encore à saisir pour l'exploitation des sols. Avec 2,5 millions d’hectares cultivés sur 3,5 millions d’hectares exploitables, des ressources sont encore disponibles pour permettre au pays de tendre vers l’autonomie.

Avec des chiffres très encourageants cette année, le gouvernement peut s’enorgueillir d’avoir dépassé les objectifs qu'il s'était fixés. Cependant, de grands progrès sont encore nécessaires pour se libérer de la dépendance aux pays exportateurs : un effort de sensibilisation de la population doit être fait pour une consommation locavore et surtout, pour que les agriculteurs puissent anticiper et palier les aléas climatiques. Par ailleurs, la dynamique de modernisation et de mécanisation des structures agricoles devra être intensifiée.