Environnement

Vers la fin des pailles en plastique ?

Dans les hôtels, les complexes hôteliers, en safari ou en croisière, la tendance est à la suppression des pailles en plastique. Jeudi, 17 mai

De Devorah Lev-Tov

Cet article a été écrit dans le cadre de notre campagne Planet or Plastic?, destinée à sensibiliser le public à la crise mondiale des déchets plastiques. Vous aussi, réduisez votre consommation d'objets en plastique jetables et engagez-vous à nos côtés.

 

En 2015, la vidéo d'une tortue olivâtre avec une paille en plastique coincée dans une narine avait bouleversé le monde. De nombreuses personnes ont alors vu différemment cet objet en plastique dont nous pouvons nous passer sans souci.

Comment un objet aussi petit, utilisé brièvement avant d'être jeté, peut causer autant de dégâts ? Très léger, cet objet n'a aucun mal à trouver son chemin jusqu'aux océans. Une fois dans l'eau, il ne se biodégrade pas, mais se désintègre en morceaux de plus en plus petits, appelés les microplastiques. Les animaux marins confondent très souvent ces morceaux de plastique avec de la nourriture.

De plus, ces pailles en plastique ne peuvent être recyclées. « La majorité d'entre elles sont trop légères pour être triées par les machines de recyclage. Elles se retrouvent alors dans les décharges et les cours d'eau, puis terminent leur course dans les océans », explique Dune Ives, directeur exécutif de Lonely Whale. L'organisation à but non lucratif a facilité le succès de la campagne marketing de Strawless in Seattle, en soutenant le mouvement Strawless Ocean.

Chaque jour aux États-Unis, des millions de pailles en plastique sont jetées. Au Royaume-Uni, c'est environ 4,4 milliards de pailles qui finissent à la poubelle chaque année. Les principaux responsables de ce fléau sont les hôtels, mais ils commencent à agir : en début d'année, le Hilton Waikoloa Village a été le premier hôtel de Hawaï à bannir les pailles en plastique. En 2017, le complexe hôtelier avait utilisé plus de 800 000 pailles.

Bien évidemment, les pailles ne représentent qu'une partie de la quantité monumentale de déchets dans les océans. « Ces 10 dernières années, nous avons produit plus de plastique qu'au cours du siècle dernier. 50 % du plastique que nous utilisons est à usage unique et jeté presque immédiatement », a expliqué Tessa Hempson, directrice des opérations pour Oceans Without Borders, une nouvelle fondation créée par l'entreprise &Beyond, spécialisée dans les safaris de luxe. « Chaque année, un million d'oiseaux marins et 100 000 mammifères marins meurent à cause du plastique dans les océans. Il a été observé que 44 % des oiseaux marins, 22 % des baleines et des dauphins, toutes les espèces de tortue de mer et une liste grandissante de poissons avaient du plastique dans l'estomac ou autour de leur corps.

Mais dans certaines villes, les pailles en plastique sont enfin devenues une espèce en voie de disparition. C'est notamment le cas aux États-Unis à Seattle dans l'État de Washington, à Miami Beach et Fort Myers Beach en Floride et à Malibu, Davis et San Luis Obispo en Californie, où les pailles sont interdites. Certains pays ont également décidé de limiter l'utilisation de plastique à usage unique, comme les pailles. Le Bélize, Taïwan et le Royaume-Uni figurent sur la liste des derniers pays à avoir proposé une interdiction de ces objets.

Toutefois, rien n'empêche une entreprise de devancer le gouvernement en interdisant l'utilisation des pailles avant que ce dernier ne l'impose. C'est ce qu'a décidé de faire le complexe hôtelier Soneva en 2008. L'hôtel Cayuga, quant à lui, a remplacé les pailles en plastique par des pailles en bambou en 2010.

En Amérique du nord et Amérique centrale, les hôtels Four Seasons et AccorHotels ont décidé d'interdire les pailles en plastique. Au Royaume-Uni, Marriott International a fait de même, tout comme les hôtels EDITION, le Doyle Collection,Six Senses, Taj Hotels Palaces Resorts Safaris, Experimental Group et Anantara. Les compagnies de croisières maritimes comme Carnival, Hurtigruten, Peregrine Adventures et Coral Expeditions ont réduit l'utilisation des pailles en plastique sur leurs bateaux ou les ont complètement interdites. &Beyond et Wilderness Safaris, deux entreprises spécialisées dans les safaris de luxe ont aussi décidé d'éliminer les pailles en plastique de leurs cabines.

Bien que les initiatives individuelles peuvent avoir une importante influence sur l'environnement et l'industrie, il n'y a rien de tel qu'un hôtel qui interdit les pailles en plastique, puisque cela veut dire que des millions de pailles ne seront pas utilisées. Pour l'année 2017, Ananatra et AVANI estiment que leurs hôtels en Asie ont utilisé 2,49 millions de pailles ; aux États-Unis et au Canada, AccorHotels en a jeté 4,2 millions.

« Les pailles en plastique sont l'un des principaux responsables de la pollution par le plastique. En proposant des alternatives à ces objets et en supprimant leur utilisation dans les cabines &Beyond, nous apportons notre contribution à l'élimination du plastique dans les océans », a déclaré Tessa Hempson.

Même s'il est préférable d'éviter les pailles, certaines personnes préfèrent ou ont besoin de les utiliser, notamment si elles sont en situation de handicap ou sont sensibles des dents ou des gencives. Pour ceux qui veulent boire avec une paille, optez pour celles qui sont réutilisables, en verre ou en métal. Final Straw, une entreprise qui dit avoir conçu la première paille réutilisable et pliable, mène actuellement une campagne de financement participatif sur Kickstarter.

Pour remplacer les pailles en plastique, les entreprises de l'hôtellerie considèrent plusieurs alternatives jetables et respectueuses de l'environnement. Les pailles en papier sont les plus populaires. De nombreux hôtels américains utilisent les pailles de la marque Aardvark, fabriquées aux États-Unis et certifiées par la FDA, qui mettent entre 30 et 60 jours à se décomposer. Il existe aussi des pailles fabriquées en acide polyactique, un bioplastique issu des plantes. Les pailles sont donc composées de fécule de maïs et non plus de pétrole et se biodégradent dans les bonnes conditions sans se décomposer dans l'eau.

L'option la plus créative reste tout de même les pâtes crues, actuellement utilisées au Paradise Cove Beach Café à Malibu et testées au Terranea Resort, à Rancho Palos Verdes, en Californie. Au Taj Exotica Resort & Spa à Andamans, ce sont des pailles et des touillettes en bambou qui sont utilisées.

D'autres établissements ont opté pour un retour aux sources, en remplaçant les pailles en plastique par leur ancêtre, de la paille, la vraie. À Londres, au Mandrake Hotel, vous pouvez donc déguster votre boisson à l'aide d'une tige de seigle. Ces pailles sont produites en Allemagne par l'entreprise Bio-Strohhalme.

« Prendre une paille ou en accepter une a de terribles conséquences sur nos vies et celles des générations futures, mais la plupart d'entre nous n'en a pas conscience », a souligné Davis Laris, cuisinier et directeur créatif en chef du groupe Cachet Hospitality. « L'hôtellerie est tenue de réduire la quantité de plastique jetée à cause de l'utilisation de ces pailles ».

 

Devorah Lev-Tov, qui vit à Brooklyn, écrit des articles de voyage et culinaire. Retrouvez-la sur Instagram.