Environnement

Seattle et Portland, villes les plus polluées au monde suite à plusieurs séries d’incendies

L’air de deux des villes les plus propres des États-Unis est aujourd’hui de moins bonne qualité que celui des villes les plus polluées d’Asie. Vendredi, 31 août

De Craig Welch

Dans le Nord-Ouest des États-Unis, la région est humide et le ciel gris. La mousse pousse sur les arbres, les gouttes d’eau tombent des lampadaires et semblent s’infiltrer presque partout. Fut un temps, les habitants qui subissaient une autre année d’épais brouillard et de nuages gris étaient ensuite récompensés par un été indien, lumineux, luxuriant et son ciel bleu.

« La plupart des gens que je connais essaye de ne pas quitter Seattle en août », indique Karin Bumbaco, climatologue d’État adjointe pour l’État de Washington.

Mais pendant une bonne partie des deux dernières semaines, l’air de trois des villes les plus propres et les plus humides de l’Amérique du Nord était plus pollué que celui de Bombay, de Jakarta et de toutes les grandes villes industrielles de Chine. Pendant un bref moment, dans la soirée du 22 août, Vancouver est devenue la ville la plus polluée au monde en terme de particules fines, devant Seattle et Portland. Ces dernières, une fois inhalées, peuvent se loger dans les poumons et rendre la respiration difficile même si chez les adultes en bonne santé.

Les centaines d’incendies de forêt qui brûlent dans presque toutes les directions depuis des semaines ont transformé le ciel du Nord-Ouest des États-Unis en une fine couverture brumeuse de couleur orange, qui piège les habitants dans leur maison, met en danger les travailleurs agricoles et même certains animaux. Dans une région réputée pour la qualité de son air, cela fait la troisième fois en quatre ans que le niveau de pollution atteint des seuils dangereux en août.

Avec le changement climatique, les forêts de l’Ouest américain se dessèchent, ce qui favorise l’apparition d’incendies plus importants et qui durent plus longtemps. Ces derniers engendrent de la fumée, une menace souvent oubliée et pourtant de plus en plus importante. Un peu plus tôt cette année, l’Agence américaine de protection de l’environnement a révélé que la fumée issue des incendies de forêt constituait désormais 40 % de la pollution aux particules fines aux États-Unis.

« Au cours des prochaines décennies, nous pensons que le nombre de feux de forêts pourrait se multiplier par deux dans l’ouest du pays », explique Andrew Wineke, porte-parole du Département de l’écologie pour l’État de Washington. « Que va devenir toute cette fumée ? »

Cette année, c’est dans le Nord-Ouest Pacifique que cette fumée fut la plus visible.

LES HABITANTS APPELÉS À RESTER CHEZ EUX

Au cours du mois d’août et pendant plusieurs jours, les autorités locales et fédérales de Seattle et de Portland ont mis en garde les habitants contre la dangerosité de l’épais brouillard qui recouvrait les villes pour les adultes et les enfants. L’indice PM 2.5 de la qualité de l’air, qui prend en compte les petites particules de pollution capables de pénétrer le système sanguin, a souvent dépassé les 150. Passer quelques heures en extérieur par un tel niveau de pollution peut provoquer des irritations des yeux et des quintes de toux. Dans les zones rurales des États, l’indice a même souvent passé la barre des 400.

La NASA a indiqué que la fumée était si épaisse qu’elle était visible sur les images prises depuis l’espace. Une légère hausse du nombre de patients souffrant de problèmes respiratoires a été constatée dans les hôpitaux, les piscines ont été fermées, les entrainements de football annulés et il a été conseillé aux cueilleurs de pomme qui travaillent sur le flanc Est de la chaîne des Cascades de porter des masques, lorsqu’ils pouvaient travailler. L’aéroport international de Seattle-Tacoma a détourné des avions vers d’autres aéroports en raison de la faible visibilité.

Si l’on en croit un article publié dans The Seattle Times, une loutre de mer de l’aquarium de Seattle souffrant d’asthme a même été soignée avec un inhalateur.

« La situation est mauvaise, elle est même grave », confie Kathie Dello, directrice adjointe du Service pour le climat de l’Oregon de l’Université d’État de l’Oregon. « Vous vous levez le matin sous un ciel marron et un soleil rouge, et c’est ainsi jour après jour. »

Les autorités ont conseillé aux habitants de ne pas sortir et de ne pas ouvrir les fenêtres, mais ceux qui disposent de la climatisation sont peu nombreux, dans une région où les températures dépassent rarement les 26 °C. La semaine dernière, Portland a battu son record du plus grand nombre de jours successifs où la température a dépassé les 32 °C, avec un total de 30 journées. Seattle a battu son record de la température la plus élevée de deux degrés mercredi dernier, avec 31 °C.

« Il y a une lourdeur presque oppressante dans l’air », confie Karin Bumbaco.

CERNÉS PAR LE FEU

Cet été fut plutôt inhabituel. Les incendies sont si nombreux et se sont déclenchés dans tant d’endroits différents que Portland et Seattle sont cernés par d’énormes panaches de fumée en provenance de Colombie-Britannique au nord, de la chaîne des Cascades à l’est et du sud par la Californie et le Sud de l’Oregon. Un incendie s’est également déclaré dans la forêt nationale Olympique, d’ordinaire humide, située entre Seattle et l’océan Pacifique. Peu importe la direction du vent, la fumée trouve toujours son chemin vers les deux villes.

Karin Bumbaco précise qu’en 2017, Seattle a été enveloppée d’un épais manteau de fumée pendant 11 jours consécutifs. En 2015, la fumée avait aussi envahi la ville et les spécialistes mettent en garde depuis des années contre les feux de forêt, source de ce phénomène, qui risquent certainement de s’aggraver.

« Avec le changement climatique, nous nous attendons à ce qu’un nombre plus important d’hectares soient brûlés », a indiqué Crystal Raymond, spécialiste des feux de forêts du Climate Impacts Group (groupe d’étude sur les impacts du changement climatique) de l’Université de Washington. « Avec la hausse des températures et l’extension des périodes sans neige au sol, la végétation, morte ou vivante, a plus de temps pour sécher. Une superficie plus importante du paysage est donc plus sujette aux incendies sur une période plus longue. L’élément déclencheur de l’incendie, qu’il s’agisse de la foudre ou d’un humain qui jette un mégot de cigarette, est toujours nécessaire, mais les conditions sont réunies pour que les incendies soient plus susceptibles de s’étendre une fois déclenchés. »

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