Non, vagues de froid et changement climatique ne sont pas incompatibles
Le temps et le climat sont deux choses distinctes, ce qui signifie que des hivers plus rudes peuvent se produire dans un monde en plein réchauffement.

Un piéton se promène dans la rue du centre-ville de Scranton, en Pennsylvanie, en 2019, après une violente tempête de neige qui a eu pour corollaires les températures les plus froides de la saison et a recouvert de neige une grande partie du pays. Les voyages en avion en ont été perturbés.
Un piéton se promène dans la rue du centre-ville de Scranton, en Pennsylvanie, en 2019, après une violente tempête de neige qui a eu pour corollaires les températures les plus froides de la saison et a recouvert de neige une grande partie du pays. Les voyages en avion en ont été perturbés.
Une vague de froid record frappe plusieurs pays de l'hémisphère Nord depuis la semaine dernière.
À une époque où le changement climatique est le sujet de nombreuses discussions, dans un contexte où les vagues de chaleur, les sécheresses et les incendies de forêt se multiplient, les vagues de froid peuvent paraître incongrues. Ceux pour qui le changement climatique n'est pas une réalité y voient l'occasion de saper le consensus scientifique.
Comment expliquez-vous un hiver - et même un automne - froid dans un monde que les scientifiques disent en plein réchauffement ?
Premièrement, il est important de comprendre la différence entre le climat et la météo. Le climat est défini comme les conditions météorologiques moyennes dans une région sur une longue période. C'est la différence entre les zones tempérées et méditerranéennes de l'Europe et les conditions de froid rigoureux de la toundra arctique. Chacune de ces régions climatiques connaît des fluctuations quotidiennes de la température, des précipitations, de la pression atmosphérique, etc., des variations quotidiennes connues sous le nom de « temps ».
COMMENT LE RÉCHAUFFEMENT PEUT INDUIRE UN REFROIDISSEMENT
Lorsque le terme de réchauffement de la planète a été popularisé, il faisait référence au phénomène des gaz à effet de serre piégeant la chaleur dans l'atmosphère et réchauffant la température moyenne de la planète. Les températures record enregistrées dans de nombreux endroits ont été l’un des effets de ce changement qui a débuté il y a plusieurs décennies, mais les scientifiques comprennent maintenant qu’une atmosphère modifiée par l’augmentation des niveaux de gaz comme le carbone et le méthane entraîne davantage de changements climatiques que le simple réchauffement.
Les scientifiques estiment désormais que la Terre connaîtra des conditions climatiques de plus en plus extrêmes à mesure que le changement climatique se prolongera.
Alors que de plus en plus d’air arctique pénètre dans les régions méridionales, l’Amérique du Nord par exemple pourra s’attendre à des hivers plus rigoureux. Telle était la conclusion d'une étude publiée en 2017 dans la revue Nature Geoscience. Un lien entre les températures plus chaudes de l'Arctique et les hivers plus froids en Amérique du Nord y était établi. Une étude distincte publiée en mars dernier dans la revue Nature Communications a établi le même lien, mais prédit que la partie nord-est des États-Unis serait particulièrement touchée.
UN FUTUR FAIT D'EXTRÊMES
Des températures record et des blizzards ne sont pas les seules conditions climatiques extrêmes auxquelles l'on pourra s'attendre.
Les vents de haute altitude et d'est-ouest connus sous le nom de jet stream (ou courant-jet en français) dépendent de la différence entre l'air froid de l'Arctique et l'air tropical chaud pour déterminer leur direction. À mesure que l'air dans l'Arctique se réchauffe, ces courants-jets ralentissent et empêchent les conditions météorologiques normales de circuler - les inondations durent plus longtemps et les sécheresses deviennent plus persistantes. Selon une étude publiée dans Science Advances en octobre 2019, les phénomènes météorologiques extrêmes pourraient augmenter de 50 % d’ici à 2100.
Mais nous n'avons pas besoin d'attendre 2100 pour voir comment le changement climatique induits des conditions météorologiques parfois meurtrières.
Les scientifiques ont déjà établi que les changements climatiques contribuaient aux incendies de forêt mortels et aux puissants ouragans qui ont ravagé la Californie en début d'année.

Korotki se dirige vers un phare mis hors service il y a plus de 10 ans. Lorsqu'il n'avait plus de bois pour le feu, il arrachait les panneaux du phare pour chauffer la station météo dans laquelle il vivait et travaillait. Depuis, cette station a été remplacée par une infrastructure plus récente.
Korotki se dirige vers un phare mis hors service il y a plus de 10 ans. Lorsqu'il n'avait plus de bois pour le feu, il arrachait les panneaux du phare pour chauffer la station météo dans laquelle il vivait et travaillait. Depuis, cette station a été remplacée par une infrastructure plus récente.

Par une journée paisible et sans vent, Vyacheslav Korotki dérive seul sur la mer de Barents à bord du bateau qu'il a lui-même construit, non loin de la station météorologique de Khodovarikha. Il a passé la majeure partie de sa vie dans les stations reculées de l'Arctique et aime particulièrement cette région dans laquelle il vit depuis près de 20 ans.
Par une journée paisible et sans vent, Vyacheslav Korotki dérive seul sur la mer de Barents à bord du bateau qu'il a lui-même construit, non loin de la station météorologique de Khodovarikha. Il a passé la majeure partie de sa vie dans les stations reculées de l'Arctique et aime particulièrement cette région dans laquelle il vit depuis près de 20 ans.

Cette radio de l'ancienne station météo permettait de transmettre des données comme la température et les précipitations à la station de la ville la plus proche, Arkhangelsk, à 800 km de là. Korotki continue de transmettre ces données toutes les trois heures, nuit et jour.
Cette radio de l'ancienne station météo permettait de transmettre des données comme la température et les précipitations à la station de la ville la plus proche, Arkhangelsk, à 800 km de là. Korotki continue de transmettre ces données toutes les trois heures, nuit et jour.

Kesha, le perroquet, est un cadeau de la photographe Evgenia Arbugaeva pour la nouvelle année. Il tient compagnie à Korotki pendant un repas à l'ancienne station météo. Il doit son nom à l'oiseau d'un dessin animé populaire de l'époque soviétique.
Kesha, le perroquet, est un cadeau de la photographe Evgenia Arbugaeva pour la nouvelle année. Il tient compagnie à Korotki pendant un repas à l'ancienne station météo. Il doit son nom à l'oiseau d'un dessin animé populaire de l'époque soviétique.

Cette maquette de phare en allumettes construite par Korotki semble projeter l'ombre du paysage arctique sur le mur de la station météo. Le phare miniature est posé sur un ouvrage de référence de l'ère soviétique intitulé Dynamique de la banquise.
Cette maquette de phare en allumettes construite par Korotki semble projeter l'ombre du paysage arctique sur le mur de la station météo. Le phare miniature est posé sur un ouvrage de référence de l'ère soviétique intitulé Dynamique de la banquise.

« Je leur ai apporté des fruits et du chocolat, » raconte Arbugaeva. « Ces petites attentions sont précieuses en Arctique, elles donnent le sourire à la météorologue et gardienne de phare Evgenia Kostikova. Elle a enveloppé les pommes une par une dans du papier, comme si elles étaient faites de cristal, pour les empêcher de geler. »
« Je leur ai apporté des fruits et du chocolat, » raconte Arbugaeva. « Ces petites attentions sont précieuses en Arctique, elles donnent le sourire à la météorologue et gardienne de phare Evgenia Kostikova. Elle a enveloppé les pommes une par une dans du papier, comme si elles étaient faites de cristal, pour les empêcher de geler. »

« Le bout du monde, » c'est ce qu'a peint en blanc Ivan Sivkov sur cette cabane de stockage. Elle se situe à proximité du port où un brise-glace fait escale chaque été pour approvisionner le phare et la station météorologique de Kanin Nos.
« Le bout du monde, » c'est ce qu'a peint en blanc Ivan Sivkov sur cette cabane de stockage. Elle se situe à proximité du port où un brise-glace fait escale chaque été pour approvisionner le phare et la station météorologique de Kanin Nos.

Rejoints par leur chien, Dragon, Kostikova et Sivkov prélèvent des échantillons pour mesurer la salinité de l'eau de mer qui entoure l'étroite péninsule de Kanin, où la mer Blanche rencontre celle de Barents.
Rejoints par leur chien, Dragon, Kostikova et Sivkov prélèvent des échantillons pour mesurer la salinité de l'eau de mer qui entoure l'étroite péninsule de Kanin, où la mer Blanche rencontre celle de Barents.

Kostikova se réchauffe près d'un petit radiateur en lisant un livre. Enfant, un ami de sa famille lui parlait de la vie en Arctique. À 19 ans, elle a décroché son premier travail dans une station polaire. Elle dit avoir immédiatement su qu'elle était faite pour l'Arctique.
Kostikova se réchauffe près d'un petit radiateur en lisant un livre. Enfant, un ami de sa famille lui parlait de la vie en Arctique. À 19 ans, elle a décroché son premier travail dans une station polaire. Elle dit avoir immédiatement su qu'elle était faite pour l'Arctique.

Kostikova et Sivkov font route vers le phare qui semble flotter au beau milieu du blizzard. C'est l'un des derniers phares de l'Arctique. De nouvelles routes maritimes voient le jour et les navires sont aujourd'hui pour la plupart équipés de systèmes de navigation modernes.
Kostikova et Sivkov font route vers le phare qui semble flotter au beau milieu du blizzard. C'est l'un des derniers phares de l'Arctique. De nouvelles routes maritimes voient le jour et les navires sont aujourd'hui pour la plupart équipés de systèmes de navigation modernes.

« Quand les morses nous ont encerclés, la hutte tremblait, » raconte Arbugaeva. « Leurs grognements étaient vraiment puissants ; c'était difficile de dormir la nuit. La température intérieure a aussi fortement augmenté à cause de la chaleur dégagée par les morses de cette immense colonie du Pacifique. S'ils étaient si nombreux à s'être hissés à terre (environ 100 000), c'est parce que le réchauffement climatique a grignoté la banquise sur laquelle ils se reposent habituellement.
« Quand les morses nous ont encerclés, la hutte tremblait, » raconte Arbugaeva. « Leurs grognements étaient vraiment puissants ; c'était difficile de dormir la nuit. La température intérieure a aussi fortement augmenté à cause de la chaleur dégagée par les morses de cette immense colonie du Pacifique. S'ils étaient si nombreux à s'être hissés à terre (environ 100 000), c'est parce que le réchauffement climatique a grignoté la banquise sur laquelle ils se reposent habituellement.

Soulevée par le vent, la neige enveloppe les édifices abandonnés et jette un regard froid sur les avenues désertes de Dikson. Elle qui incarnait autrefois la conquête soviétique de l'Arctique, la ville portuaire a progressivement été laissée pour compte après l'implosion de l'URSS en 1991.
Soulevée par le vent, la neige enveloppe les édifices abandonnés et jette un regard froid sur les avenues désertes de Dikson. Elle qui incarnait autrefois la conquête soviétique de l'Arctique, la ville portuaire a progressivement été laissée pour compte après l'implosion de l'URSS en 1991.

Nikolai Rovtin se laisse aller à ses pensées après avoir parlé de sa femme, disparue un an plus tôt. Il vit désormais dans une station météo abandonnée. Avant que les Soviétiques ne tentent de conquérir l'Arctique, il vivait dans une yaranga, une habitation traditionnelle tchouktche construite en bois et peaux de rennes.
Nikolai Rovtin se laisse aller à ses pensées après avoir parlé de sa femme, disparue un an plus tôt. Il vit désormais dans une station météo abandonnée. Avant que les Soviétiques ne tentent de conquérir l'Arctique, il vivait dans une yaranga, une habitation traditionnelle tchouktche construite en bois et peaux de rennes.

Le crâne d'un morse trône sur la table d'une cabane de chasseur. La viande de morse est un moyen de subsistance essentiel pour les Tchouktches qui, d'après un chasseur du village, ont droit à un quota annuel de baleines et de morses. Les chasseurs utilisent des harpons traditionnels mais aussi des fusils modernes.
Le crâne d'un morse trône sur la table d'une cabane de chasseur. La viande de morse est un moyen de subsistance essentiel pour les Tchouktches qui, d'après un chasseur du village, ont droit à un quota annuel de baleines et de morses. Les chasseurs utilisent des harpons traditionnels mais aussi des fusils modernes.

La nuit tombe sur les chasseurs tchouktches qui regagnent leur village après avoir harponné cette baleine grise pour sa viande. Sur le retour, la tradition veut que les chasseurs restent silencieux et ne parlent qu'en pensée, uniquement à la baleine, à laquelle ils demandent pardon et expliquent pourquoi la chasse était nécessaire.
La nuit tombe sur les chasseurs tchouktches qui regagnent leur village après avoir harponné cette baleine grise pour sa viande. Sur le retour, la tradition veut que les chasseurs restent silencieux et ne parlent qu'en pensée, uniquement à la baleine, à laquelle ils demandent pardon et expliquent pourquoi la chasse était nécessaire.

Vika Taenom porte une tenue traditionnelle tchouktche, appelée kamleika, pendant une répétition de danse au centre culturel d'Enourmino. Ces danses imitent pour la plupart le mouvement des animaux ; celle-ci doit lui permettre d'invoquer des oiseaux comme les oies, les canards et les mouettes.
Vika Taenom porte une tenue traditionnelle tchouktche, appelée kamleika, pendant une répétition de danse au centre culturel d'Enourmino. Ces danses imitent pour la plupart le mouvement des animaux ; celle-ci doit lui permettre d'invoquer des oiseaux comme les oies, les canards et les mouettes.

« En entrant dans la pièce silencieuse, j'imaginais les étoiles briller en harmonie avec la musique, » se souvient Arbugaeva. « Puis j'ai entendu le claquement des portes malmenées par le vent dans le couloir et de mystérieux grincements. Avec mon imagination confuse j'ai pensé avoir entendu des bruits de pas… et je suis partie en courant. »
« En entrant dans la pièce silencieuse, j'imaginais les étoiles briller en harmonie avec la musique, » se souvient Arbugaeva. « Puis j'ai entendu le claquement des portes malmenées par le vent dans le couloir et de mystérieux grincements. Avec mon imagination confuse j'ai pensé avoir entendu des bruits de pas… et je suis partie en courant. »

L'aurore boréale illumine un monument érigé sur une place abandonnée de Dikson. La statue rend hommage aux soldats tombés pour défendre cet avant-poste autrefois prospère contre l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.
L'aurore boréale illumine un monument érigé sur une place abandonnée de Dikson. La statue rend hommage aux soldats tombés pour défendre cet avant-poste autrefois prospère contre l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les derniers enfants à avoir fréquenté cette école sont aujourd'hui adultes, mais leurs cahiers sont toujours ouverts, comme figés dans le temps. Arbugaeva a dû attendre deux semaines dans le noir avant qu'une aurore boréale ne lui apporte suffisamment de lumière pour réaliser ses clichés.
Les derniers enfants à avoir fréquenté cette école sont aujourd'hui adultes, mais leurs cahiers sont toujours ouverts, comme figés dans le temps. Arbugaeva a dû attendre deux semaines dans le noir avant qu'une aurore boréale ne lui apporte suffisamment de lumière pour réaliser ses clichés.

Une poupée appuyée sur le mur gelé d'un rebord de fenêtre dans une école abandonnée de Dikson. À son apogée dans les années 1980, la ville était l'incarnation même de la conquête de l'Arctique et abritait environ 5 000 personnes.
Une poupée appuyée sur le mur gelé d'un rebord de fenêtre dans une école abandonnée de Dikson. À son apogée dans les années 1980, la ville était l'incarnation même de la conquête de l'Arctique et abritait environ 5 000 personnes.

Ce centre culturel qui accueillait autrefois spectacles et festivités n'a pas vu âme qui vive depuis fort longtemps. On retrouve ce style architectural dans d'autres avant-postes de l'Arctique établis au fil de la conquête afin de construire des infrasctructures le long de la route maritime du Nord.
Ce centre culturel qui accueillait autrefois spectacles et festivités n'a pas vu âme qui vive depuis fort longtemps. On retrouve ce style architectural dans d'autres avant-postes de l'Arctique établis au fil de la conquête afin de construire des infrasctructures le long de la route maritime du Nord.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise en 2019. Il a été mis à jour.
