Dans le monde entier, la jeunesse fait grève pour le climat

Dans plus de 200 pays, les jeunes appellent leurs aînés à prendre des mesures pour arrêter de détruire la planète.mardi 24 septembre 2019

Écoutez, adultes du monde entier : vous nous avez laissé tomber.

Voilà le message porté vendredi dernier dans les rues de Sydney, Varsovie, Paris et bien d'autres villes par des millions de jeunes citoyens alors qu'ils s'absentaient de l'école pour prendre part à des grèves en demandant une action immédiate des dirigeants face au changement climatique.

À Paris, près de 10 000 jeunes ont séché les cours pour participer à la grève pour le climat, selon le cabinet indépendant Occurrence mandaté par plusieurs médias français. Ils ont marché en début d'après-midi entre la place de la Nation et le parc de Bercy.

Cette grève internationale est la troisième cette année et selon Fridays for Future qui les organise, plus de 3 000 manifestations ont eu lieu à travers le monde. À New York, 1,1 million d'étudiants ont été excusés et la grève s'est déroulée juste avant une série de réunions autour du climat au siège de l'Organisation des nations unies : le tout premier Sommet de la jeunesse pour le climat le samedi et le Sommet sur le climat de l'Assemblée générale qui s'est tenu hier.

 

UNE GRÈVE POUR LE CHANGEMENT

La manifestation de New York était menée par Greta Thunberg, la jeune Suédoise de 16 ans devenue le visage du mouvement de la jeunesse en rapide expansion qui s'est propagé dans plus de 200 nations. Son message aux dirigeants du monde entier est simple et sans artifices : Écoutez la science.

« Nous faisons bloc derrière la science et rien ne nous arrêtera dans notre lutte pour empêcher cette crise de s'aggraver, » a déclaré Thunberg sur une scène dans Battery Park, à la pointe sud de Manhattan, alors que la foule scandait son nom.

Elle a non seulement condamné les dirigeants politiques pour leurs « promesses vides, leurs mensonges et leur inaction, » mais elle a également réprimandé les adultes qui prenaient des selfies avec elle et ses compagnons activistes qui lui disaient « à quel point ils admiraient ce qu'elle faisait. »

Ce n'est pas pour cette raison que tout ce monde est descendu dans la rue, a-t-elle ajouté. « Nous faisons cela pour réveiller les leaders. Nous méritons un avenir sûr. Est-ce trop demander ? »

Thunberg a adressé un message similaire au Congrès des États-Unis lors de sa déclaration la semaine dernière. Au lieu de préparer des remarques, elle a présenté le rapport publié en octobre dernier par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU en rappelant que la hausse des températures s'accélérait dangereusement. Afin de ne pas dépasser les 1,5 °C de réchauffement climatique, les scientifiques ont recommandé une diminution de 45 % des gaz à effets de serre d'ici 2030 et de 100 % d'ici 2050. Au-delà de cette limite, les conséquences seraient dramatiques : pénuries alimentaires catastrophiques, disparition des récifs coralliens, aggravation des inondations, des feux de forêt et des événements météorologiques extrêmes.

Parallèlement à sa déclaration devant le Congrès, Thunberg a rencontré Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des Représentants, ainsi que l'ex-président Barack Obama et a participé à une manifestation devant la Cour suprême en compagnie de 21 jeunes plaignants qui ont attaqué le gouvernement afin de le contraindre par une décision de justice à prendre des mesures sur le changement climatique. Elle a également rejoint une grève aux portes de la Maison-Blanche au cours de laquelle les participants se sont allongés par terre en silence pendant 11 minutes en référence aux 11 années qui nous séparent de l'échéance de 2030.

Thunberg est arrivée à New York le mois dernier après deux semaines de voyage à la voile à travers l'Atlantique. Elle a refusé de prendre l'avion en raison de l'empreinte carbone de ce moyen de transport.

L'adolescente sans peur semble pourtant être la dernière personne que l'on imaginerait à la tête d'un mouvement international. Lors de son premier vendredi de grève devant le Parlement suédois en août 2018, c'est toute seule qu'elle s'était d'abord assise. Une poignée d'autres étudiants l'ont ensuite rejointe, puis d'autres encore. Elle a pris la parole lors d'une réunion de l'ONU en Pologne, où elle s'est rendue en train, en décembre dernier et au printemps, un mouvement mondial était né.

« Le poids de la crise climatique repose sur nos épaules à cause de l'inaction de nos dirigeants, » déclare Alexandria Villasenor qui, à 14 ans, est la fondatrice d'Earth Uprising, l'un des nombreux groupes d'activistes à avoir vu le jour. 

L'adolescente vit à une heure de route de Paradise, en Californie, une ville que les flammes ont intégralement consumée à l'automne dernier pendant l'une des saisons des feux les plus dévastatrices que la Californie n’ait jamais connue. Lorsqu'elle se souvient du feu et des fumées toxiques qui ont entouré sa ville natale, la jeune fille affirme que sa plus grande peur est que lorsqu'elle aura 18 ans et pourra voter, « il sera trop tard pour résoudre la crise climatique. »

UNE AFFAIRE PERSONNELLE

Le mouvement a été comparé à d'autres mouvements sociaux plus anciens, notamment ceux pour le vote des femmes, l'abolition de la ségrégation raciale, les droits des homosexuels et les manifestations contre la guerre du Vietnam, pour ne citer qu'eux. De là à savoir si ce mouvement réussira à convaincre les dirigeants du monde entier à progresser plus rapidement dans la redéfinition du système énergétique de la planète, il y a encore du chemin. Certains activistes adolescents s'inquiètent de la capacité du mouvement à se maintenir en allant plus loin que les journées d'école buissonnière.

Il n'est pas rare que des adolescents pourtant très engagés au départ finissent par abandonner en invoquant la dépression, l'anxiété et d'autres peurs que les leaders de ce monde n'agissent pas suffisamment tôt pour empêcher que leurs vies, et celles de leurs enfants, soient irrémédiablement altérées par le changement climatique.

Kathleen Rogers préside l'organisation Earth Day Network qui se présente comme « le plus grand recruteur au monde pour le mouvement environnemental ». Elle est convaincue que le mouvement des jeunes activistes finira par triompher. L'une des caractéristiques des mouvements sociaux qui arrivent à leurs fins, dit-elle, c'est le fait que ces fins soient personnelles pour ceux qui y participent.

« Le Vietnam, c'était une affaire personnelle car les jeunes se faisaient enrôler dans l'armée, » explique-t-elle. « Le mouvement climatique est personnel pour ces enfants également. Ils sont tout à fait au courant de ce qui se passe dans le monde. C'est dans les informations. Ce mouvement n'a jamais cessé de grandir. »

Une manifestation s'est également tenue à Washington en vue des événements de cette semaine et lorsqu'il a été demandé aux activistes comment les adultes pouvaient aider, les réponses semblaient évidentes pour de nombreux jeunes dans la salle.

Coordinatrice pour l'organisation Fridays for Future USA, Kallan Benson a suggéré de demander aux jeunes activistes la contribution qu'ils pourraient apporter.

« Notre mouvement est emmené par la jeunesse, » a-t-elle répondu. « Il faut que vous nous aidiez. »

« Vous êtes tous en âge de voter, » déclarait Jerome Foster, étudiant explorateur National Geographic qui aide pendant les campagnes d'inscription électorale.

Directrice jeunesse de l'organisation Earth Guardians, Xiuhtezcatl Martinez fait également partie des 21 plaignants de l'action en justice engagée contre le gouvernement américain. Lors de sa prise de parole, elle a su résumer le sentiment des activistes avec le ton qui commence à caractériser les interventions des leaders du mouvement.

« Vous êtes toujours là, » a-t-elle lancé. « Vous n'êtes pas encore tirés d'affaire. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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