La France a annoncé la fin des projets pétroliers en mer

Le gouvernement a annoncé en début d’année que le projet de recherche d’hydrocarbures aux larges des îles Éparses avait pris fin, clôturant ainsi tout projet de recherche de pétrole et de gaz en mers de France.

Wednesday, April 22, 2020,
De Mehdi Benmakhlouf
Juan de Nova vue du ciel.

Juan de Nova vue du ciel.

Photographie de Alexandre TROUVILLIEZ, avec l'aimable autorisation de la Communication TAAF

« Il n'y aura donc plus en France de forage d’hydrocarbures en mer », ont annoncé Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances dans un communiqué officiel commun le 20 février dernier. Cette décision fait suite au refus de prolongement de permis exclusif de recherches en mer pour le projet « Juan de Nova Maritime Profond ». Ce programme, créé en décembre 2008, permettait la recherche de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux au large des côtes des l’îles Éparses par deux sociétés nigérienne et américaine, Marex Petroleum Corporation et Roc Oil Compagny Ltd.

Les Éparses sont constituées de cinq îles : Europa, Bassas da India, Juan de Nova, les Glorieuses et Tromelin, situées principalement dans le canal du Mozambique et éparpillés autour de Madagascar. Ces 43 km² de terre émergées appartiennent aux Terres australes et antarctiques françaises et sont donc considérées comme Pays et Territoire d’Outre-Mer depuis 2007. L’ensemble de ces eaux, sous juridiction française, représente un total de 640 400 km², soit 6 % du territoire maritime français. Elles abritent exclusivement des archéologues, météorologues, scientifiques et militaires qui s'y relaient tous les quarante-cinq jours.

 

UNE BIODIVERSITÉ UNIQUE AU MONDE

Leur isolement géographique et l’absence d’activité humaine ont au cours du temps protégé la biodiversité de ces îles coralliennes, préservant ainsi leurs écosystèmes uniques. Ces îles possèdent une diversité biologique marine exceptionnelle. Les récifs coralliens y sont quasiment intacts, ce qui fait de ces espaces des stations de référence au niveau mondial. L’état de conservation exceptionnel de ces îles offrent à la communauté scientifique un laboratoire à ciel ouvert. Dix-huit programmes scientifiques ont été menés entre 2011 et 2013.

Europa et Juan de Nova, îles situées à l’Ouest de Madagascar, abritent la plus grande colonie de ternes fuligineuses (Onychoprion fuscatus) de l’océan Indien. L’île de Tromelin, la plus éloignée de Madagascar, est un lieu de ponte très apprécié par les tortues marines, notamment les tortues vertes (Chelonia mydas) et les tortues imbriquées (Eretmochelys imbricataqui viennent par centaines pondre sur ses plages chaque année. De plus, le canal du Mozambique accueille chaque année de nombreuses espèces de mammifères marins : les dauphins et les baleines à bosse y viennent l’hiver pour mettre bas. La flore n’est pas en reste sur ces îles : la plupart possèdent une biodiversité végétale riche, typique de ce climat chaud et humide.

Paysage d'Europa.

Photographie de Alexandre TROUVILLIEZ, avec l'aimable autorisation de la Communication TAAF

Courtisées depuis de nombreuses années par Madagascar, les îles Éparses font depuis longtemps l’objet de tensions territoriales. « Ce que nous lançons aujourd’hui est un travail conjoint […] afin de bâtir une solution commune » assurait Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse tenue à l’Elysée le 29 mai 2019 en présence du président malgache Andry Rajoelina, durant laquelle des engagements agricoles et environnementaux communs ont entre autres été annoncés.

 

DES FORAGES TOUJOURS PRÉSENTS SUR LE SOL FRANÇAIS

À partir des années 1990, grâce à l’amélioration des techniques et à de meilleures connaissances géologiques, les sociétés pétrolières ont commencé à mener leurs recherches en mers placées sous juridiction française, en particulier en outre-mer. Des permis de recherches ont été attribués au large de Saint-Pierre et Miquelon, la Guyane Française, le bassin de la Nouvelle Calédonie, les Antilles, la Martinique et le Canal du Mozambique, où se situent les îles Éparses.

Les forages offshores implantés dans un écosystème comme celui des îles Éparses peuvent avoir des effets dramatiques sur les populations d'espèces endémiques. Le transport du matériel, la prospection d’hydrocarbures, la construction d’une plateforme, le forage, le transport du pétrole, sont autant de sources de pollution. La pollution sonore produite par les bateaux perturbe à elle seule fortement les cétacés.

La décision visant à arrêter l’exploitation d’hydrocarbures au large des îles Éparses entre dans le cadre de la mise en application de la loi du 30 décembre 2017, mettant « fin à la recherche ainsi qu'à l'exploitation des hydrocarbures ». Mais ce texte, n’étant pas rétroactif, ne s’applique pas aux projets d’ores et déjà déposés ou à l’étude.

Actuellement, la France compte 77 puits d'exploitation d'hydrocarbures liquides ou gazeux, principalement situés dans le Bassin parisien, le Bassin d'Aquitaine et le fossé rhénan pour une production qui représente 1% de sa consommation. Contacté, le ministère de la Transition écologique et solidaire n’a pas souhaité répondre à nos demandes de commentaires.

« Seuls des travaux de recherches sismiques 2D et 3D et des carottages ont été réalisés et encadrés par des prescriptions fixées par arrêtés », précise David de Sousa, chef de cabinet Terre Australe et Arctique Française. Il indique qu’au large des îles Éparses, « aucune demande de travaux n'a été formalisée et aucun forage n'a été réalisé sur la zone. »

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