Importations de bœuf et de soja, ennemies de la forêt brésilienne

Selon une récente étude, jusqu'à 22 % du soja et 60 % du bœuf importés du Brésil vers l'Union européenne seraient issus de la déforestation illégale.

Thursday, August 27, 2020,
De Mehdi Benmakhlouf
Sur cette photo satellite prise par la NASA, on distingue clairement la fumée engendrée par l'incendie ...

Sur cette photo satellite prise par la NASA, on distingue clairement la fumée engendrée par l'incendie qui ravage la forêt amazonienne.

Photographie de NASA EARTH OBSERVATORY, LAUREN DAUPHIN, À L’AIDE DES DONNÉES MODIS DE NASA EOSDIS/LANCE AND GIBS/WORLDVIEW ET DONNÉES VIIRS DE NASA EOSDIS/LANCE AND GIBS/WORLDVIEW, ET DU SATELLITE SUOMI NATIONAL POLAR-ORBITING PARTNERSHIP.

« En achetant du soja et du bœuf issus de la déforestation illégale, l'Union Européenne ferme les yeux sur la déforestation au Brésil » déplore Britaldo Soares Filho, professeur au département de cartographie de l’Université fédérale du Minas Gerais au Brésil.

Les résultats publiés dans une étude intitulée « Les pommes pourries de l’agro-business brésilien », menée par des scientifiques brésiliens, allemands et américains, à l’aide d’un puissant logiciel, ont permis d’analyser 815 000 propriétés rurales et d’identifier les zones de déforestation illégale en Amazonie et au Cerrado, une grande savane dans le centre du pays.

Les cartes longuement analysées sont des cartes publiques. Les chercheurs ont pris le temps de les scruter, les comparer et sur une longue période, pour arriver à leurs conclusions.  « Les cartes de déforestation que nous avons traitées proviennent de l'INPE, notre agence spatiale nationale, mais également de Mapbiomas et de l'IBGE, notre institut national de statistiques, mais au final nous avons créé notre propre base de données » explique le professeur Britaldo Soares Filho.

Les scientifiques estiment qu'au cours de la période d'étude 2008-2018, environ 2 millions de tonnes de soja cultivées sur des terres illégalement déboisées sont entrées sur les marchés de l'UE. Sur les 4,1 millions de bovins vendus aux abattoirs de l'UE, au moins 500 000 provenaient de propriétés déboisées illégalement. Mais lorsque les terres utilisées comme pour le pâturage et l'approvisionnement alimentaire des bêtes ont été prises en compte, les scientifiques ont estimé que jusqu'à 60 % du bétail commercialisé pourrait être lié à la déforestation illégale. 

Exemple de carte d'utilisation des terres et de déforestation couvrant les 815 000 propriétés rurales en Amazonie et au Cerrado  

Photographie de UFGM

Ces chiffres apparaissent à une période très critique pour le Brésil et la plupart des chercheurs et associations de défense de l’environnement s'accordent pour le dire, l’agro-industrie de masse est fortement liée aux incendies colossaux qui battent des records et durent depuis des semaines en Amazonie. L'INPE indique que 9 212 km² de forêts, soit une superficie légèrement plus grande que la Corse, ont été abattus entre août 2019 et juillet 2020, soit 34,5 % de plus qu'en 2018-2019. Inévitablement, pour installer d’immenses fermes accueillant des milliers d’animaux ou pour planter des hectares de plantations en monoculture, l’abattage des arbres est la meilleure des solutions pour les grands propriétaires terriens. « Très souvent, les ‘’déforesteurs’’doivent abattre le sous-étage de la forêt, le laisser sécher puis le brûler avant d'abattre les grands arbres, c’est ce qui est à l’origine des immenses feux de forêt que l’on voit actuellement » explique le scientifique.

L’an dernier, le gouvernement brésilien a levé l'interdiction de la culture de la canne à sucre en Amazonie. Cette décision pourrait représenter une nouvelle menace pour la biodiversité de ces régions qui pourrait se voir remplacer par d’immenses plantations de canne à sucre. « Pour l'environnement, c'est le pire gouvernement de tous les temps » déplore le professeur Soares Filho. « Il est non seulement conscient de tout ce qu’il se passe, mais il agit dans le but clair de démanteler les politiques environnementales du pays. Le ministre de l'Environnement a suggéré, car le pays est en difficulté avec la pandémie, d’adopter une série de décrets abolissant la plupart des lois environnementales du pays. » 

Les auteurs de cette étude invitent le gouvernement brésilien et les acheteurs étrangers, dont la France, à agir notamment dans leur mode de consommation.

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