Pourquoi les séismes en Haïti sont-ils si dévastateurs ?

Cette nation insulaire est enserrée entre plusieurs plaques tectoniques en mouvement. Ce sont leurs déplacements qui entraînent des tremblements dévastateurs.

Publication 18 août 2021, 09:00 CEST
Les secousses du tremblement de terre de magnitude 7,2 ont dévasté les maisons et les commerces ...

Les secousses du tremblement de terre de magnitude 7,2 ont dévasté les maisons et les commerces dans le sud-ouest d’Haïti. L’étendue des dégâts n’est toutefois pas encore connue.

PHOTOGRAPHIE DE Delot Jean, AP

Plus de 10 ans après qu’un puissant tremblement de terre a dévasté Haïti en 2010, la géologie complexe de la région a plongé l’île dans une nouvelle vague de secousses mortelles. Un séisme majeur de magnitude 7,2 a frappé Haïti le matin du 14 août, à tout juste 74 kilomètres à l’ouest de l’épicentre de celui de 2010.

Les deux tremblements de terre s’inscrivent dans la longue histoire des séismes de l’île. Elle se situe au bord de la plaque caraïbe, qui se déplace lentement. Ces mouvements font pression sur le réseau de failles qui parcourt déjà l’île. Parfois, ces tensions se libèrent et provoquent des séismes. Bien qu’ils ne soient pas les plus puissants du monde, les tremblements de terre en Haïti font souvent beaucoup de victimes. Pour cause : l’abondance de bâtiments en béton et de maçonnerie, lesquels n’ont pas été construits pour résister aux séismes.

L’étendue des dégâts causés par le récent évènement n’est pas encore claire. Toutefois, le séisme a sûrement fragilisé des communautés déjà en lutte contre de multiples pressions. Le pays se remet encore de la catastrophe de 2010 qui a dévasté la capitale Port-au-Prince, rasant de nombreux bâtiments et emportant plus de deux-cent-mille vies sur son passage. Il faudra du temps pour que les autorités puissent déterminer le nombre de morts causé par le récent désastre. Mais l’institut d’études géologiques des États-Unis estime que les décès pourraient se compter par milliers.

La secousse a violemment frappé les communes des Cayes et de Jérémie, lesquelles se remettent encore de l’ouragan Matthew qui s’est abattu sur l’île en 2016, avec des vents dépassant les 230 km/h, des inondations et des pluies diluviennes. Ce nouveau désastre vient s’ajouter alors que le pays souffre encore de l’assassinat du président Jovenel Moïse survenu le 7 juillet dernier.

« Ils subissent les [catastrophes] les unes après les autres », déplore Susan Hough, géophysicienne à l’institut d’études géologiques des États-Unis.

 

DES PLAQUES TECTONIQUES EN PERPÉTUEL MOUVEMENT

L’île d’Hispaniola, partagée par Haïti et la République dominicaine, repose sur la plaque caraïbe, elle-même entourée de plusieurs autres plaques tectoniques. La plaque caraïbe est constamment bousculée et écrasée par les mouvements tectoniques provoqués par la cohue entre la plaque nord-américaine, la plaque des Cocos, la plaque sud-américaine et la plaque de Nazca.

La jonction clé qui provoque les secousses en surface se trouve juste au nord de la nation insulaire. À cet endroit, la plaque caraïbe avance lentement vers l’est, à raison d’environ 1,14 centimètre par an par rapport à la plaque nord-américaine. Seulement, la frontière entre ces plaques n’est pas une faille bien droite.

À mesure qu’elles se heurtent les unes aux autres, les forces appliquées ouvrent des failles qui sillonnent la région. Plusieurs évènements géologiques majeurs se sont produits au sein de l’une de ces séries de failles, regroupées sous le nom de système de failles Enriquillo-Plantain Garden.

Les scientifiques estiment que l’incident de 2010 est sûrement lié à celui de cette année. « Un séisme relâche de la pression mais il pousse également les failles environnantes de telle sorte qu’elles favorisent l’apparition de futurs tremblements de terre », explique Mme Hough.

Séismes 101

Des analyses menées dans la région après le tremblement de 2010 ont suggéré que le déplacement en surface a augmenté la pression entre l’est en direction de Port-au-Prince et l’ouest, vers l’épicentre du séisme de magnitude 7,2, assure Newdeskarl Saint Fleur, géophysicien à l’université d’État d’Haïti. Actuellement, il est basé à Paris. Il est l’auteur principal d’une étude publiée en 2015 proposant une modélisation de ces changements de contraintes. Mme Hough ajoute qu’une augmentation similaire des contraintes sur les failles avait été observée dans les années 1700, lorsqu’une série de séismes avait fait rage dans la région en 1701, 1751 et 1770.

La pression a tendance à s’accumuler davantage au niveau des courbes ou des coudes des failles. L’évènement d’août a vraisemblablement pris son départ depuis l’une de ces courbes. L’épicentre se situe près du site du séisme de 1770. Avec une magnitude estimée à 7,5, il est le plus puissant séisme connu de cette zone de failles.

Même avec ce genre d’informations, il n’est pas possible de prédire les tremblements de terre, poursuit Mme Hough. « Nous constatons les schémas après coup et nous nous rendons compte que tel domino a poussé tel domino. [Mais] il n’y a aucun moyen de savoir quel domino sera le prochain. »

 

UNE NATION SOUS TENSION

Même si la région a souvent dû faire face aux secousses dans son histoire, les tremblements en Haïti ne sont pas aussi importants que ceux qui se produisent dans les zones où une plaque plonge en dessous d’une autre, un processus appelé zone de subduction. Récemment, un séisme de ce type de magnitude 8,2 a frappé les îles Aléoutiennes en Alaska.

Néanmoins, ces îles ne sont pas densément peuplées. Par conséquent, la catastrophe naturelle n’a fait que peu de dégâts. La gravité des séismes en Haïti vient du fait que les structures en surface tremblent autant que la terre sous-jacente. Des années d’exploitation par des pays étrangers, remontant à l’époque où les habitants de l’île ont été réduits en esclavage après l’arrivée de Christophe Colomb en 1492, couplées à des années d’agitation politique en Haïti ont fait de ce pays le plus pauvre d’Amérique latine.

Les troubles et la pauvreté se reflètent dans le développement de la région, où les structures sont construites avec des matériaux ne respectant aucune norme. De nombreux bâtiments sont en béton, un matériau bon marché et utilisé pour ériger des murs et des toits lourds, résistants aux ouragans. Seulement, une grande partie de ce béton n’est pas armé et s’effrite facilement face aux secousses des séismes. Bien que les reconstructions après le désastre de 2010 aient pris en considération le risque de tremblement de terre, la corruption et l’agitation politique ont entravé de nombreux efforts de réédification.

« Les infrastructures en Haïti ressemblent à un chaos de facteurs malencontreux », souligne Mme Hough. « Elles ont tous les éléments qu’on ne veut pas voir touchés par un séisme. »

Les conséquences de ce dernier évènement ont peut-être été atténuées par la direction dans laquelle le séisme s’est propagé. Il semblerait s’être dirigé vers l’ouest, ce qui signifie que la secousse la plus virulente s’est écartée de Port-au-Prince, une ville densément peuplée. Malgré cela, les modélisations de l’institut d’études géologiques des États-Unis suggèrent que les glissements de terrain constitueront une sérieuse menace. Elles pourraient venir s’écraser sur les infrastructures et bloquer les routes, restreignant l’accès aux secours.

Des répliques continueront de secouer la région. Les scientifiques surveilleront de près la fréquence de ces secousses. Après le séisme de 2010, Mme Hough s’est rendue en Haïti avec une équipe de scientifiques afin d’y installer des sismomètres. Les années suivantes, elle y est retournée pour aider à mettre en place un réseau de surveillance des séismes. Elle conclut qu’elle essaie désormais de « déterminer ce que l’on peut faire pour soutenir ce nouveau réseau et cette communauté ».

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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