Récifs coralliens : cinq raisons de garder espoir

Ces cinq méthodes innovantes pourraient nous aider à restaurer et préserver les précieux récifs.

Un plongeur explore la complexité et la beauté d’un récif de corail restauré.

Photographie de avec l’aimable autorisation de SHEBA®
Publication 15 oct. 2021, 14:22 CEST, Mise à jour 29 déc. 2021, 17:19 CET

Les récifs coralliens font partie des écosystèmes les plus beaux et les plus diversifiés que nous ayons sur notre planète. Recouvrant moins de 1 % du fond marin, ils abritent pourtant un quart de toute la vie marine. Mais tout n’est pas rose dans ce paradis sous-marin. Au cours des 20 dernières années, près de la moitié de l’ensemble des récifs coralliens a disparu, et les récifs restants sont menacés par la pollution, la surpêche et le changement climatique. Nous sommes de plus en plus nombreux à reconnaître que la préservation des récifs coralliens passe par la lutte contre le changement climatique, la protection des océans et la restauration active des récifs incapables de se reformer par eux-mêmes. Voici cinq méthodes innovantes pour restaurer les magnifiques récifs coralliens de notre planète et redonner espoir.

LarvalBot : le berger des mers

Même s’ils ressemblent à des plantes, les coraux sont bien des animaux qui se reproduisent principalement par la ponte, libérant de minuscules œufs et du sperme dans l’eau pour former des larves de coraux. Les grandes pontes peuvent produire des milliards de larves, mais là où la couverture de corail est faible et sa santé fragile, la nature a besoin d’un petit coup de pouce. C’est là que LarvalBot entre dans l’arène. Conçu par l’Université de technologie du Queensland en Australie, LarvalBot est un drone sous-marin autonome qui dissémine les larves de coraux pour restaurer la Grande Barrière de corail. Les œufs et le sperme sont réunis dans des enclos flottants pour qu’ils puissent s’y développer et grandir en toute sécurité. Lorsqu’elles sont prêtes, quelque 100 000 larves microscopiques sont acheminées par LarvalBot jusqu’aux zones endommagées du récif. Là, il les guide en douceur pour qu’elles colonisent, grandissent et repeuplent les sites que la nature n’arriverait sans doute pas à restaurer à elle seule. LarvalBot utilise des caméras pour se faufiler entre les récifs pendant qu’il dissémine les larves à des endroits soigneusement choisis. Et ce n’est pas là le seul de ses talents : il peut aussi sonder les fonds marins, tester la qualité de l’eau et éliminer les espèces invasives tout en surveillant la croissance des colonies qu’il a semées.

Le mélange de différents coraux sur un récif contribue à préserver la diversité génétique. 

PHOTOGRAPHIE DE Robert Harding

Les étoiles de coraux : transformer un lit de débris en magnifique récif corallien

Une trentaine d’années plus tôt, les pêcheurs des côtes de l’île de Célèbes en Indonésie avaient l’habitude de jeter dans la mer des explosifs qu’ils fabriquaient eux-mêmes dans le cadre de la pêche à l’explosif, une pratique destructrice. C’est ainsi que le récif de corail est devenu un vaste lit de roches artificiel, avec un écosystème définitivement détruit : le récif était dans l’incapacité de récupérer par lui-même car les larves de coraux ne parvenaient pas à se fixer aux débris mouvants. Aujourd’hui, MARRS, le système d’aide à la restauration de la société Mars, est en train de transformer ces lits de débris en récifs florissants, à l’instar du bien nommé SHEBA® Hope Reef. Ce projet s’appuie sur des « étoiles de coraux », spécialement conçues pour restaurer les récifs. Ces structures en forme d’étoile d’un mètre de large sont enduites de sable, puis on y fixe des fragments de coraux avant de les installer dans le champ de roches. On les relie entre elles pour former une plateforme solide et stable sur laquelle le corail pourra se développer sereinement. Fabriquées localement, ces étoiles de coraux peuvent être déployées très rapidement : une équipe de plongeurs peut en recouvrir la superficie d'un terrain de tennis en une journée, ce qui représente plus de 5000 fragments de coraux implantés. En un peu plus de 18 mois seulement, le SHEBA® Hope Reef a vu sa couverture corallienne passer de moins de 5 % à plus de 55 %, tandis qu’un grand nombre de poissons a déjà repris ses quartiers dans cette zone autrefois ravagée.

Des piles d’étoiles fabriquées localement prêtes à être installées sur le récif « Hope » en Indonésie.

Photographie de avec l’aimable autorisation de SHEBA®

Cultiver le corail : pour donner au corail une chance de se développer

Si la survie et la restauration des récifs coralliens passent de plus en plus par une intervention positive de l’Homme, elle dépend également d’un approvisionnement constant en coraux sains.  Pour pallier certaines incertitudes de la nature, on a développé la culture du corail qui permet au corail de se développer en toute sécurité, à l’abri de toute menace. Également appelée nurserie de coraux ou ferme de corail, la culture du corail consiste à ramasser de petits fragments de coraux sur des récifs endommagés ou à en prélever dans le cadre de la gestion durable des récifs sains pour les fixer à des structures sous-marines dans des zones maritimes protégées ou même dans des établissements sur terre. En 6 à 12 mois, les fragments de coraux arrivent à maturité et servent à transplanter de nouveaux coraux pour repeupler les récifs abîmés ou meurtris. La culture du corail permet de faire grandir des milliers de coraux à partir d’un échantillon relativement restreint, sans détériorer des coraux sains dans la nature. Elle permet aussi de cultiver des coraux naturellement résistants aux contraintes environnementales, à l’image des vagues de chaleur à l’origine du blanchiment des récifs. Ces « super coraux » sont dotés d’un avantage génétique qui pourrait aider les récifs replantés à survivre aux futures agressions.

Microfragmentation et fusion : créer des clones de coraux

En 2016, un océanographe écrase accidentellement un morceau de corail dans un laboratoire de Floride. D’abord contrarié par l’incident, il est agréablement surpris de constater trois semaines plus tard que les restes de fragments ont poussé nettement plus vite que d’habitude, jusqu’à 40 fois plus rapidement. Les expériences menées montrent alors que les fragments de coraux fusionnent pour ne former plus qu’une seule grande colonie, et que toutes les espèces de corail des Keys se comportent de la sorte. De cette méthode découverte fortuitement, on crée bientôt une technique baptisée « microfragmentation et fusion ». Avec une scie spéciale, on découpe les coraux en minuscules morceaux, plus petits que la taille d’un ongle, pour stimuler le tissu du corail à former des clones beaucoup plus rapidement que la normale. En plaçant des fragments d'une même colonie les uns à côté des autres, on favorise leur fusion pour obtenir une colonie plus grande, capable de se reproduire en un temps record. Il s’agit d’une avancée majeure pour la restauration des récifs coralliens puisque ces coraux prennent en quelques années la taille qu’ils auraient mis 25 à 100 ans à atteindre en temps normal. Cette technique a été employée pour planter plus de 20 000 coraux sur des récifs meurtris et les sauver d'une fin annoncée.

Enrichissement acoustique : des jolis sons pour de jolis récifs

On sait depuis longtemps que la diffusion de chants d’oiseaux dans un jardin attire les volatiles. On applique tout simplement le même principe aux récifs coralliens. On pourrait penser que ces fonds sous-marins sont des lieux de silence, mais les récifs coralliens sont des lieux bien vivants avec le crépitement des crevettes et le babillage, le pépiement, le cri et le grognement des milliers d’espèces de poissons qui y vivent. Lorsque la santé d’un récif commence à décliner, les poissons partent et le silence s'installe. Ce départ pose problème car les poissons constituent un élément vital de ces écosystèmes complexes, nettoyant les algues et les végétaux trop nombreux, recyclant et déposant les nutriments au fond de la mer. Il semble que les chances de survie d’un récif meurtri augmentent lorsque les poissons reviennent. Pour le vérifier, des scientifiques ont utilisé des appareils spéciaux pour enregistrer les sons d’un récif sain, puis les diffuser via des haut-parleurs sous-marins à proximité de récifs fraîchement restaurés. En l’espace de six semaines, les chercheurs ont constaté un doublement du nombre de poissons et une hausse de 50 % des espèces présentes sur les 33 sites où ils avaient diffusé les sons, suffisant pour remettre en route l’écosystème.

Un exemple de réimplantation de corail avec des étoiles formant le mot « HOPE » (espoir) au SHEBA® Hope Reef en Indonésie.

Photographie de avec l’aimable autorisation de SHEBA®

Pour de plus amples informations sur le récif SHEBA® Hope Reef et si vous souhaitez vous aussi participer à la restauration des récifs, rendez-vous sur ShebaHopeGrows.com/fr.

Lire la suite

Vous aimerez aussi

Environnement
À Madagascar, la première famine climatique du monde
Environnement
COP26 : qu’est-ce qui va changer en Europe ?
Environnement
L’État français condamné pour inaction climatique : ce que ça change
Environnement
2021, année catastrophique pour le miel français
Environnement
En images : un monde en proie au changement climatique

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage® & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2021 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.