Bolivie : Quand un lac se transforme en désert de sel

En Bolivie, le lac Poopó, qui occupait plus d’un millier de kilomètres carrés et faisait vivre les communautés environnantes, s’est mué en désert de sel. En cause, le réchauffement climatique, mais aussi l’agriculture et la surexploitation minière. 

De Rédaction National Geographic

Le lac Poopó se situe entre deux sites exceptionnels. D’un côté, le lac Titicaca, à 3 810 m d’altitude. De l’autre, le Salar de Uyuni, la plus vaste plaine saline du monde, à 3 656 m au-dessus du niveau de la mer. Les scientifiques redoutaient depuis longtemps que le Poopó ne finisse engorgé par les sédiments, asséché et changé en désert de sel, comme le Salar de Uyuni. Toutefois, ils n’envisageaient pas sa disparition avant un millénaire. C’est pourtant aujourd’hui le cas.

Une conjugaison de facteurs a accéléré le processus : changement climatique, sécheresses, détournement des affluents à des fins agricoles, exploitation minière... Entre 2014 et 2015, le Poopó, de moins en moins profond, a connu une hécatombe de poissons à cause de la hausse des températures au-delà des 15-25 °C habituels. Des millions de cadavres flottaient, ventre en l’air, à la surface.

En 2015, l’évaporation s’est aggravée. Les eaux surchauffées se dissipaient sous l’effet des vents de l’Altiplano. Ce qui restait du lac a disparu. Le gouvernement a déclaré le lac Poopó « zone de catastrophe ».

Les familles de l’ethnie uros, vivant de la pêcherie du lac, ont reçu des pâtes, du riz, de l’huile et du sucre. Puis les pluies ont à nouveau rempli une partie du lac. Début 2017, les hauts responsables fédéraux, triomphants, ont publié des photos prises depuis un hélicoptère.

Mais, peu après, Evo Morales a visité le lac. Le président bolivien a confirmé ce que les habitants de la région savaient déjà. Peu profonde, l’eau se rétractait à toute vitesse. En octobre 2017, des images satellitaires ont montré que le lac était de nouveau quasiment à sec.

Evo Morales a tenté de dégager le gouvernement de toute responsabilité dans la crise, insistant sur les cycles naturels d’assèchement et de reconstitution du lac. Le Poopó s’est asséché et reconstitué à plusieurs reprises – la fois précédente, au milieu des années 1990. Mais les choses ont empiré depuis, estiment les scientifiques.

L’ensemble du bassin hydrographique et les villageois miséreux qui y survivent font face à une situation toujours plus précaire et dramatique. Le sort du lac Poopó est intimement lié à celui des Uros, surnommés le « peuple de l’eau ». Leur lac pourrait de nouveau se remplir, au moins en partie, si les conditions climatiques liées à La Niña apportaient davantage de pluie sur les Andes. Mais les biologistes ne sont pas certains que les ressources halieutiques du lac Poopó se reconstitueront un jour.

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