Environnement

Ces arbres ancestraux qui ont des histoires à raconter

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De Becky Harlan

Plus de 3 trillions d’arbres sont présents sur Terre, et pourtant, nous en savons si peu à leur sujet. Bien évidemment, tous jouent un rôle essentiel – ils purifient l’air, abritent nos amis à plumes et à poils, sont le terrain d’escalade pour les petits et grands enfants. Certains arbres jouent ce rôle protecteur depuis beaucoup plus longtemps que d’autres. L’Aloe dichotoma, par exemple, peut vivre plus de 300 ans ; le chêne, un millier d’années ; les pins sylvestres et les ifs, des millénaires.

En 1999, la photographe Beth Moon a eu à cœur de commencer à réunir des informations au sujet de ces arbres ancestraux. Partie à la recherche de sujets anciens, « uniques dans leur taille, leur généalogie ou leur folklore », elle s’est lancée dans une véritable quête, expliquant que « beaucoup de vieux arbres ont été abattus, si bien que tomber sur un de ces arbres ancestraux nécessite une démarche concertée. »

Elle a ainsi trouvé certains de ses sujets via des recherches, d’autres par le biais d’indications fournies par des amis ou des voyageurs enthousiastes. Partant de Grande-Bretagne, elle a finalement parcouru les Etats-Unis, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, pour faire la connaissance de chênes portant le nom de reines et de baobabs en forme de théière.

« Parfois, le voyage jusqu’à l’arbre procure autant de plaisir, voire plus », raconte Moon, mentionnant un arbre de Madagascar particulièrement difficile à localiser. « Il était tellement grand que vous auriez pensé le trouver facilement. Mais finalement, c’est un chef local qui est venu à notre secours. Il nous a accompagnés, fournissant des indications pour se rendre jusqu’à l’arbre. Les gens du village étaient tellement intrigués qu’ils ont formé une procession derrière notre jeep et, une fois dans le champ où je prenais mes photos, se sont assis pour regarder. »

Quant à la photographe, ce qui l’intrigue au sujet de ces arbres, bien plus anciens que nos plus vieilles institutions, c’est leur longévité. « Je suis sans cesse impressionnée par cette capacité que les arbres ont à endurer et à s’adapter à des conditions parfois terribles. Certains arbres ancestraux se creusent avec l’âge ; c’est une technique de survie. L’arbre fera descendre une racine aérienne au centre de son tronc, qui continuera de pousser de l’intérieur. » Dans son livre Ancient Trees: Portraits of Time, elle explique que ces géants ancestraux ont « des gènes supérieurs qui leur ont permis de survire à travers les âges, de résister aux maladies et à de nombreux aléas. »

Une puissance qui se reflète dans ses photos, qu’elle prend avec un Pentax moyen format. Elle fait ensuite développer ses négatifs sur du papier d’aquarelle lourd en coton, imprégné d’une teinture de platine et de palladium. Cette technique permet d’incorporer l’image aux fibres du papier, pour obtenir un cliché qui résistera au temps et ne perdra pas en intensité.

Moon évoque affectueusement son enfance, se souvenant de son chêne préféré, qui offrait un coin confortable où elle passait bon nombre d’après-midis. « J’ai toujours ressenti un lien profond avec les arbres », reconnaît-elle. Une connexion toujours bien présente puisque, durant son projet, elle a pu « camper au pied de [nombreux] arbres qu’elle photographiait. Dormir au milieu des arbres à encens sur l’île de Socotra ou dans les salines du Kalahari, sous les baobabs géants du Botswana, c’est une expérience inoubliable. Je ne me suis jamais sentie plus vivante. »

 

Parmi les arbres qu’elle prend en photo, nombreux sont pourtant ceux pour qui les temps sont durs. « Les arbres à carquois souffrent de la pénurie d’eau en Namibie. Les dragonniers de Socotra sont sur le déclin et appartiennent à la liste des espèces menacées, à l’instar de trois espèces de baobabs figurant sur la liste rouge de l’UICN », explique Moon. « La disparition de forêts anciennes est peut-être l’une des questions environnementales les plus sérieuses aujourd’hui. »

Elle espère que partager ses merveilles fera naître une conversation au sujet de la conservation de ces trésors arboricoles. Elle estime qu’en tant qu’artiste, il lui incombe de transposer sa passion dans ses œuvres, qui elles-mêmes encouragent le dialogue, l’action et l’admiration.